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UN ECOLIER SUR CINQ FUME DANS LES PAYS EN
DEVELOPPEMENT, INDIQUE UNE ENQUETE RECENTE
Face aux procès qui leur sont intentés et aux campagnes antitabac
de plus en plus véhémentes menées dans les pays industrialisés, les cigarettiers
visent maintenant les pays en développement.
Vingt pour cent environ des écoliers de ces pays fument déjà
régulièrement, selon une enquête cordonnée par l'OMS en collaboration avec les Centers
for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis d'Amérique, publiée en juillet
2000 dans le dernier numéro du Bulletin de l'OMS. L'enquête, effectuée dans 12
pays en développement ou en transition, a aussi constaté que près de 25% des jeunes
fumeurs n'avaient pas 10 ans quand ils avaient commencé à fumer et que plus des
deux-tiers voulaient arrêter.
Charles Warren des CDC et ses co-auteurs notent dans l'article du Bulletin
que quelque 250 millions d'enfants et d'adolescents dans le monde, dont 70% vivent
aujourd'hui dans des pays en développement, mourront des suites du tabagisme. "La
forte prévalence [du tabagisme] dans une population aussi jeune laisse augurer toute une
vie de dépendance pour un grand nombre de personnes, dont la moitié mourront
prématurément de maladies liées au tabagisme," écrivent-ils.
L'enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes a été entreprise
il y a deux ans par l'OMS pour recueillir des données de base sur l'usage du tabac chez
les jeunes des pays en développement. La coordination dans les différents pays est
assurée par des chercheurs. L'enquête, en définitive, devrait s'étendre aux 191 pays
Membres de l'OMS.
Au total, 50 207 écoliers de 13 à 15 ans appartenant au premier
groupe de 12 pays - Barbade, Chine (quatre provinces), Costa Rica, Fidji, Jordanie,
Pologne, Russie (Moscou), Afrique du Sud, Sri Lanka, Ukraine (Kiev), Venezuela et Zimbabwe
(deux villes) - ont répondu au questionnaire de l'enquête. Jusqu'à 70% des enfants ont
admis avoir fumé à un moment donné en Ukraine, première de la liste pour ce point du
questionnaire. Avec 30% de réponses positives, la Pologne arrivait en tête pour les
enfants fumant actuellement (l'Ukraine et la Russie occupant les dernières places avec
9%). La moitié environ des enfants couverts par l'enquête étaient exposés chez eux à
la fumée secondaire indirecte.
Dans tous les pays, sauf la Barbade et la Jordanie, plus de la moitié
des enfants - et en Chine, près de 90% d'entre eux - ont déclaré vouloir arrêter de
fumer, les deux tiers environ ayant essayé d'arrêter dans l'année précédant
l'enquête. Ces résultats, selon les auteurs, indiquent que "les programmes et les
interventions axés sur les jeunes doivent aussi inclure des mesures destinées à
empêcher les jeunes de commencer à fumer et des programmes spécialement conçus pour
aider les jeunes à arrêter de fumer." A ce jour, les programmes de prévention
s'adressant aux jeunes se sont bornés à empêcher les enfants de commencer à fumer.
Autres articles autour du même thème parus dans le numéro de
juillet du Bulletin
Risques particuliers pour les femmes
La publicité en faveur du tabac est l'un des moyens utilisés par
l'industrie du tabac pour inciter un nombre croissant de femmes à se joindre à la
communauté des fumeurs, jusque là domaine essentiellement masculin. Sur le nombre
estimatif de 1,2 milliard de fumeurs dans le monde, environ 200 millions sont des femmes,
et sur les quelque 4 millions de décès dus au tabac chaque année, environ 500 000
concernent des femmes. Ernster et al. (pp. 891-901) examinent certaines des stratégies
utilisées par l'industrie du tabac pour enrôler les femmes. Ils montrent aussi les
principaux problèmes de santé spécifiquement féminins qui sont liés au tabac -
problèmes associés pour la plupart à la grossesse et aux contraceptifs oraux et des
problèmes survenant après la ménopause (perte de densité osseuse, notamment) - sans
parler des afflictions telles que les cancers, les maladies cardio-vasculaires et les
infections respiratoires, communes aux femmes et aux hommes. Pour les auteurs, les
politiques antitabac doivent protéger les femmes des pièges de la publicité et tenir
compte de leurs points faibles particuliers. Un premier pas dans cette direction pourrait
consister à faire jouer un rôle accru aux femmes dans la formulation des politiques et
des lois antitabac.
