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Des vaccins salvateurs pour tous, partout dans le monde

Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS,
Chris Elias, Président du Programme de développement mondial à la Fondation Bill & Melinda Gates,
Anthony Fauci, Directeur du National Institute of Allergies and Infectious Diseases des États-Unis d’Amérique,
Anthony Lake, Directeur exécutif de l’UNICEF,
Seth Berkley, Administrateur principal de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination

Commentaire
7 mars 2017

Dr Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé
Dr Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

En 2015, les dirigeants du monde se sont accordés sur un nouveau plan de développement: un ensemble d’objectifs de développement durables (ODD). Pour réaliser les ODD, il est essentiel d’élargir l’accès à la vaccination. La vaccination permet non seulement de prévenir les souffrances et les décès associés aux maladies infectieuses telles que la pneumonie, la diarrhée, la coqueluche, la rougeole et la poliomyélite, mais elle contribue également à la réalisation des priorités nationales telles que l’éducation et le développement économique.

La valeur unique des vaccins constituait la principale motivation de la Décennie de la vaccination, initiative lancée lors du Forum économique mondial de 2010 et bénéficiant du soutien de plusieurs parties prenantes, dans le but d’étendre, d’ici à 2020, l’ensemble des avantages de la vaccination à chacun. Les gouvernements ont accueilli favorablement l’initiative et les 194 États Membres ont approuvé le Plan d’action mondial pour les vaccins à la 65ème Assemblée mondiale de la Santé. Ce plan ambitieux vise à garantir que toutes les populations partout dans le monde vivent à l’abri des maladies évitables par la vaccination.

Depuis l’adoption du plan, le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) de l’OMS sur la vaccination a publié des rapports de situation annuels. Le rapport à mi-parcours du Plan d’action mondial pour les vaccins de 2016 contient une analyse attentive des progrès accomplis et des défis à relever, et indique que malgré quelques points positifs constatés dans les efforts de vaccination à l’échelle mondiale, le tableau d’ensemble est préoccupant.

Chris Elias, Président du Programme de développement mondial à la Fondation Bill & Melinda Gates
Chris Elias, Président du Programme de développement mondial à la Fondation Bill & Melinda Gates

Tout d’abord les points positifs. Le nombre d’enfants vaccinés dans le monde n’a jamais été aussi important, et le taux de couverture par la vaccination systématique est le plus élevé de l’histoire (soit la couverture par les trois doses du vaccin antidiphtérique-antitétanique-anticoquelucheux (DTC)). Le monde se rapproche plus que jamais de l’éradication de la poliomyélite. Depuis 2010, 99 pays à revenu faible ou intermédiaire ont introduit un ou plusieurs vaccins nouveaux ou sous-utilisés, comme par exemple les vaccins contre le pneumocoque et le rotavirus, dépassant ainsi, pour 2015, la cible du Plan d’action mondial. La rougeole autochtone et la rubéole ont été éliminées des Amériques tandis que le tétanos maternel et néonatal a été éliminé de l’Asie du Sud-Est.

D’importants progrès ont été accomplis en matière de recherche développement dans le domaine des vaccins. En effet, un nouveau vaccin contre la dengue a été homologué dans plusieurs pays, et le premier vaccin visant à protéger les enfants contre le paludisme sera testé dans trois pays africains en 2018. Ces deux dernières années, on a assisté à une augmentation du nombre de vaccins en cours de développement clinique.

Le rapport à mi-parcours du Plan d’action mondial révèle également des tendances nationales et régionales encourageantes en matière de couverture par la vaccination. Par exemple, depuis 2010, 16 pays ont sensiblement augmenté la couverture par la troisième dose du vaccin DTC, confirmant ainsi que les progrès en matière de vaccination peuvent être réalisés moyennant un leadership solide au niveau national, des investissements judicieux ainsi que des mécanismes de responsabilisation efficaces.

Toutefois, d’importants défis restent à relever. Toutes les cibles fixées par le Plan d’action mondial pour l’élimination de maladies telles que la rougeole, la rubéole, et le tétanos maternel et néonatal, ont pris du retard. Plus de nourrissons que jamais auparavant reçoivent la troisième dose essentielle du vaccin DTC, néanmoins la couverture mondiale par ces vaccins de base n’a progressé que de 1% depuis 2010. Du fait de la lenteur des progrès, un retard important a été pris concernant un des objectifs les plus importants du Plan d’action mondial.

Des lacunes subsistent, et ce, malgré le fait que les inégalités dans la mise en œuvre des programmes de vaccination se soient réduites ces 10 dernières années, car les populations les plus pauvres et les moins éduquées ont gagné en couverture vaccinale. Sur les 112 États Membres disposant de données disponibles et valides au niveau du district, seuls 52 ont dépassé la cible de 80% de couverture au niveau du district. Il faut accorder une priorité élevée aux efforts visant à étendre, de manière équitable, la couverture vaccinale à tous. Enfin, tandis que le soutien financier et l’engagement des donateurs et des pays ont augmenté, indiquant l’engagement mondial en faveur de la vaccination, cette augmentation est insuffisante pour répondre aux besoins afin d’atteindre les cibles du Plan d’action mondial.

