Press Release

Communiqué OMS/87
23 novembre 199

TUBERCULOSE : L'ASIE, EPICENTRE
D'UNE SITUATIOND'URGENCE MONDIALE

Le VIH, la polychimiorésistance et la crise financière renforcent la menace de la tuberculose

Bangkok. L'Asie est l'épicentre de la situation d'urgence que provoque la tuberculose dans le monde et doit devenir la cible prioritaire des efforts internationaux de lutte. C'est ce qu'a affirmé en substance le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé, dans la déclaration qu'elle a faite aujourd'hui (23 novembre) au Congrès mondial sur la santé pulmonaire et à la XXIXe Conférence mondiale de l'Union internationale contre la Tuberculose et les Maladies respiratoires, en précisant que, sans une action concertée en Asie, l'épidémie continuerait à se renforcer et à saper les efforts de lutte au niveau mondial.

Comme l'a ajouté le Dr Brundtland, "notre capacité de combattre la propagation du fléau dépend des résultats que nous obtenons en Asie qui est devenue l'épicentre de l'épidémie mondiale. Si nous n'arrivons pas à le maîtriser ici, nous ne parviendrons jamais à lui faire barrage au niveau mondial. Des facteurs comme le VIH, la tuberculose polychimiorésistante et la crise financière se conjuguent en Asie pour accroître la complexité de l'épidémie qui est ainsi beaucoup plus difficile à endiguer."

Six pays fortement touchés qui regroupent plus de 50 % des cas de l'épidémie sont en Asie. Selon les estimations de l'OMS, sur 8 millions de nouveaux cas annuels, 4,5 millions sont enregistrés en Inde, en Chine, au Bangladesh, au Pakistan, en Indonésie et aux Philippines.

"Nous sommes à un tournant" a déclaré le Dr Brundtland. "Nous pouvons laisser l'épidémie mondiale de tuberculose devenir plus mortelle et renforcer son implantation dans le monde entier. Ou alors nous pouvons agir dès maintenant pour réduire les souffrances et le nombre des victimes. Nous pouvons, nous devons, réagir avec les outils dont nous disposons."

Le Dr Brundtland a fait sa déclaration lors d'une réunion à laquelle ont assisté 1500 délégués d'environ 90 pays. Le Congrès sur la santé pulmonaire a été organisé par l'Association thaïlandaise antituberculeuse (ATAT), en collaboration avec le Ministère thaïlandais de la Santé publique et la Société thoracique de Thaïlande, et parrainé par l'Union internationale contre la Tuberculose et les Maladies respiratoires. Il s'agit de la plus importante réunion d'experts des maladies pulmonaires organisée en Asie depuis une décennie.

Pour sa part, le Professeur Don Enarson, Directeur des Activités scientifiques de l'Union internationale, a déclaré : "Nous ne pouvons nous permettre de perdre la bataille contre cet ancien ennemi mortel. Nous pouvons guérir la tuberculose. Mais un engagement politique au niveau national ne suffit pas, il faut un engagement international et nous sommes confrontés à un défi politique majeur."

L'OMS craint que le problème ne soit aggravé par trois facteurs : la tuberculose polychimiorésistante, le VIH et la crise économique. Des enquêtes effectuées dans plusieurs endroits en Asie font apparaître un nombre important de cas polychimiorésistants qui ne peuvent être traités par les antituberculeux les plus puissants dont on dispose. Par ailleurs, les experts prévoient une augmentation du nombre de cas de tuberculose à la suite de l'infection par le VIH. Celui-ci affaiblit le système immunitaire, ce qui accroît la transmission de la tuberculose aussi bien aux VIH-positifs qu'aux VIH-négatifs. D'ici la fin du siècle, le VIH sera à l'origine, dans le monde entier, de 750 000 nouveaux cas de tuberculose qui n'auraient pas existé sans lui.

L'OMS craint également que la baisse du niveau de vie en Asie ne favorise la propagation des maladies transmissibles comme la tuberculose et que, dans un contexte où les priorités du secteur de la santé évoluent, certains programmes de lutte contre des maladies ne reçoivent plus les fonds dont ils ont absolument besoin.