Le jeu des "grands industriels du tabac"
Il y a six ans, grâce au courage de deux dénonciateurs et d'une
poignée de militants antitabac et d'avocats plaidants aux Etats-Unis d'Amérique, des
millions de documents internes de l'industrie du tabac ont été rendus publics dans des
ouvrages et sur l'Internet. Ces documents ont révélé que les dirigeants de l'industrie
savaient déjà dans les années 50 que le tabac était cancérogène et que la nicotine
engendrait la dépendance. Saloojee & Dagli (pp. 902-910) relatent les stratagèmes
auxquels ont recouru les industriels pour détourner l'opprobre public jeté sur les
grands cigarettiers, surtout aux Etats-Unis, depuis la découverte de ces documents.
L'emprise du tabac sur les pays industrialisés faiblit peut-être mais la bataille entre
la santé publique et les riches sociétés n'est pas terminée. Les pays en
développement sont maintenant dans la ligne de mire de l'industrie. A l'OMS et aux autres
organisations internationales de santé de réunir un consensus mondial - par des
instruments tels que la convention-cadre internationale pour la lutte antitabac (voir
ci-après) - sur la nécessité de réglementer le tabac et ses fournisseurs.
Un traité mondial
Il est beaucoup question de la "mondialisation" dans les
médias actuellement - tantôt présentée comme une bénédiction, tantôt comme un
fléau. Pour la communauté de la santé publique internationale, le tabac est à
l'évidence un fléau mondial. Par des moyens tant légaux (accords de commerce
internationaux et pratiques de commercialisation transnationales, par exemple)
qu'illégaux (la contrebande de cigarettes représente maintenant un tiers des
exportations mondiales), l'emprise de la poignée de sociétés qui dominent l'industrie
du tabac s'étend maintenant à toute la planète. Le tabac est devenu un produit
véritablement mondial, plus de 70% de ses consommateurs (800 millions de personnes)
vivant dans les pays en développement, sans compter un nombre incalculable de fumeurs
passifs, et partageant avec leurs homologues des pays industrialisés les risques de
maladie et de décès prématuré associés à leur dépendance. Seule une riposte
mondiale mobilisant les puissantes ressources juridiques et scientifiques existantes peut
faire obstacle à cette menace planétaire pour la santé. Taylor & Bettcher montrent
(pp. 920-929) comment le projet de convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, en
tant que bien public mondial dans les efforts mondiaux déployés pour mettre fin au
tabagisme, peut être cette riposte.
Mesurer les habitudes tabagiques dans le monde
Dans leur combat contre le tabac, les responsables de la santé
publique ont pâti de l'absence de système d'information mondial efficace pour surveiller
la production, le commerce et la consommation du tabac, ainsi que la morbidité et la
mortalité liées au tabac. Pour répondre à ce besoin, l'OMS et les Centers for Disease
Control and Prevention des Etats-Unis d'Amérique ont créé en 1998 un système national
d'information en ligne sur le tabac (NATIONS) destiné à recueillir des données
de base. A partir des données relatives à 198 pays et territoires, Corrao et al.
indiquent (pp. 884-890) qu'en 1998, environ 30% de la population mondiale fumaient et que
la plus forte prévalence du tabagisme était enregistrée dans la région OMS du
Pacifique occidental (34%), et la plus faible dans la région de la Méditerranée
orientale (22%). Au niveau mondial, 48% des hommes fumaient contre 12% des femmes, mais la
proportion des fumeuses atteignait 23% en Europe et dans les Amériques. Il ressort
également de ces données que, dans la plupart des pays en développement, le prix des
cigarettes importées a baissé, en valeur réelle, au cours de ces dix dernières
années. Ces analyses, et d'autres qui utilisent la base de données NATIONS, pourraient
localiser les zones où il conviendrait de renforcer certaines activités antitabac.
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: http://www.who.int Le Bulletin (en anglais) peut être
consulté au site-web suivant: http://www.who.int/bulletin
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