A la pointe de la campagne mondiale contre l’épilepsie,
la Chine, l’Argentine, le Sénégal et le Zimbabwe mettent en œuvre des
projets pour former les médecins au diagnostic et au traitement de l’épilepsie.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fait l’annonce
de ces quatre « projets de démonstration » pour le lancement
de la deuxième phase de la Campagne mondiale contre l’épilepsie. Ces
quatre projets nationaux serviront de modèle pour les autres Etats
Membres de l’OMS.
« Depuis 1997, l’OMS et ses partenaires ont
travaillé avec énergie pour alerter dans le monde entier le public et
les gouvernements des souffrances et des pertes inutiles subies lorsque l’épilepsie
n’est pas traitée, a déclaré le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur
général de l’OMS. Nous avons mis au point des stratégies concrètes
pour apporter des améliorations substantielles au traitement et le moment
est venu pour que ces idées donnent des résultats sur le
terrain. »
Les quatre projets de démonstration vont évaluer le
nombre de personnes souffrant d’épilepsie dans les provinces
participantes et former les agents de soins dans les services de santé
primaires à la meilleure façon de diagnostiquer et de traiter cette
maladie. L’expérience permettra alors d’élaborer des programmes
nationaux dans ces quatre pays et d’aider les autres à concevoir leurs
propres projets.
L’épilepsie est un trouble neurologique qui affecte
au moins 50 millions de personnes dans le monde. Environ 85 % d’entre
elles vivent dans les pays en développement et, à l’échelle mondiale,
on enregistre chaque année deux millions de nouveaux cas.
Avec un traitement adéquat, 80 % des
épileptiques pourraient mener une vie normale mais, dans leur immense
majorité, les patients ne sont pas traités du tout. Le Bureau régional
de l’OMS pour les Amériques estime que, sur 5 millions d’épileptiques
dans la région, 3,5 millions ne sont pas traités. Une enquête récente
dans 30 pays d’Amérique latine a révélé qu’aucun d’entre eux n’avait
de politique nationale pour cette maladie. En Afrique subsaharienne, on
compte un neurologue pour 4 millions d’habitants.
La campagne mondiale, sur le thème « Sortir de l’ombre »,
s’intéresse particulièrement à l’ostracisme et aux discriminations
rencontrées par les épileptiques dans leur communauté, au travail, à l’école
ou dans leur famille. « Nous avons pour objectif d’améliorer le
traitement, la prévention et l’acceptation sociale de l’épilepsie,
le trouble neurologique le plus courant dans le monde, mais pour lequel un
traitement existe », a déclaré le Dr Brundtland.
Jusqu’à présent, plus de 50 pays ont adhéré à la
Campagne mondiale contre l’épilepsie, menée par l’OMS, la Ligue
internationale contre l’épilepsie et le Bureau international pour l’épilepsie.
« Le plus grand défi consiste à dissiper les
mythes et à faire comprendre que cette maladie n’a rien de surnaturel.
Les vieilles superstitions ont la vie dure, que ce soit au Caire, à
Calcutta ou à Caracas, explique le Dr Derek Yach, Directeur exécutif
chargé de la Santé mentale. C’est ainsi qu’une loi du Royaume-Uni
interdisant aux épileptiques de se marier n’a été abrogée qu’en
1970. »
L’épilepsie a des répercussions profondes au niveau
physique, psychologique et social. Il n’est pas rare que la scolarité
proposée aux enfants s’en ressente. Le taux de chômage est trois fois
plus élevé chez les épileptiques et nombre d’entre eux cachent leur
maladie, ce qui contribue à leur isolement social, à la mauvaise estime
qu’ils ont d’eux-mêmes et peut les amener à la dépression, voire au
suicide.
L’épilepsie peut être déclenchée, notamment chez
les sujets prédisposés, par toute maladie ou lésion cérébrale, des
infections, comme les méningites ou les encéphalites, des pathologies
vasculaires, des tumeurs ou l’abus d’alcool. Dans les pays en
développement, on trouve parmi les causes courantes certaines parasitoses
évitables, la malnutrition et l’insuffisance des soins prodigués à la
naissance.
« Notre but principal dans les pays développés
consiste à améliorer la qualité de la vie pour les épileptiques. Mais,
même là, des superstitions vieilles de plusieurs siècles rôdent encore
dans l’ombre, explique Mme Hanneke M. de Boer, du Bureau international
pour l’épilepsie. La situation est beaucoup plus complexe dans les pays
en développement où l’on trouve le rejet social, les
discriminations, le manque de personnel qualifié et les pénuries de
médicaments antiépileptiques. Même quand ces médicaments sont
disponibles, il arrive qu’ils ne répondent pas aux normes ou soient
trop onéreux à l’achat. »
Plus de 1 200 représentants de plus de 100 pays
ont participé à l’élaboration du plan pour la deuxième phase de la
campagne mondiale.