Anthony Fauci, Directeur du National Institute of Allergies and Infectious Diseases des États-Unis d’Amérique
Anthony Fauci, Directeur du National Institute of Allergies and Infectious Diseases des États-Unis d’Amérique

Dans près de l’ensemble des pays, certains groupes de population ont un accès limité aux vaccins. Il s’agit des personnes qui vivent dans la pauvreté, qui vivent dans des zones rurales reculées, des segments de populations urbaines pauvres et des personnes déplacées ou nomades. Ce problème est aggravé par l’insuffisance des données aux niveaux national et local, ce qui rend encore plus difficile l’identification des lacunes et la détermination de leur cause, et ainsi la capacité à prendre des mesures correctives. Plusieurs pays signalent également que les prix des vaccins constituent un obstacle à l’introduction de vaccins dans leurs programmes nationaux.

De nombreux établissements de santé ne disposent toujours pas de ressources suffisantes pour collaborer avec les communautés et leur fournir les services de santé publique complets dont ils ont besoin. L’incapacité à intégrer les mécanismes de prestation de services a réduit les occasions pour les agents de santé d’améliorer la couverture vaccinale et de mettre en œuvre d’autres interventions essentielles visant à améliorer la santé de la population. Les conflits et les urgences de santé publique, tels que les flambées de maladies à virus Ebola et Zika, ainsi que les flambées de maladies à prévention vaccinale comme la rougeole, la fièvre jaune et le choléra ont mis à rude épreuve des systèmes de santé fragiles.

Anthony Lake, Directeur exécutif de l’UNICEF
Anthony Lake, Directeur exécutif de l’UNICEF
UNICEF/Markisz

Enfin, des investissements nationaux insuffisants et la dépendance continue à l’égard des donateurs dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire suscitent des inquiétudes quant à la viabilité à l’échelle mondiale et à long terme des programmes de vaccination, en particulier au vu du ralentissement du financement du programme de lutte contre la poliomyélite et des pays qui sont en transition parce qu’ils ne bénéficieront plus du soutien de l’Alliance GAVI.

Quelle direction prendre maintenant? Tout d’abord, la communauté mondiale de la santé doit poursuivre son action en vue d’administrer à chaque enfant l’ensemble des vaccins recommandés par l’OMS en accélérant les efforts visant à étendre la vaccination complète aux 19 millions d’enfants environ qui ne sont toujours pas intégralement protégés contre un ensemble de base de maladies à prévention vaccinale. Il faut en outre intensifier les efforts visant à renforcer les systèmes de vaccination systématique qui équilibrent l’offre et la demande.

La vaccination systématique est l’un des éléments essentiels de soins de santé primaires solides et de la couverture sanitaire universelle – elle est une occasion de contact pour les soins au début de la vie et offre à chaque enfant la chance d’une vie en bonne santé dès le départ. La vaccination est la pierre angulaire de la sécurité sanitaire mondiale dans un monde interconnecté où les maladies ne tiennent pas compte des frontières nationales. Les vaccins servent également de première défense contre la résistance aux antimicrobiens. Par ailleurs, une étude menée en 2016 a montré que pour chaque dollar américain dépensé dans la vaccination de l’enfant, le retour sur investissement est de 44 dollars, si l’on tient compte de toutes les retombées économiques; la vaccination est par conséquent l’une des interventions sanitaires les plus efficaces et les moins coûteuses.

Seth Berkley, Administrateur principal de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination
Seth Berkley, Administrateur principal de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination
Gavi

Outre les difficultés de mise en œuvre rencontrées, nous sommes toujours confrontés à d’énormes difficultés en matière de recherche. Pour de nombreuses maladies infectieuses graves qui font payer un lourd tribut dans le monde entier, il n’existe pas de vaccins, ou s’il en existe, ceux-ci sont sous-optimaux. Pour faire face à ce problème, il sera essentiel de veiller à ce que les marchés des vaccins stimulent les investissements dans la recherche développement pour ces vaccins, et d’améliorer les capacités en matière de recherche développement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

La communauté mondiale de la santé doit collaborer afin de poursuivre les progrès. Les gouvernements sont les principaux fournisseurs de services de vaccination, toutefois le succès du Plan d’action mondial dépend de nombreuses parties prenantes, à savoir: les familles, les communautés, les professionnels de la santé, la société civile, les partenaires de développement, les institutions mondiales, les fabricants, les médias et le secteur privé.

Il est essentiel que les gouvernements fassent preuve d’autorité et assurent la bonne gouvernance des programmes nationaux de vaccination, ce qui implique d’accorder la priorité au renforcement des systèmes, d’obtenir des investissements, d’améliorer les capacités de surveillance et la qualité et l’utilisation des données.

Les organisations qui mettent en œuvre des programmes de vaccination, les partenaires de la recherche-développement ainsi que les institutions mondiales peuvent contribuer à améliorer la redevabilité du Plan d’action mondial, s’employer à surmonter les obstacles à la fourniture rapide de vaccins dans les situations de crise humanitaire, et soutenir la recherche-développement dans le domaine des vaccins dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

La réalisation des objectifs et la concrétisation des promesses du Plan d’action mondial sont une priorité absolue. Cela contribuera à améliorer la santé et le bien-être des populations partout dans le monde et nous permettra d’atteindre les ODD et en fin de compte, de parvenir à un monde dans lequel personne – ni les enfants, ni les adolescents, ni les adultes – n’est laissé de côté.