Les responsables de la santé, de
l'humanitaire et du monde des affaires adoptent un plan stratégique pour certifier
l'éradication en 2005 Le compte à rebours a commencé
Ted Turner et Mia Farrow parmi les personnalités qui s'engagent à
récolter les fonds et susciter la volonté politique nécessaires
Une course de relais dont le rythme devra être maintenu
NATIONS UNIES, New York Avec l'appui d'un large
éventail de personnalités du monde des affaires et de responsables de gouvernements,
d'organismes du système des Nations Unies et de groupes humanitaires, le Secrétaire
général de l'ONU a déclaré aujourd'hui qu'il était possible de gagner
la course contre la poliomyélite à condition que les agents de santé soient en mesure
de vacciner chaque enfant.
Présentant le plan stratégique pour 2001-2005 qui constituera le
dernier chapitre de l'éradication mondiale, le Secrétaire général a déclaré que
le départ de la course pour immuniser le dernier enfant non vacciné avait été donné.
« Cette course pour vacciner le dernier enfant est une véritable course contre la
montre. Si nous ne saisissons pas maintenant la chance qui nous est offerte, le virus se
ressaisira et nous aurons perdu cette occasion à jamais. »
M. Annan a fait sa déclaration lors d'une réunion sans
précédent des principaux acteurs dans l'effort mondial de l'éradication parmi
lesquels on retrouve notamment le Vice-Président de Time Warner, Ted Turner, le
Président du Rotary International, Frank Devlyn, le Directeur général de l'OMS, le
Dr Gro Harlem Brundtland, et le Directeur général de l'UNICEF, Carol
Bellamy, ainsi que des représentants des gouvernements de pays touchés par la
poliomyélite, des donateurs du secteur privé comme du secteur public, et l'actrice
Mia Farrow elle-même victime de la poliomyélite pendant son enfance et dont le
fils Thaddeus est paralysé à la suite de la maladie.
« Nous devons engager des négociations » a déclaré
M. Annan « pour avoir accès à tous les enfants lors de journées nationales
de vaccination, surtout dans les pays prioritaires en proie à des conflits. Nous devons
veiller à la sécurité des agents de santé et des volontaires dont beaucoup
s'attachent quotidiennement à débusquer le virus bien après que les bannières de
la vaccination ont disparu. Nous devons utiliser tous les instruments du système de
l'ONU pour terminer ce dernier chapitre de l'éradication ».
Les délégués étaient réunis au Siège de l'ONU à New York
pour relancer les efforts en vue d'obtenir les fonds et maintenir l'élan
politique nécessaires pour parvenir à la certification de l'éradication, une cible
qui a été fixée dès 1988. A la tête de l'initiative, on retrouve
l'Organisation mondiale de la Santé, le Rotary International, les Centers for
Disease Control and Prevention des Etats-Unis et le Fonds des Nations Unies pour
l'Enfance (UNICEF).
Les plus de 250 participants au sommet se sont engagés à tout
mettre en oeuvre pour surmonter les problèmes : le poliovirus circulera encore dans
une vingtaine de pays à la fin de cette année et il faudra US $450 millions de
ressources supplémentaires pour venir à bout de la maladie. Ces 20 pays à haut
risque présentent également certains des défis logistiques les plus difficiles à
relever, notamment la présence de groupes géographiquement isolés et difficiles à
atteindre et, dans quelques cas, une situation de conflit grave.
Course contre la montre
Pour symboliser la course qui s'est engagée, M. Annan et
Thaddeus Farrow ont mis en marche un compte à rebours spécialement conçu qui comptera
les secondes restant jusqu'à la date de la certification à la fin de 2005. Le
dispositif, offert par le fabricant international OMEGA et que l'on pourra voir à
l'Organisation des Nations Unies, indiquera également le nombre décroissant des cas
de poliomyélite dans le monde - lequel a été ramené à quelque 7000 cas notifiés
en 1999, une diminution de 95% depuis 1988.
Le Directeur général de l'OMS, le
Dr Gro Harlem Brundtland, a ouvert le sommet en dévoilant le plan
stratégique 2001-2005 qui précise les mesures nécessaires pour interrompre la
transmission du poliovirus sauvage dans le monde au cours des 24 prochains mois,
confiner les stocks de virus en laboratoire dans de bonnes conditions de sécurité,
certifier que le monde est exempt de poliomyélite en 2005 et, enfin, mettre un terme à
la vaccination antipoliomyélitique.
Ainsi que l'a déclaré le Dr Brundtland, « nous savons
ce que nous avons à faire et nous disposons des instruments et la stratégie nécessaires
pour y parvenir. Les problèmes peuvent être surmontés, mais uniquement si les
partenaires actuels et ceux qui se joindront à eux s'engagent à apporter leur appui
jusqu'en 2005. Je demande instamment à chacun de jouer le rôle qui est le sien pour
parvenir à ce résultat historique ».
