« PALUDISME
AÉROPORTUAIRE » :
UN RISQUE MORTEL PRÊT À ATTERRIR
DANS DE NOMBREUX PAYS, SELON LES SPÉCIALISTES
Les autorités sanitaires de nombreux pays s'inquiètent de
plus en plus du risque potentiellement mortel que fait peser sur leur territoire le
paludisme apporté par les moustiques « voyageant » à bord des vols
internationaux, selon une étude publiée dans le numéro du mois d'août du Bulletin
de l'Organisation mondiale de la Santé.
Entre 1969 et 1999, douze pays ont notifié au total 87 cas de
paludisme chez des personnes vivant à proximité d'aéroports. La France vient en
tête de liste avec 26 cas, suivie de la Belgique (16 cas) et du Royaume-Uni (14 cas). Ces
cas de « paludisme aéroportuaire », qui surviennent dans les aéroports ou
dans leur voisinage, se distinguent des cas importés où les patients contractent
l'infection lors de séjour en zones impaludées puis tombent malades. La survenue
d'un nombre relativement élevé de cas à Paris et à Bruxelles est en rapport avec
la grande fréquence des vols en provenance d'Afrique centrale et occidentale. Au
moins cinq décès en ont résulté et tous les cas se sont produits chez des personnes
n'ayant aucune immunité face à cette maladie. Les retards pour poser le diagnostic
correct ont eu fréquemment pour conséquence le développement d'accès graves ou
pernicieux. Cinq cas de paludisme aéroportuaire se sont produits en Suisse en 1990 et,
pour l'un d'entre eux, 31 jours se sont écoulés avant d'établir le
diagnostic.
« Le grand nombre de cas de 'paludisme aéroportuaire'
signalés en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs est la conséquence grave du
transport de moustiques infectés à bord d'aéronefs, notent les auteurs du rapport.
Cette variante est particulièrement dangereuse dans la mesure où les médecins
n'ont en général guère de raisons de soupçonner cette maladie, en particulier
lorsque le sujet n'a pas voyagé récemment dans des régions d'endémie. Il
arrive donc que le diagnostic soit très retardé et que la mort survienne avant
qu'il ne soit posé et qu'un traitement adéquat ne soit administré. »
Il est arrivé qu'on établisse dans certains pays la présence
d'espèces de moustiques qui y étaient inconnues jusqu'alors. L'étude
cite l'introduction au Brésil en 1930 probablement par voie maritime et non
aérienne d'une espèce qui était un vecteur majeur du paludisme.
« L'importation, suivie de l'établissement de ce vecteur très efficace a
entraîné une épidémie de paludisme au cours de laquelle on a enregistré 300 000
cas et 16 000 décès. Une campagne coûteuse a permis d'éradiquer avec succès
ce vecteur du pays. »
Les auteurs de l'étude rapportée dans le Bulletin sont le
Dr Norman Gratz, patho-entomologiste basé à Genève, le Dr Robert Steffen, de la
Clinique universitaire du voyage, Institut de médecine sociale et préventive,
Université de Zurich et le Dr William Cocksedge, spécialiste des maladies transmissibles
à l'OMS. « Il est très important actuellement de désinsectiser les aéronefs
assurant des liaisons entre les aéroports des régions tropicales d'endémie et ceux
des régions exemptes », déclarent-ils.
« Les moustiques porteurs du paludisme peuvent pénétrer dans la
cabine avant le décollage ou pendant les escales, mais ils peuvent également survivre
dans la soute à bagages. Quelle que soit la façon dont elle a été transportée, la
maladie est alors souvent mortelle parce que les médecins, peu au courant du risque, ne
posent que tardivement le diagnostic. Le traitement peut revenir à plus de 2 700
dollars des Etats-Unis par cas, une somme largement plus élevée que la désinsectisation
d'un aéronef au moyen de l'application périodique d'un insecticide
rémanent, comme la perméthrine, et de la pulvérisation d'aérosol juste avant
l'embarquement des passagers ou le décollage. »
De nombreux pays insistent déjà sur la désinsectisation des
aéronefs à l'arrivée, notamment s'ils proviennent de zones où les maladies
à transmission vectorielle sont endémiques. Il est courant que les services sanitaires
du pays de destination pulvérisent des aérosols dans les avions à l'arrivée
s'il existe le moindre doute quant à l'application antérieure d'un tel
traitement au cours du vol. Les dernières recommandations de l'OMS en matière de
désinsectisation des aéronefs ont été publiées en 1998.
- Le premier cas d'insectes retrouvés à bord d'un aéronef a été signalé en
1928, lorsqu'un inspecteur de la quarantaine est monté dans un dirigeable, le Graf
Zeppelin, à l'arrivée aux Etats-Unis, et a découvert 10 espèces dans les
plantes apportées par les passagers.
Egalement ce mois-ci dans le Bulletin
Prévention de l'infection néonatale à VIH : une
montagne de questions
A en juger par les résultats des essais récents portant sur la
zidovudine et la névirapine en Thaïlande et en Ouganda, la prévention de la
transmission mère-enfant du VIH dans les pays en développement pourrait être bientôt
techniquement réalisable. A côté des espoirs suscités par cette constatation, de
nombreuses questions se posent également. Compte tenu des coûts impliqués, ne
seraient-ils pas plus judicieux pour les pays en développement d'investir dans la
distribution de préservatifs et l'éducation sanitaire pour prévenir
l'infection à VIH chez les adultes et notamment les femmes enceintes ?
L'affectation des ressources ne devrait-elle pas appuyer en priorité les services
sanitaires de base qui permettent de réduire la mortalité infantile ? La mise à
disposition de ces traitements ne risquerait-elle pas d'augmenter la prévalence des
comportements à risque et le nombre d'enfants infectés par le VIH ? Il
convient d'envisager avant tout la sauvegarde du droit des femmes à des soins de
santés adéquats et au soutien social, dont des services de conseil appropriés.
L'évaluation des mesures de santé
Au cours des quarante dernières années, les analystes ont conçu des
indices ou des mesures destinées à résumer l'état de santé des populations. Pour
être valable, une mesure doit pouvoir être utilisée, entre autres, pour comparer les
niveaux de santé entre différentes populations, contrôler l'évolution dans le
temps, quantifier les inégalités sanitaires au sein d'une population et évaluer
les répercussions des pathologies non mortelles sur l'état de santé général.
Aucun des indicateurs actuellement disponibles ne remplit tous ces critères mais cela ne
doit pas empêcher les décideurs de se servir d'ores et déjà de ceux qui donnent
le plus de satisfaction.
Examen des lésions du col utérin
Avec environ 90 000 cas notifiés par an, le cancer du col utérin
est en Inde la principale tumeur maligne chez les femmes. Dans plus de 90 % de ces
cas, les lésions sont à un stade avancé lorsque la patiente se présente dans les
services médicaux. Dans les pays industrialisés, le dépistage cytologique systématique
a permis de maîtriser dans une grande mesure le problème, mais à un coût qui reste
prohibitif pour la plupart des pays en développement. Une étude a établi que le
« magnivisualizer », un nouvel appareil composé d'une lentille
grossissante allongée et d'un système éclairant le col utérin, a permis de
détecter 77 % des cas confirmés de cancer du col utérin à un stade précoce. La
méthode, qui n'est pas onéreuse et peut se pratiquer dans les services de santé
primaires, offre une possibilité intéressante de dépister ce type de tumeur dans les
pays qui n'ont pas les moyens de faire appel au dépistage cytologique.
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M. William Cocksedge, OMS, Genève. Tél. (+41 22) 791 2729 ; adresse électronique
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