Macroéconomie et Santé

Lettre d’information Macroéconomie et Santé

Édition spéciale No 7: Consultation sur le thème «macroéconomie et santé» -
Décembre 2003

La nécessité d’accroître, partout dans le monde, l’investissement dans la santé

Les 29 et 30 octobre derniers, au Siège de l’OMS à Genève, des ministres de la santé, des finances et du Plan de 40 pays en développement ont rencontré des partenaires du développement pour débattre ensemble de la nécessité d’accroître sensiblement les investissements dans la santé. C’était la première fois que l’Organisation mondiale de la Santé accueillait une réunion à laquelle participaient autant de personnalités extérieures au secteur sanitaire, soulignant ainsi l’urgente nécessité de se doter d’un potentiel national capable d’absorber davantage de moyens financiers pour la santé.

Cette réunion a permis de débattre de questions liées à l’amélioration de l’efficacité des systèmes de santé et à l’accroissement des ressources intérieures et extérieures pour la santé. Elle s’est déroulée près de deux ans après la parution en 2001 du Rapport de la Commission Macroéconomie et Santé (CMS), qui préconisait que les donateurs relèvent leur aide, de son niveau actuel d’environ US $6 milliards par an, à US $27 milliards en 2007.

Deux ans plus tard, le monde ne s’est toujours pas montré déterminé à porter les investissements dans la santé aux niveaux voulus pour influer de façon mesurable sur les grandes maladies qui frappent les pauvres du monde. Selon une étude récente, l’aide totale au développement apportée au secteur de la santé par les principaux bailleurs de fonds a augmenté de US $1,7 milliard, passant de US $6,4 milliards en moyenne en 1997-1999 à US $8,1 milliards en 2002. L’essentiel de cette augmentation est allée à la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne. Ces augmentations récentes de l’aide au secteur de la santé sont encourageantes mais sont encore loin de satisfaire les véritables besoins.

En conjuguant leurs efforts au cours de la réunion, les pays, l’OMS et les partenaires ont abouti à un projet de Déclaration définissant les rôles et les actions des pays et de leurs partenaires. Il faudra de toute urgence que la communauté des acteurs du développement consente un effort constant d’orientation et de suivi au niveau mondial, s’accompagnant d’une collaboration interministérielle, afin, primo, d’accroître les ressources pour la santé provenant de sources internes, d’allégements de dettes et de l’aide au développement pour la santé et, secundo, d’éliminer les contraintes tenant au système de santé et aux institutions, autorisant ainsi une plus grande absorption de moyens eux-mêmes accrus. Ce sera essentiel pour que les pays atteignent l’objectif fixé par l’OMS de « 3 millions d’ici 2005 » – c’est-à-dire de placer d’ici 2005 3 millions de personnes sous traitement antirétroviral dans les pays en développement – et d’autres cibles à caractère sanitaire.

Des activités « macroéconomie et santé » sont menées dans les pays qui ont participé à la Consultation grâce à des fonds de la Bill & Melinda Gates Foundation et d’autres partenaires de l’action de développement. L’OMS soutient les efforts déployés au niveau national dans ces pays pour accroître la volonté politique d’investir davantage dans l’action de santé. A l’heure actuelle, plus de 40 pays s’inspirent de l’approche « macroéconomie et santé ». Une bonne vingtaine fixent des priorités en matière d’investissements sanitaires et s’efforcent d’évaluer les déficits de financement dans le secteur.

La consultation

La Deuxième consultation sur le thème « macroéconomie et santé », organisée au Siège de l’OMS à Genève, a réuni plus de 350 participants, parmi lesquels 27 représentants de pays à faible revenu et 13 représentants de pays à revenu intermédiaire, ainsi que 18 grands donateurs, dont 14 pays donateurs et quatre fondations et banques internationales donatrices.

Les participants comprenaient des représentants des six régions de l’OMS. Les pays invités avaient envoyé 31 ministres de la santé et 18 ministres des finances ou du Plan. De hauts représentants du Fonds monétaire international (FMI), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque mondiale étaient également présents. Des structures régionales telles que le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), l’Organisation andine de la Santé (ORAS) et la Commission de l’Union africaine, ainsi que dix organisations onusiennes, onze établissements universitaires et six ONG étaient représentés à la Consultation.

