LES
DANGERS DE LA POLLUTION DE L'AIR
On estime à près d'un milliard le nombre de personnes,
surtout des femmes et des enfants, régulièrement exposées à des niveaux excessifs de
pollution de l'air à l'intérieur des habitations, des niveaux qui peuvent
être jusqu'à cent fois plus importants que ceux des lignes directrices de
l'OMS. Ce chiffre stupéfiant a été évoqué lors d'une réunion stratégique
de l'OMS sur la qualité de l'air et la santé qui a lieu cette semaine à
Genève.
La pollution de l'air est devenue un problème majeur de
salubrité de l'environnement qui touche les pays développés comme les pays en
développement. C'est un problème vraiment mondial qui concerne aussi bien la
qualité de l'air ambiant dans les villes que la qualité de l'air à
l'intérieur des habitations et dans les lieux de travail, et ce en milieu rural
comme en milieu urbain. Les niveaux d'exposition les plus élevés à la pollution de
l'air sont enregistrés à l'intérieur des habitations, surtout dans les pays
en développement. Plus de la moitié des familles dans le monde utilisent encore, pour
cuire et se chauffer, des combustibles solides c'est-à-dire le bois, le
charbon, la bouse séchée, les résidus agricoles et le charbon de bois.
L'utilisation de ces combustibles associée à des fourneaux peu efficaces et à une
ventilation insuffisante diffuse dans les habitations un mélange complexe de polluants
néfastes pour la santé.
En Inde, où 80 % des ménages utilisent des combustibles solides,
selon certaines estimations le nombre des décès annuels d'enfants dus à la
pollution de l'air à l'intérieur des habitations atteint le demi-million et,
le plus souvent, c'est une infection respiratoire aiguë qui est en cause. Les
chiffres concernant l'Afrique subsaharienne sont du même ordre. Et dans les pays
d'Amérique latine où un quart des ménages utilisent des combustibles solides, il
est estimé que 30 000 personnes meurent chaque année d'infections respiratoires
aiguës imputables à la qualité de l'air à l'intérieur des habitations.
Il y a de quoi faire vaciller le mythe de l'air pur des
campagnes : près des trois cinquièmes de l'exposition mondiale totale aux
matières particulaires, un des polluants de l'air les plus fréquents, concernent
les zones rurales des pays en développement. Dans le monde entier, cette pollution se
traduit par un bilan annuel très lourd qui atteint les 3 millions de morts.
Comme c'est apparemment toujours le cas, les plus démunis sont
les plus touchés. Les pauvres sont en effet exposés à tout un éventail de facteurs de
risque parmi lesquels figurent, outre la pollution de l'air, la malnutrition,
l'eau contaminée et une infrastructure de soins insuffisante. La malnutrition,
l'eau contaminée et l'utilisation des combustibles solides à l'intérieur
des habitations provoquent ensemble plus d'un quart des décès dans les pays les
moins avancés.
La situation est particulièrement préoccupante en ce qui concerne les
enfants, spécialement vulnérables aux niveaux élevés de pollution de l'air.
L'étude de la charge mondiale de la maladie effectuée par l'OMS en 1990 a
clairement démontré que 30 % des décès, toutes maladies confondues, surviennent
avant l'âge de 15 ans, alors que le pourcentage est deux fois plus important dans le
cas des infections respiratoires aiguës. Un groupe spécial de l'OMS sur la
protection de la salubrité de l'environnement de l'enfant a été mis sur pied
pour aborder ces problèmes.
Si l'on connaît mieux aujourd'hui les effets néfastes de la
pollution de l'air pour la santé, les mesures préventives restent très lentes.
Comme l'explique le Dr Michael Repacholi, Coordonnateur de la Médecine du travail et
de l'hygiène du milieu à l'OMS « l'Organisation voudrait fournir à
ses 191 Etats Membres des preuves irréfutables de la charge de morbidité
disproportionnée imputable à la pollution de l'air. Nous voudrions leur donner un
bon cadre politique de l'environnement avec des actions applicables à des conditions
socio-économiques et à des cadres différents. Bref, nous voudrions leur donner une
véritable stratégie pour éliminer les polluants de l'air qui sont évitables et
réduire ainsi la charge de morbidité avec un bon rapport coût-efficacité. »
Au cours de la réunion qui a eu lieu cette semaine à Genève, les
participants ont surtout cherché à définir les principaux obstacles à surmonter pour
mettre en place une stratégie OMS sur la pollution de l'air et la santé. Du point
de vue de la santé publique, la pollution de l'air n'est pas une science
exacte. Souvent, les effets sanitaires imputables à la pollution de l'air peuvent
aussi être étroitement liés à d'autres facteurs. C'est la raison pour
laquelle la mise sur pied d'une base de données sur les effets sanitaires de la
pollution de l'air apparaît comme un premier pas important en vue d'atteindre
les objectifs fixés. Mais d'abord, toutes les parties concernées doivent définir
une méthodologie unifiée pour la collecte de données mondialement comparables afin de
pouvoir procéder à des évaluations fiables des impacts sanitaires.
La base de données contribuera à déterminer où se situent les
populations à haut risque et les niveaux de pollution de l'air dangereux pour la
santé. Elle permettra aussi de suivre les principales sources de la pollution de
l'air et leur effet sur la santé publique. Les coûts économiques des problèmes de
santé liés à la pollution de l'air, du point de vue social et individuel, ainsi
que la recherche de stratégies d'intervention d'un bon niveau de
coût-efficacité retiendront également l'attention de l'OMS.
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Valery Abramov, Bureau du Porte-parole de l 'OMS, Genève, tél. (+41 22) 791
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