Dans son numéro de septembre le Bulletin de l'Organisation
mondiale de la Santé (OMS) s'intéresse aux problèmes rencontrés actuellement
en hygiène du milieu. On trouvera parmi les principaux articles :
La contamination de l'eau au Bangladesh par l'arsenic
Allan H Smith, professeur d'épidémiologie à l'Université
de Californie à Berkeley (Etats-Unis d'Amérique) et al. rapportent qu'une longue
épidémie de cancers et d'autres pathologies mortelles attend le Bangladesh à cause
de la contamination des eaux par l'arsenic présent dans la nature. Cette catastrophe
est de grande ampleur et il faut décréter un état d'urgence sanitaire, avertissent
les auteurs.
On a retrouvé une contamination arsenicale des eaux souterraines dans
de nombreux autres pays, comme l'Argentine, le Chili, la Chine, les Etats-Unis
d'Amérique, l'Inde, le Mexique, Taiwan ou la Thaïlande, et il s'agit d'un
problème mondial. Mais, selon le rapport, la crise au Bangladesh est sans
précédent : entre 35 et 77 des 125 millions d'habitants du pays risquent
d'être exposés à l'arsenic dans l'eau de boisson. On pense qu'il y
a eu déjà au moins 100 000 cas d'affections cutanées débilitantes.
« Le Bangladesh se trouve aux prises avec la plus grande
intoxication collective de l'histoire
l'ampleur de ce désastre
écologique dépasse tout ce que l'on a connu, que ce soit l'accident de Bhopal
(Inde) en 1984 ou celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 », affirme, Allan H. Smith.
Se fondant sur les informations recueillies lors des visites que le
Professeur Smith a effectuées au Bangladesh entre 1997 et 1998, l'article principal
de ce numéro annonce une augmentation importante du nombre des cas de pathologies
d'origine arsenicale si la population continue de boire de l'eau contaminée.
Ces affections vont des lésions cutanées aux tumeurs de la vessie, des reins, des
poumons ou de la peau, en passant par des troubles neurologiques, cardiovasculaires,
pulmonaires et le diabète. Elles peuvent se développer lentement, sur plusieurs années.
« On peut raisonnablement s'attendre à une augmentation
marquée de la mortalité imputable aux tumeurs internes, une fois que l'on aura
atteint un temps de latence suffisant », dit le Professeur Smith. Les études dans
d'autres pays où la population a été exposée pendant longtemps à l'arsenic
dans les eaux souterraines, montrent qu'un habitant sur dix buvant de l'eau
contenant de fortes concentrations du poison, finit par mourir de cancer. On a signalé
une augmentation considérable du nombre de ces cas et décès à Taiwan, au Chili et en
Argentine.
L'intoxication au Bangladesh provient de la création, au cours
des vingt dernières années, de millions de petits puits tubés insérés dans le sol à
des profondeurs ne dépassant pas 2 mètres habituellement puis surmontés d'une
pompe manuelle en métal. L'ironie du sort a voulu que nombre de ces puits aient
été construits, au départ, dans le cadre d'un programme d'approvisionnement
en eau de boisson « saine ».
A cette époque cependant, on ne savait pas que l'arsenic posait
un problème et les procédures standardisées ne comportaient pas de tests pour le
rechercher.
L'alarme a été donnée pour la première fois lorsque des
médecins ont constaté des cas de lésions cutanées induites par l'arsenic au Bengale
occidental (Inde) en 1983. On pensait alors que plus d'un million et demi de
personnes étaient exposées à l'arsenic et qu'il y avait plus de
200 000 cas d'intoxication.
Des cas semblables ont alors commencé à apparaître au Bangladesh
voisin. La contamination arsenicale de l'eau des puits a été confirmée pour la
première fois en 1993, puis par de nombreuses études depuis lors. Une enquête
scientifique a surveillé les puits dans plusieurs centaines de villages, dans le cadre
d'un programme gouvernemental, mais le professeur Smith affirme qu'il faut
prendre des mesures d'urgence.
« La découverte de la contamination arsenicale des eaux
souterraines dans de nombreux pays, dont l'Argentine, le Chili, la Chine, les
Etats-Unis d'Amérique, l'Inde, le Mexique, Taiwan, la Thaïlande et maintenant le
Bangladesh, montre qu'il s'agit d'un problème mondial », écrit-il.
Il estime que la déclaration d'une situation d'urgence
sanitaire aurait suscité une réaction plus rapide au problème et qu'il reste des
millions de puits et de personnes à examiner.
« La réponse à la contamination arsenicale est sans
ambiguïté, observe-t-il. Il faut fournir de l'eau exempte d'arsenic
la
santé de la population est en jeu et l'on ne peut pas attendre d'autres
enquêtes pour agir. »
A la différence de nombreux autres problèmes sanitaires importants au
Bangladesh, on peut éradiquer les pathologies d'origine arsenicale à peu de frais,
selon le professeur Smith. Le plan d'urgence devrait à la base s'employer à
vérifier rapidement les cas, fournir immédiatement de l'eau exempte d'arsenic,
puis traiter et surveiller les patients, et enfin informer les communautés des risques et
des soins médicaux.
Les maux et les bienfaits des villes
Les villes sont le moteur de la croissance économique, mais elles sont
également à l'origine de la pauvreté, des inégalités et de risques sanitaires
liés à l'environnement. Dans les pays en développement, l'hygiène du milieu
urbain pose des problèmes considérables. McMichael aborde, en pages 1117 à 1126, ces
questions pour les pays à faibles revenus et soutient que les solutions à long terme
impliquent des changements sociaux et technologiques radicaux.
Comprendre El Niño
Kovats explique (pages 1127 à 1135) le lien causal direct entre El
Niño et les modifications climatiques dans le monde entier qui ont provoqué des
inondations, des sécheresses, des famines, des incendies de forêts et des épidémies de
maladies à transmission vectorielle ou liées à l'hygiène. El Niño entraîne de
temps à autre de longues périodes de chaleur dans les régions équatoriales du
Pacifique. On estime à des milliers le nombre de morts imputables à El Niño et à des
milliards de dollars les dégâts provoqués par les catastrophes. Mais les prévisions
saisonnières deviennent possibles et des systèmes de prévision précoce des
catastrophes et des épidémies se mettent graduellement en place.
La pollution de l'air à l'intérieur des locaux est une
cause de mortalité
La pollution de l'air dans les locaux pourrait être responsable
de près de 2 millions de décès par an dans les pays en développement et d'environ
4 % du fardeau mondial de morbidité. Bruce et al. passent en revue les faits
associant ce problème courant et la mauvaise santé (pages 1078 à 1092).
Questions brûlantes
Le mouvement pour l'hygiène du milieu se renforce dans les pays
industrialisés. Les avis divergent pour savoir s'il néglige les besoins des pays en
développement ou, au contraire, s'il aide à y répondre. Une table ronde a abordé
certaines de ces questions (pages 1156 à 1161).