Communiqués de presse 1999

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Communiqué OMS/99/26
26 avril 1999

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LA RÉGLEMENTATION PHARMACEUTIQUE DOIT AUSSI S'APPLIQUER AUX CIGARETTES, AFFIRME LE DIRECTEUR GÉNÉRAL

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé aujourd'hui les responsables de la réglementation sur les aliments et les médicaments au niveau international à appliquer aussi à la cigarette et aux produits de l'industrie du tabac l'ensemble des règles régissant la vente et la promotion des autres dispositifs d'administration de la nicotine.

« La cigarette est en fait un produit ingénieusement fabriqué pour délivrer juste la quantité de nicotine nécessaire pour qu'elle soit toxicomanogène, même si le consommateur finit par en mourir », a déclaré le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS, lors d'une réunion importante des responsables de la réglementation pharmaceutique au niveau international à Berlin aujourd'hui. L'OMS estime que le produit doit être jugé sur sa véritable nature et non sur ce que prétend l'industrie du tabac.

« Les sociétés productrices de tabac vont inévitablement vous dire qu'elles ne vendent rien d'autre qu'un produit de l'agriculture : de petits morceaux de feuilles de tabac dans un rouleau de papier. C'est un mensonge caractérisé : la cigarette est l'un des produits les plus élaborés que nous puissions consommer… C'est elle qui est un problème », a déclaré le Dr Brundtland à la neuvième Conférence internationale des autorités de réglementation pharmaceutique. 

Ce que tente l'OMS est important. C'est la première fois que le principal organisme du monde s'occupant de la santé appelle les responsables de la réglementation alimentaire et pharmaceutique, qui ont la charge de tout examiner, de la gomme à mâcher jusqu'aux produits pharmaceutiques, pour veiller au respect des normes de sécurité pour la santé, à rationaliser les règles régissant la consommation de la nicotine sous toutes ses formes. Les spécialistes de la lutte antitabac font remarquer l'illogisme d'avoir d'un côté la nicotine, nocive, en vente libre sous forme de cigarettes et de l'autre, d'exiger des ordonnances pour la vendre dans les produits pharmaceutiques. Ce paradoxe augmente avec la diversification des activités des fabricants de cigarettes. Les aliments qu'ils vendent font l'objet de réglementations, mais pas leurs marques de cigarettes. Le tabac a été inclus dans la pharmacopée des Etats-Unis en 1890 mais, après des pressions intenses exercées par les fabricants de tabac sur le Congrès, il a été exclu des compétences de la Food and Drug Administration, créée en 1906 et disposant de la juridiction sur les produits figurant à la Pharmacopée.

L'OMS appelle désormais à rectifier cette omission.

Le Dr Brundtland a déclaré que l'OMS allait bientôt organiser une réunion de haut niveau des responsables de la réglementation au niveau international pour évaluer dans quelle mesure l'industrie du tabac a travesti les vérités scientifiques et utilisé des publicités mensongères et des tactiques de promotion pour faire passer la toxicomanie provoquée par la nicotine pour un libre choix. Elle a cité un chercheur de haut niveau chez Philip Morris, pour montrer que la cigarette n'avait rien d'innocent. Selon ce scientifique, « la cigarette ne doit pas être considérée comme un produit mais comme un conditionnement. Le produit, c'est la nicotine. Il faut voir le paquet de cigarettes comme le récipient permettant de conserver la dose de nicotine pour une journée, la cigarette comme le moyen d'administrer cette dose et la bouffée comme le support. »

Le Dr Brundtland a également fait remarquer que l'industrie du tabac avait recours à un camouflage, les cigarettes dites « légères », pour tromper les fumeurs et leur faire croire qu'ils consommaient alors un produit moins dangereux. Une industrie qui ne respecte pas la vie et travaille selon des règles qui lui sont propres et qu'elle garde secrètes « utilise sans vergogne cette perception erronée pour transformer les inquiétudes sur la santé en possibilités de marketing », a-t-elle ajouté.

La cigarette est le seul produit dont l'usage normal entraîne un risque de mort. Le tabac tue aujourd'hui 4 millions de personnes dont 70 % dans les pays en développement. D'ici 2025, les produits de l'industrie du tabac tueront 10 millions de personnes, beaucoup d'entre elles dans la fleur de l'âge. La publicité favorise la décision de fumer. La dépendance vis-à-vis du tabac et les tactiques de vente et de promotion limitent beaucoup la liberté des gens de prendre des décisions en connaissance de cause.

L'OMS veut attirer sur le tabac l'attention des responsables de la réglementation, qui ont la charge de veiller à ce que les aliments et les médicaments répondent aux normes de la santé publique : au cours du siècle prochain, il constituera le plus grand risque pour la santé publique. Le point fort de la contribution de l'OMS à la lutte mondiale antitabac sera la Convention-Cadre Internationale pour la Lutte Antitabac (CCLAT), pour laquelle les travaux préliminaires ont déjà commencé. La Convention traitera de toute la gamme des questions liées au tabac : taxes, épidémiologie, interdiction de la publicité, contrebande. L'OMS appelle à harmoniser les plans nationaux et l'action internationale de façon à bien installer et développer la lutte contre le tabac.

« Les gouvernements doivent inciter à inclure un contenu et des conceptions efficaces de la lutte antitabac dans les protocoles de la CCLAT, a dit le Dr Brundtland. Le moment est venu de mener une lutte déterminante et intégrée contre le tabac. »


Pour de plus amples renseignements, les journalistes peuvent s'adresser à Gregory Hartl, OMS, Genève. Téléphone : (41 22) 791 44 58. Télécopie : (41 22) 791 48 58. E-Mail: hartlg@who.int

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