Communiqués de presse 1999

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Communiqué OMS/15
3 mars 1999

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L'OMS DÉCLARE QUE LA LUTTE MONDIALE CONTRE LE TABAC VISE À SAUVER DES VIES, ET NON DES MARGES BÉNÉFICIAIRES, ET ELLE INVITE LES PRODUCTEURS DU MONDE ENTIER À SOUTENIR SES EFFORTS

Le tabac tue et les producteurs doivent faire la distinction entre leurs inquiétudes concernant leurs moyens d'existence et l'effet du tabac sur la santé publique : 4 millions de décès lui sont imputables actuellement et ce chiffre pourrait atteindre 10 millions par an à la fin des années 2020, a-t-on déclaré aujourd'hui à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L'OMS appelle d'ailleurs les producteurs à soutenir ses efforts visant à donner au monde son premier traité de santé publique : la Convention-cadre sur la lutte antitabac (CCLAT). « L'OMS ne prend pas position contre les planteurs de tabac mais, en tant que principale organisation du monde dans le domaine de la santé, elle se doit de s'intéresser à l'épidémie de tabagisme », a déclaré le Dr Derek Yach, responsable de l'Initiative OMS Se libérer du tabac (TFI) aux représentants de l'association internationale des planteurs de tabac, International Tobacco Growers Association (ITGA). 

Le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS, a fait de la lutte mondiale contre le tabac l'une de ses priorités. La convention-cadre proposée, la première convention multilatérale spécifiquement axée sur un problème de santé publique, couvrira un éventail de questions liées au tabac, mais elle veillera également à ce que les pays soient protégés individuellement de l'action des sociétés multinationales.

Richard Tate, Président de l'ITGA, a déclaré que les producteurs de tabac dans le monde entier, mais plus particulièrement dans les pays en développement, s'inquiétaient de l'Initiative mondiale de l'OMS contre le tabac, ajoutant aussi qu'il ne fallait pas confondre ces inquiétudes avec les préoccupations des multinationales. Il espère que l'OMS tiendra fermement compte des planteurs au cours des négociations.

L'OMS a déclaré à la délégation que les multinationales du tabac s'intéressaient désormais de plus en plus aux pays en développement, dans lesquels on dénombrera 70 % des 10 millions de décès annuels imputables au tabagisme en 2020. « L'OMS ne peut se contenter de regarder et de compter les morts, a dit Richard Peto, conseiller scientifique de la TFI. » La plus grande enquête analytique du monde sur les décès dus au tabac révèle que la Chine en déplore déjà 75 000 par an et que ce chiffre s'élèvera à 3 millions lorsque les jeunes fumeurs d'aujourd'hui atteindront la cinquantaine.

Le Dr Yach, qui a présidé la réunion entre les professionnels de la santé publique et l'ITGA au Zimbabwe en 1993, invite cette association à travailler avec l'OMS, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (la FAO), la Banque mondiale et les autres organismes internationaux s'occupant de l'agriculture pour examiner les options à long terme permettant de remplacer cette culture. Dans l'intervalle, il faut faire porter l'accent sur le rôle de l'agriculture et des politiques commerciales, y compris des subventions qui limitent l'accès des pays pauvres au marché mondial du tabac.

L'OMS, la FAO et la Banque mondiale ont fait savoir à l'ITGA qu'elles reconnaissaient que, au vu des expériences acquises dans la lutte contre les stupéfiants, les efforts visant à une diminution de la production resteront inefficaces sans une réduction de la demande.

L'OMS examine la possibilité de créer un comité de haut niveau regroupant des économistes et des exploitants agricoles pour s'intéresser aux inquiétudes à long terme des producteurs de tabac. Recherchant une approche multilatérale des options à long terme pour la substitution des cultures, l'OMS a entrepris des discussions préliminaires avec d'autres organismes des Nations Unies, dont la FAO.

L'OMS a également entamé des discussions exploratoires avec des organismes donateurs internationaux pour venir en aide aux producteurs au cours de la période transitoire qui séparera la culture du tabac de celle d'autres produits et qui pourrait survenir d'ici vingt à trente ans, lorsque la demande en tabac se mettra à diminuer à la suite de mesures de lutte efficaces

M. Tate admet avec l'OMS que la lutte mondiale contre le tabac ne conduira pas à court terme ni à moyen terme à une baisse importante de la consommation. L'OMS reconnaît qu'une lutte antitabac réussie ne diminuera pas les besoins à moyen terme : le nombre des fumeurs, 1,2 milliards actuellement, pourrait s'établir à moyen terme entre 800 millions et un milliard par l'effet de mesures de lutte efficaces, ce qui implique que la demande en tabac restera importante.

L'OMS prie instamment l'ITGA de prendre ses distances par rapport aux attaques des multinationales visant l'OMS, la FAO et les Nations Unies. Le Dr Yach a attiré l'attention des membres de la délégation des producteurs sur des documents secrets rendus publics après les procès du Minnesota (Etats-Unis d'Amérique). Ceux-ci montrent que l'ITGA, au début des années 1990, a travaillé avec les sociétés multinationales du tabac pour « diviser l'OMS et la FAO », pour « détruire les mythes de la substitution des cultures », pour « attaquer l'OMS » et pour « remettre en question les priorités et le budget de l'OMS ».


Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à Gregory Hartl, OMS, Genève. Téléphone : (41 22) 791 44 58. Télécopie : (41 22) 791 48 58. E-Mail: hartlg@who.int

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