Le magazine Stern fait paraître aujourd’hui un
article intitulé « Böses Blut » (mauvais sang) qui
traite du réétiquetage et du trafic illicites de plasma et dénonce
les pratiques malhonnêtes telles que la fabrication et la vente de
médicaments dérivés du plasma non conformes aux normes, avec les
conséquences dramatiques que cela implique. Une enquête de police
est en cours.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
partage les préoccupations de l’auteur de cet article, concernant
notamment l’importance de garantir la sécurité du sang et des
produits sanguins dans les pays en développement. L’écrasante
majorité des habitants de la planète (80%) vivent dans les pays en
développement et ne bénéficient pourtant que de 20% du stock
mondial de sang non contaminé. Pour cette raison, l’OMS a fait de
la sécurité transfusionnelle l’une de ses sept priorités
stratégiques.
Il est donc regrettable que l’article du Stern
contienne plusieurs informations inexactes au sujet du Service
national de transfusion sanguine du Zimbabwe (ZNBTS). Ces erreurs font
douter du sérieux du reportage en général, mais pourraient surtout
compromettre l’action menée au niveau mondial pour assurer l’approvisionnement
en sang et produits sanguins sûrs et en quantité suffisante.
L’article conteste la méthode de sélection des
donneurs au Zimbabwe en citant le cas de deux prostituées qui font
don de leur sang. Or, d’après les renseignements fournis par le
ZNBTS, les informations données dans l’article sont fausses. Dans
un cas comme dans l’autre, le ZNBTS a dûment observé les règles
de sécurité et tenu ses registres, mais le caractère confidentiel
des informations enregistrées dans la base de données nous empêche
de révéler en détail la procédure suivie pour chaque cas.
L’article affirme qu’un quart environ de tous
les adultes au Zimbabwe sont séropositifs pour le VIH. Cependant,
grâce à la sélection systématique des donneurs éventuels au
Zimbabwe, seuls 0,29 % de ceux qui sont sélectionnés sur
questionnaire et entretien s’avèrent séropositifs. Le sang des
donneurs contaminés est refusé. Ce processus de sélection constitue
donc un modèle que l’OMS recommande à tous les pays en
développement. En outre, tous les donneurs de sang du Zimbabwe
bénéficient d’un conseil avant et après le prélèvement.
Les allégations concernant l’insuffisance des
normes de sécurité au Zimbabwe constituent une accusation grave,
démentie par les statistiques. Il est regrettable également que l’article
décrive l’usage abusif que fait l’une des deux prostituées de sa
carte de donneur. La sélection des donneurs de sang se fait
essentiellement sur des critères d’altruisme et repose sur l’honnêteté
avec laquelle les donneurs répondent au questionnaire. Vu qu’il n’existe
aucune mesure de sécurité transfusionnelle garantissant un risque
nul, chaque mesure de sécurité compte, la sélection des donneurs
comme le contrôle des dons à la recherche de marqueurs viraux.
Outre les accusations implicites portées contre le
ZNBTS, on peut s’inquiéter des répercussions éventuelles de cet
article sur la sécurité transfusionnelle au Zimbabwe. Quiconque
jette le discrédit sur les services de transfusion sanguine sans
preuves véritables met en péril la vie humaine en suscitant la
défection des donneurs réguliers. Il serait désolant en effet qu’un
article écrit dans l’intention supposée de promouvoir une plus
grande sécurité transfusionnelle porte atteinte à l’oeuvre
remarquable accomplie par le Zimbabwe. Le Zimbabwe est l’un des neuf
pays d’Afrique dont le service de transfusion, entité nationale
unie qui garantit un accès équitable aux produits sanguins sur tout
le territoire, opère dans un cadre juridique.
L’article prétend que le
Dr Jean Emmanuel, actuellement à la tête du Département
Sécurité transfusionnelle et technologie clinique de l’OMS, était,
par « pure coïncidence », Directeur du Service
national de transfusion sanguine du Zimbabwe à l’époque où se
sont déroulés les faits relatés par Stern, c’est-à-dire pendant
la première moitié des années 90. En réalité, le
Dr Emmanuel a quitté le ZNBTS en 1989 pour entrer à l’OMS.
Qui plus est, sous sa direction, le Zimbabwe fut l’un des premiers
pays au monde à tester tous les dons à la recherche du VIH,
avant même la France, le Japon et le Royaume-Uni.
Le Zimbabwe est l’un des rares pays africains qui
séparent systématiquement les globules rouges du plasma dans les
dons de sang entier. L’avantage de cette pratique est que les
globules rouges peuvent être conservés dans un dispositif
spécialement conçu à cet effet pendant plus longtemps que le sang
entier (42 jours au lieu de « 35 jours »,
comme l’affirme l’article) et qu’ils sont plus bénéfiques au
receveur. Le Zimbabwe recueille chaque année quelque
80 000 dons de sang entier de 450 ml (et non
80 000 litres, comme il est dit dans Stern). La plupart des
receveurs zimbabwéens n’ont pas besoin du plasma extrait des
unités de sang, mais il est requis pour la fabrication de produits
thérapeutiques et à des fins diagnostiques. Le Zimbabwe n’a pas
les structures nécessaires pour fabriquer lui-même les dérivés du
plasma. L’essentiel du plasma superflu est éliminé par
incinération. Tout le reste est exporté après avoir été dûment
répertorié et approuvé par les autorités sanitaires nationales, en
toute transparence. Le Service national de transfusion sanguine du
Zimbabwe fait l’objet d’un contrôle rigoureux de la qualité, et
tous les résultats d’analyses, documents relatifs à l’exportation,
etc. peuvent être consultés sur demande.
Le Service national de transfusion sanguine du
Zimbabwe n’est pas une institution « semi-privée »
mais un organisme non gouvernemental à but non lucratif, seul
habilité pour la transfusion sanguine par le Ministère de la Santé
et de la Protection de l’Enfance. Ses seules motivations sont donc
la sécurité transfusionnelle et le bien-être des transfusés.
En outre, depuis qu’on fait des transfusions
sanguines au Zimbabwe, les centres de transfusion recrutent
exclusivement des donneurs bénévoles non rémunérés, contrairement
à ce qui se passe dans la plupart des pays en développement. Une
foule d’éléments prouvent que les dons bénévoles non
rémunérés sont l’un des principes fondamentaux de la sécurité
transfusionnelle.
Pour les raisons invoquées plus haut, le ZNBTS a
été désigné Centre collaborateur de l’OMS. Il vient d’ailleurs
d’assurer le premier cours de formation à la gestion de la qualité
en médecine transfusionnelle.
L’article du Stern reproche par ailleurs à l’OMS
de n’avoir « jamais prêté attention » au
prétendu problème des exportations de plasma en provenance du
Zimbabwe. En dehors de tout ce qui a été souligné plus haut, si un
pays, quel qu’il soit, avait produit et mis sur le marché
des produits sanguins dangereux, ce serait aux autorités nationales d’en
aviser officiellement l’OMS.
S’agissant du Zimbabwe, le ZNBTS étant un Centre
collaborateur de l’OMS, celle-ci est tenue au courant de la nature
et de la qualité des pratiques en vigueur dans ce pays en matière de
dons de sang et peut, ainsi qu’il a été dit plus haut, rassurer
tous ceux qui douteraient de la qualité des produits sanguins de ce
pays.
Quant aux autres pays, l’OMS s’emploie à
mettre en place un réseau international de gestion de la qualité des
transfusions sanguines et accueillera en novembre la première
réunion de la Collaboration mondiale pour la sécurité
transfusionnelle.