Le rhumatisme articulaire aigu et sa complication cardiaque, la
cardiopathie rhumatismale, sont chaque année à l'origine de 400 000 décès,
principalement chez les enfants et les jeunes adultes. On estime que la maladie frappe
actuellement au moins 12 millions de personnes , parmi lesquels 2 millions dont
l'état nécessite des hospitalisations à répétition et 1 million pour lesquelles
une intervention de chirurgie cardiaque , souvent inabordable pour elles, va
s'imposer dans les cinq à vingt ans.
« Mis à part les spécialistes de la chirurgie cardiaque, on ne
parle guère de cette maladie » déclare le Dr Porfirio Nordet, de la Division des
maladies non transmissibles à l'Organisation mondiale de la
Santé. « Elle touche presque exclusivement les enfants de familles pauvres des
pays en développement qui peuvent à peine se payer une seule et unique dose de
pénicilline une fois par mois ».En l'absence de complications, il faut une
injection mensuelle de pénicilline pendant cinq ans, mais dans les cas graves, ce
traitement devra être poursuivi pendant toute la vie du malade et il faudra envisager une
intervention chirurgicale.
L'Afrique, l'Asie , l'Amérique latine et la
Méditerranée orientale sont les régions qui sont les plus touchées et parmi les
enfants scolarisés, la proportion de ceux qui présentent les symptômes de la maladie
peut atteindre 1 %. L'OMS peut prouver que la prévention est possible moyennant
quelques mesures qui sont vraiment d'un bon rapport coût-efficacité. Lors
d'une consultation qui s'est tenue cette semaine au Siège de l'OMS à
Genève sous la présidence du professeur Edward Kaplan de l'université du
Minnesota, une liste de recommandations a été préparée à cet effet.
« Les enfants et notamment ceux qui sont pauvres, n'ont ni
moyens financiers ni carte d'électeur. Il n'existe pas de vaccin et il n'y
en aura pas avant dix ans » explique le professeur Kaplan. « Pourtant, le
rhumatisme articulaire aigu et la cardiopathie rhumatismale sont , de toutes les
affections cardiovasculaires, celles qui se prêtent le mieux à la prévention et un
petit effort financier supplémentaire en faveur de l'action sanitaire nationale
ferait beaucoup pour tenir la maladie en échec. » Par exemple, un investissement
annuel de US$50,000 pendant cinq ans permet d'assurer la couverture d'un
district de 300000 enfants d'âge scolaire et d'éviter plus de 500 cas de
cardiopathie rhumatismale et les conséquences graves et coûteuses de cette affection.
Le rhumatisme articulaire aigu et la cardiopathie rhumatismale
résultent d'infections respiratoires à streptocoques non traitées. En plus, il se
trouve que certains enfants sont plus sensibles que d'autres. La maladie se traduit
essentiellement par des lésions des valvules et du muscle cardiaques et elle peut
s'installer de manière chronique chez les survivants. Les chercheurs pensent que
l'apparition de la maladie dépend pour une grande part de facteurs sociaux et
environnementaux. Dans les pays tropicaux et subtropicaux, la surpopulation dans des
conditions climatiques de forte humidité, notamment pendant la saison des pluies,
s'ajoute à la surcharge des services de santé et à la pauvreté générale pour
faire le lit de cette maladie infectieuse. Les tranches d'âge les plus sensibles à
la maladie sont les enfants et les jeunes d'âge scolaire de 5 à 19 ans.
L'OMS souligne l'importance d'une prévention primaire
et secondaire, c'est-à-dire d'un dépistage précoce et d'un traitement
approprié des angines ou pharyngites à streptocoques, qui permettraient d'éviter
l'apparition d'un rhumatisme articulaire aigu. La deuxième ligne de défense
consiste en un traitement au long cours par la pénicilline. Correctement mis en oeuvre,
ce traitement aboutit à la guérison dans les trois-quarts des cas. Selon le Dr Santiago
Guzman, du Philippine Heart Centre, c'est la fourniture gratuite de pénicilline qui
constitue probablement le problème majeur pour les pays en développement.
« Nous traitons essentiellement des malades de milieux
défavorisés. Une injection mensuelle de pénicilline coûte l'équivalent de 3 USD
et il n'ont pas les moyens de la payer. Il s'ensuit que 40 % seulement des
malades vont poursuivre leur traitement s'il leur faut acheter eux-mêmes la
pénicilline, contre 85 % lorsque la pénicilline est fournie gratuitement. Les autorités
sanitaires nationales font ce qu'elles peuvent mais leur budget est trop maigre pour
couvrir la totalité des besoins. »
L'OMS et ses partenaires étudient la possibilité
d'organiser des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire à l'intention
des enseignants et des élèves. Il faudrait également que le personnel de santé des
établissements locaux et des laboratoires soit mieux formé. « Février est le
« mois du coeur » aux Philippines » explique le Dr Guzman, « nous avons
droit à un temps d'antenne gratuit à la radio et à la télévision pour diffuser
nos programmes mais il nous faudrait disposer des mêmes facilités lorsqu'arrive la
saison des pluies , c'est-à-dire lorsque l'incidence de la maladie est
multipliée par trois ».
Le programme mondial de l'OMS pour la prévention du rhumatisme
articulaire aigu et de la cardiopathie rhumatismale est tout à fait opérationnel dans 22
pays en développement. Les rapports en provenance du Costa-Rica, de Cuba, de la
Guadeloupe, du Koweit et de la Martinique ,tous pays ou territoires qui participent à ce
programme, font état d'un recul remarquable du nombre des cas nouveaux et des
rechutes et témoignent de la baisse des chiffres de morbidité, d'invalidité et de
mortalité.
« Le but principal de ce projet est d'aider les ministères de la santé à
mettre en place des programmes nationaux de prévention dans les pays auxquels le
rhumatisme articulaire aigu et la cardiopathie rhumatismale posent un sérieux problème
sanitaire. » explique le Dr Nordet. « Beaucoup reste à faire pour lui donner
l'envergure d'un programme véritablement mondial, mais les pays sont de plus en
plus nombreux à y participer. Le jour viendra où nous parlerons de cette maladie au
passé ».
Pour plus d'informations, veuillez prendre contact avec Valery Abramov, Bureau de la
presse et des relations publiques, OMS, Genève, tél : +41 22 791 2543.
Télécopie : +41 22 791 4858. Courrier électronique :abramovv@who.int. Tous
les communiqués de presse, aide-mémoire OMS, ainsi que d'autres informations sur le
sujet, peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil de l'OMS : http://www.who.int