Le Dr Carol Bellamy, Directeur général de l'UNICEF, qui a
co-présidé le sommet s'est félicitée des efforts accomplis par tous les
partenaires en vue de l'éradication - des efforts dignes des Jeux olympiques
en soulignant cependant que tout relâchement risquait de compromettre le succès de
l'entreprise.
« Pour atteindre nos objectifs, a-t-elle ajouté, il faudra que
chacun assume sa part de ce travail d'équipe. Le transport des vaccins
antipoliomyélitiques des fabricants aux régions difficiles d'accès où l'on
en a besoin constitue une véritable course d'équipe à laquelle de nombreux
relayeurs doivent participer. Sur la ligne de départ, on retrouve les fabricants qui
doivent continuer à assurer une production dans les délais voulus ».
Campagne synchronisée
Illustrant le climat de coopération internationale sans précédent
qui caractérise les efforts consentis, le Président du Nigéria Olusegun Obansanjo
qui s'est exprimé par vidéo s'est engagé à faire
participer le mois prochain son pays de plus de 100 millions d'habitants à un
effort régional d'intensification des activités d'éradication couvrant
17 pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.
La campagne de vaccination synchronisée vise à administrer le vaccin
à 70 millions d'enfants de moins de 5 ans en une seule semaine ; il
s'agit de l'initiative sanitaire régionale la plus importante jamais entreprise
en Afrique.
« Nous, les dirigeants africains, a déclaré le
Président Obasanjo, demandons à tous les secteurs dans nos pays et dans le monde
entier de faire en sorte que nous saisissions l'occasion unique qui nous est
offerte. »
Ted Turner, qui préside aussi la Fondation des Nations Unies,
aidera à réunir les fonds nécessaires. Frank Devlyn, Président du Rotary
International qui compte des membres dans 163 pays, s'est engagé à appuyer les
appels de fonds et à fournir des volontaires supplémentaires pour mener à bien les
efforts de vaccination porte-à-porte toujours plus intenses qui sont devenus la clef de
la vaccination de tous les enfants contre la poliomyélite. Le Rotary est le principal
partenaire du secteur privé et ses contributions à l'initiative jusqu'ici
atteignent déjà US $378 millions ; le Rotary s'est engagé à
fournir au total US $500 millions d'ici 2005.
Ted Turner et Frank Devlyn ont lancé un appel aux
entreprises et aux philanthropes du monde entier pour qu'ils fournissent les fonds
qui manquent encore. Ils ont l'intention de se rendre dans d'importantes villes
du monde entier pour inciter les fondations, les entreprises et les particuliers à faire
des dons de US $1 million ou plus.
Comme l'indique Frank Devlyn, « le coût de
l'échec dépasserait de loin les sommes que nous cherchons à réunir
aujourd'hui. Cette campagne de 18 mois du secteur privé vise à obtenir les
fonds nécessaires pour appuyer les journées nationales de vaccination, les activités de
surveillance et d'autres projets qui affectent directement l'éradication de la
poliomyélite. »
Pour sa part, Ted Turner a ajouté : « Une fois que la
poliomyélite aura été éradiquée et que nous pourrons cesser de vacciner les enfants
contre le fléau, nous économiserons chaque année US $1,5 milliard de frais de
vaccination. Investir aujourd'hui en faveur de l'éradication est donc tout
simplement une opération rentable du point de vue économique. »
Mia Farrow, représentante de l'UNICEF chargée de la
poliomyélite, a fait part de son expérience personnelle de la maladie :
« Alors que j'avais 9 ans, le jour même de mon anniversaire, je me suis
écroulée par terre et je ne pouvais plus me relever
Nous étions en 1954 en
plein milieu d'une épidémie de poliomyélite. Thaddeus est là aujourd'hui
avec moi pour témoigner de notre soutien en faveur de cette initiative majeure. »
Le Secrétaire d'Etat à la Santé des Etats-Unis, le
Dr Donna E. Shalala, était également présente. Evoquant la
responsabilité des pays industrialisés dans les efforts en vue de l'éradication,
elle a notamment déclaré : « L'éradication de cette maladie qui ignore
les frontières est une responsabilité pour nous tous. Nous devons continuer à financer
ce programme et nous devons rechercher les laboratoires où nous pourrons confiner le
virus dans de bonnes conditions de sécurité. »
Egalement présent au sommet, le Mouvement international de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'est engagé à rechercher des fonds et à faire
participer ses agents sur le terrain à l'administration du vaccin
antipoliomyélitique oral aux enfants vivant dans les zones les plus difficiles
d'accès, dont beaucoup n'ont jamais eu de contact d'aucune sorte avec les
soins de santé publique.