Le rapport de l'OMS de 1998 sur l'épidémie de tuberculose, diffusé lors de la réunion, fait le point des conséquences de l'inaction dans les pays qui ne consentent pas des investissements suffisants à la lutte efficace contre la tuberculose. L'un des problèmes les plus importants est que les pays fortement touchés ne mènent pas une lutte efficace et notamment ne font pas l'effort nécessaire pour se procurer des antituberculeux de bonne qualité.

Le rapport décrit également les progrès enregistrés par les milliers de personnes dans le monde entier qui utilisent la stratégie de brève durée sous surveillance directe (DOTS) pour barrer la route à la maladie. Cette stratégie est recommandée par l'OMS et l'Union internationale qui la considèrent comme le moyen le plus efficace et le plus abordable de dépister et de guérir les cas infectieux. Elle ne suppose pas seulement l'observation directe du traitement, mais un engagement politique, des services microscopiques, un approvisionnement fiable en médicaments et la surveillance de l'évolution vers la guérison.

Plus d'une centaine de pays utilisent actuellement la stratégie DOTS. Ces trois dernières années, un million de malades ont été traités grâce à elle. Dans certaines zones où la stratégie a été introduite, le taux des décès a pu être divisé par cinq et ramené à moins de 5 %. Le taux de guérison dans la moitié de la Chine qui utilise la stratégie atteint 95 %.

Comme l'a dit le Dr Songkram Supcharoen, Président du Comité d'organisation du Congrès mondial et Président de l'Union internationale, "Il y a trois ans, la Thaïlande a fait de la tuberculose une priorité. Au cours de l'année écoulée, la couverture a quadruplé. Les autorités se sont engagées à appliquer un plan quinquennal pour garantir l'accès à la stratégie DOTS à chaque malade en Thaïlande".

Le Dr Brundtland a lancé un appel en faveur de la participation à une nouvelle initiative "Halte à la tuberculose" qui servira de catalyseur à une coalition mondiale de partenaires de tous les secteurs sociaux, sous l'impulsion de l'OMS, pour s'attaquer au problème de la tuberculose en Asie et dans le reste du monde et encourager l'utilisation plus large de la stratégie DOTS.

L'initiative Halte à la tuberculose mettra au point un plan d'action mondial de lutte définissant le rôle des différents partenaires. Elle mettra l'accent sur une charte mondiale pour obtenir en faveur d'une amélioration de la lutte antituberculeuse l'engagement des chefs d'Etat des pays d'endémie, des organisations internationales, notamment celles du système des Nations Unies, et des donateurs. Elle établira des dispositifs en vue d'un accès mondial à des associations médicamenteuses de qualité et à dose fixe.

On prévoit aussi une action urgente privilégiant les pays gravement touchés, le problème émergent de la polychimiorésistance et la gestion de la lutte antituberculeuse dans les zones à forte prévalence de VIH. L'initiative appuiera un programme équilibré de recherche mondiale contre la tuberculose axé sur des résultats aussi bien à court qu'à long terme.

"En érigeant la lutte antituberculeuse en préoccupation politique, nous pouvons faire encore beaucoup plus", a déclaré le Dr Brundtland. "Je vous engage à choisir la juste voie, à appuyer la nouvelle initiative et à nous rejoindre pour que la stratégie DOTS soit plus largement utilisée et pour qu'ensemble nous puissions dire: Halte à la tuberculose!"


Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à Gregory Hartl, Communication pour la Santé et Relations publiques, OMS, Genève. Téléphone : (41 22) 791 4458. Télécopie : +41 22 791 4858. Email : e-mail hartlg@who.ch, Becky Owens, OMS, Genève +41 22 791 2630 (Tél. Portable + 41 79 217 3403/+ 41 79 213 4314, Patrick Bertrand, IUATLD, Paris +33 1 44 32 0442 (Tél. portable +33 6 85424387), ou Wattana Manaviboon, Ogilvy PR, Bangkok +662 632 8300.

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