| Note pour
la presse N° 2 14 février 2001 |
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Le texte suivant, du Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, a été publié aujourd’hui dans la rubrique "Editorial/Opinions" de l’International Herald Tribune. « MEDICAMENTS CONTRE LE SIDA : BIENTOT A LA PORTEE DE TOUS » C’est une tragédie d’être frappé par une maladie pour laquelle n’existe ni traitement, ni possibilité de guérison mais, si l’on sait en plus que traitement est trop cher pour être accessible, on atteint le fond du désespoir. Fait positif, les journaux occidentaux se sont mis récemment à évoquer le drame insupportable vécu par les personnes vivant avec le VIH dans les pays en développement. Il est en effet intolérable de constater que moins de 10 % des 36 millions de personnes infectées ont les moyens de se procurer les médicaments pour se traiter. Pourtant, la bataille n’est pas perdue. En fait, nous avons commencé à supprimer les obstacles qui empêchent des millions d’êtres humains d’accéder aux médicaments essentiels dont ils ont besoin. Nous sommes témoins d’un effort sans précédent, résultant de l’engagement de personnes travaillant dans les gouvernements, les organisations non gouvernementales, à l’ONUSIDA, à l’OMS, dans d’autres agences du système des Nations Unies et le secteur privé. L’indignation populaire, la volonté politique, les lois du marché et la science la plus avancée permettent de chercher à appliquer un principe fondamental de la santé publique : l’approvisionnement en médicaments essentiels en fonction de la nécessité et pas de la capacité à payer. Dans le cas présent, les forces de la mondialisation servent à combler le fossé entre les riches et les pauvres. Il y a un an, les médicaments pour ralentir la progression du SIDA étaient hors de portée de la plupart des Africains, des Sud-Américains, des Asiatiques ou de leurs gouvernements. Des prix de US $10 000 à US $15 000 par personne et par an interdisent l’accès au traitement et n’ont guère incité les autorités des pays en développement à intégrer les soins des personnes vivant avec le VIH dans leurs systèmes de santé. Aujourd’hui, les polythérapies antirétrovirales ne coûtent plus, dans certains pays d’Afrique, qu’environ US $1 000 par personne et par an, soit le dixième du prix antérieur. Les offres, faites la semaine dernière par un laboratoire pharmaceutique produisant des médicaments génériques, signifient que, sur ce continent, ces traitements pourraient revenir à seulement US $600 par personne et par an, voire moins. Il est vrai que des montants pareils dépassent encore les moyens de la plupart des systèmes de santé et des patients africains. Mais il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Nous devons veiller à ce que les médicaments contre le VIH et le SIDA, comme tous les médicaments essentiels et les vaccins, soient accessibles à tous. Cela prendra du temps et nous ne devons pas perdre un instant. Pourtant, cela n’ira pas sans difficultés. Il y aura des disputes sur la manière d’interpréter les accords commerciaux. Les politiques pharmaceutiques nationales devront relever des défis qui menacent de changer l’ordre établi. Les droits des brevets feront l’objet de débats qui ne pourront être résolus qu’en les mettant à l’épreuve des procédures juridiques. De fait, les enjeux sont considérables. Nous voulons voir appliquer le système des prix différentiels. Cela signifie qu’il faudra tenir compte des préoccupations des entreprises, pour lesquelles les faibles prix pratiqués dans les pays les plus démunis ne doivent pas intervenir dans les négociations avec les pays qui peuvent facilement se permettre de payer davantage. Nous devons prendre des dispositions pour empêcher la réexportation illicite des médicaments bon marché vers des économies plus riches. Nous avons besoin d’un environnement dans lequel les réglementations justes sont appliquées équitablement, de façon à faire jouer efficacement la concurrence. C’est ce que nous commençons à observer : il suffit de voir à quelle vitesse baissent les prix des médicaments génériques (qui ne sont pas protégés par des brevets), comme ceux des spécialités équivalentes. Nous devons veiller à ce que le titulaire du brevet touche une rétribution raisonnable, sans pour autant bloquer les économies permises par la concurrence des prix. Pour être efficace, le fonctionnement du commerce international doit permettre aux pays de mettre en œuvre des systèmes réalistes pour satisfaire les besoins sanitaires, tout en respectant la propriété intellectuelle. Néanmoins, il serait naïf de penser que la baisse des prix des médicaments suffira à elle seule. Un coût de US $600 par personne et par an reste au-delà de ce que la plupart des systèmes de santé africains et des patients peuvent se permettre. La perspective de médicaments moins chers stimule la demande de soins ce qui, à terme, conduira en fait à une augmentation des ressources nécessaires. Quelle que soit la baisse des prix, il faudra inévitablement trouver des ressources supplémentaires pour prendre en charge le coût des soins pour les plus pauvres. Les gouvernements des pays en développement peuvent engager leurs propres ressources à cette fin, comme l’ont déjà montré le Brésil et d’autres pays. Mais, pour la plus grande part, ces fonds doivent provenir d’un accroissement de l’aide au développement et de l’allégement de la dette. Il doit bien s’agir de fonds supplémentaires : nous ne pouvons pas nous permettre de prélever de l’argent sur le peu qui est dépensé pour d’autres maladies mortelles, comme celles qui tuent chaque année quatre millions d’enfants. L’expérience a montré qu’il est possible d’administrer efficacement les polythérapies en Afrique sans l’appui des laboratoires et des contrôles complexes, habituellement pratiqués dans les pays industrialisés. Cependant, le fait que cette absence de contrôle puisse favoriser l’apparition de VIH résistants qui rendraient rapidement inutiles les médicaments existants, est un sujet de préoccupation auquel nous allons faire face. Nous pouvons établir des normes minimales de sécurité permettant d’utiliser sans danger des médicaments de qualité, tout en les gardant à des prix abordables pour les pays démunis. Il ne faut pas oublier pour autant que les perspectives d’amélioration de l’accès aux soins complètent et renforcent les efforts entrepris pour empêcher la propagation du VIH. Nous devrons toujours avoir pour objectif principal de protéger les populations des nouvelles infections. Pour plus d'informations, les journalistes peuvent prendre contact avec M Gregory Hartl, Porte-parole de l’OMS, Genève. Tél. (+41 22) 791 4458; télécopie: (+41 22) 791 4858; adresse électronique: hartlg@who.int. Tous les communiqués de presse, aide-mémoire OMS et d'autres informations sur le sujet peuvent être obtenus sur Internet à la page d'accueil de l'OMS: http://www.who.int |
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