La Consultation a débuté le 28 octobre par une réunion préparatoire d’une journée, au cours de laquelle de hauts fonctionnaires de la santé, des finances et du Plan des pays participants se sont réunis pour débattre des grandes questions de politique opérationnelle qui se posent dans le cadre de l’action contemporaine de macroéconomie et santé. Les débats de la journée préparatoire ont alimenté les discussions politiques se sont déroulées pendant la Consultation ministérielle.

Trois thèmes ont été traités pendant la Consultation grâce à des exposés de délégués de pays, d’experts-intervenants et de représentants d’organismes de développement:

  • comment améliorer l’efficacité des systèmes de protection sanitaire et surveiller les résultats?
  • comment mettre la santé au centre des structures macroéconomiques des pays et augmenter le volume des ressources internes qui lui sont affectées?
  • comment rendre le financement extérieur plus prévisible et renforcer la coordination avec les partenaires?

Pour en savoir plus, contacter: http://www.who.int/macrohealth/events/health_for_poor/en/.

Réunion préparatoire: débat sur les grandes questions de politiques opérationnelle

La réunion préparatoire du 28 octobre, au cours de laquelle les participants se sont répartis en trois groupes de travail, a fourni l’occasion de débattre de questions relatives à l’amélioration de l’efficacité des systèmes de protection sanitaire et à l’augmentation des ressources intérieures et extérieures consacrées à la santé.

Le Professeur Ann Mills, de l’Ecole d’Hygiène et de Médecine tropicale de Londres, a présidé le Groupe de travail 1 qui a traité des expériences nationales en matière d’amélioration de l’efficacité et de l’efficience des systèmes de protection sanitaire ainsi que d’observation des résultats. Il y a été dit que trois grandes démarches conditionnent le bon fonctionnement des systèmes de santé : fixer des priorités sanitaires réalistes ; édifier les composantes institutionnelles et structurelles des systèmes de protection sanitaire ; et mettre en place des mécanismes permettant de suivre les résultats obtenus en matière de gestion et de santé.

Le Dr Peter Heller, du FMI, M. Alexander Preker et M. Pablo Gottret, de la Banque mondiale, ont coprésidé le Groupe de travail 2. Ils ont ouvert le débat en insistant sur l’extraordinaire occasion qu’offrait la Consultation de permettre un dialogue entre, d’une part, des ministres de la santé, des finances et du Plan et, d’autre part, la communauté internationale. Les participants ont examiné les moyens permettant de mettre la santé au centre du dispositif d’orientation macroéconomique ainsi que d’accroître les ressources intérieures pour la santé. Les débats ont porté sur trois grands domaines : examen des mécanismes de coordination multisectorielle qui sont les mieux à même d’intégrer les investissements en faveur de la santé des pauvres dans les plans de développement ; définition d’options pour la réaffectation des ressources internes ; et constitution de partenariats associant secteur privé, public et aide extérieure afin d’améliorer la santé des pauvres.

Le Groupe de travail 3, coprésidé par Paul Isenman, de l’OCDE, et Mme Carin Norberg, Directeur exécutif de Transparency International, a débattu des moyens de rendre le financement extérieur plus efficace, plus prévisible et mieux coordonné. Il y a été dit qu’il fallait analyser les données d’aide au développement et les tendances de celle-ci, mais aussi évaluer les moyens d’accroître le financement. Parmi les principales suggestions émises à cette occasion:

  • que les pays puissent plus facilement disposer de données et qu’ils se dotent de moyens pour les exploiter;
  • que les engagements des donateurs se concrétisent plus vite;
  • que l’aide au développement se concentre davantage sur les systèmes de santé, d’autres secteurs influant sur la santé et sur des ODM à caractère sanitaire;
  • qu’il existe une meilleure coordination entre priorités et politiques nationales, d’une part, et aide extérieure, d’autre part;
  • que les organisations internationales multilatérales, et notamment l’OMS, jouent un rôle crucial.

Pour en savoir davantage sur la réunion préparatoire, contacter: http://www.who.int/macrohealth/events/health_for_poor/prep_meeting/en/.

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