Winterthur (Suisse) Le monde entier doit s'unir pour
lutter en masse contre les maladies de la pauvreté, a déclaré mardi en ces lieux le Dr
Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé,
lors d'une réunion des organisations qui combattent ces maladies à travers le
monde.
« Un petit nombre de maladies de première importance comme le
paludisme, le VIH/SIDA, la tuberculose et les maladies mortelles de l'enfance,
conjuguées aux problèmes de santé génésique, sapent la croissance économique des
pays pauvres. On mesure de mieux en mieux la difficulté à laquelle se heurtent les pays
en développement qui tentent de lutter contre ces fléaux », a constaté le Dr
Brundtland.
Pourtant, a-t-elle souligné, il existe plusieurs moyens de réduire
considérablement la mortalité associée aux maladies les plus meurtrières. « Si
nous parvenons tout simplement à transposer ces interventions à plus grande échelle,
j'entends à l'échelle mondiale, nous disposerons d'une arme concrète,
orientée sur des objectifs précis et dont les effets sont mesurables pour nous attaquer
au problème de la pauvreté. » Cette entreprise a été baptisée « Effort de
masse contre les maladies qui causent ou entretiennent la pauvreté ».
Le Dr Brundtland s'est exprimée à l'inauguration d'un
forum destiné à rallier le plus grand nombre de gens à ce nouveau mouvement mondial.
« L'Effort de masse est un cheminement, une démarche, un cadre de réflexion
et un ensemble de valeurs venant étayer le tout », a précisé le Dr Brundtland.
Le forum réunit 200 spécialistes de la santé, de l'action de
sensibilisation et des relations publiques venus de 70 pays en qualité de représentants
des organisations non gouvernementales, du milieu associatif et des entreprises privées.
Le forum survient peu de temps après l'annonce faite par les pays
du G8 concernant leur intention de réduire la charge de paludisme et de tuberculose de
50% en 10 ans et, dans le même intervalle, de freiner la propagation du VIH/SIDA de 25%.
Il fait suite également au nouveau cadre d'orientation défini par la Commission
européenne pour que l'Union européenne consacre essentiellement son aide à la
réalisation de ces objectifs.
Le Dr Brundtland a expliqué qu'on savait depuis longtemps que
maladie et pauvreté étaient intimement liées, mais que les nouvelles données
rassemblées ces dernières années avaient révélé que certaines maladies infectieuses
avaient des effets bien plus dévastateurs que d'autres sur l'économie des pays
en développement.
L'analyse des données recueillies dans trente et un pays
africains entre 1980 et 1995 montre que le paludisme entraîne une retard de croissance
économique pouvant aller jusqu'à 1,3% par an, ce qui, sur 15 ans, équivaut à une
réduction du PNB de près de 20%.
Lorsque la prévalence du VIH atteint 8%, comme c'est le cas dans
au moins 21 pays africains, la croissance par habitant est ralentie de 0,4 point tous les
ans. Etant donné que pour les trois dernières années, la croissance annuelle par
habitant était en moyenne de 1,2% en Afrique, la perte n'est pas des moindres. On
peut faire, et on est en train de faire d'ailleurs, la même analyse pour les autres
maladies et affections.
La lutte contre ces maladies exigera d'importants investissements
dans la santé. D'après les estimations, il faudra un milliard de US dollars
supplémentaire par an pour lutter efficacement contre le paludisme. Mais cet
investissement pourrait permettre d'accroître de US $ 12 milliards le PIB cumulé
des pays d'Afrique subsaharienne. Il en va de même pour la tuberculose. En
consacrant US $1 milliard supplémentaire aux médicaments, et en améliorant les
systèmes de santé, on pourrait faire baisser la mortalité de 50% d'ici cinq ans.
Pour le VIH/SIDA, il faut davantage de fonds. La prévention nécessite à elle seule un
budget de l'ordre de US $ 2,5 milliards par an. Si l'on ajoute le coût de
soins, la somme devient énorme.
Il s'agit d'investissements à long terme. Le Dr Brundtland
estime qu'un mouvement populaire est indispensable pour inciter les responsables
politiques à ne pas relâcher leurs efforts ; les habitants de tous les pays seront
ainsi appelés à trouver eux-mêmes les meilleures solutions pour mener à bien
l'effort de masse.
« Ce mouvement doit s'appuyer sur des valeurs solides,
communes à tous. Il doit être tourné vers l'action, avec des objectifs et des
résultats clairement définis et mesurables, a insisté le Dr Brundtland. Il doit
aussi privilégier la pluralité et les idées nouvelles. »