Centre des médias

Journée internationale de la femme: faire des choix pour sa santé, c'est maîtriser son avenir

Dr Flavia Bustreo,
Sous-Directeur général de l’OMS chargé de la santé de la famille, de la femme et de l’enfant

Commentaire
8 mars 2017

J’ai assisté la semaine dernière à Bruxelles à la conférence «She Decides», où des ministres et d’autres participants de haut niveau ont réaffirmé que les femmes et les filles devaient être en mesure de prendre des décisions concernant leur vie. Cette réunion s’est tenue à un moment où la santé et les droits des femmes en matière de sexualité et de procréation sont vivement contestés et où nous risquons de voir remises en cause des avancées récentes obtenues de haute lutte.

La baisse du financement en faveur de la santé sexuelle et reproductive des femmes est une perte non seulement pour les femmes mais aussi pour leurs communautés et pour la société dans son ensemble.

Le Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l’OMS, Santé de la famille, de la femme et de l’enfant
Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l’OMS
OMS

Mais cela va au-delà de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation. Il s’agit de la possibilité pour les femmes et les filles de prendre des décisions au sujet de leur corps et de leur environnement afin d’être en meilleure santé, d’avoir un avenir plus prometteur et d’être plus épanouies.

Des données factuelles solides

Des données factuelles montrent clairement qu’investir dans la contraception permet de sauver des vies, contribue à l’égalité des sexes et favorise le développement économique. Si toutes les femmes qui souhaitent éviter d’être enceintes utilisaient des contraceptifs modernes – et si toutes les femmes enceintes et tous les nouveau-nés bénéficiaient de soins conformes aux recommandations de l’OMS – on estime que le nombre de grossesses non désirées baisserait de 70%, le nombre d’avortements de 67%, le nombre de décès maternels de 67 % également et le nombre de décès néonatals de 77% (par rapport à 2014).

On estime que chaque dollar investi dans la contraception moderne et les soins de qualité pour les femmes enceintes et les nouveau-nés entraîne un gain de 120 dollars (US $) (1) (2).

Faire des choix pour sa santé, c'est maîtriser son avenir

«À l’occasion de Journée internationale de la femme, nous devons tous réaffirmer clairement notre engagement en faveur de l’égalité des sexes et des droits fondamentaux des femmes et des filles. »

Dr Flavia Bustreo

Les femmes doivent être en mesure de prendre des décisions au sujet de leur santé et des facteurs qui influent sur leur santé, y compris en matière de santé sexuelle et reproductive et d’environnement – notamment parce que cela peut les amener à prendre d’autres décisions cruciales.

Si une adolescente n’est pas enceinte prématurément, elle peut rester scolarisée plus longtemps, avoir de meilleures perspectives professionnelles et, plus tard, mener une vie plus indépendante et être plus épanouie. (3)

Si une femme décide de limiter le nombre d’enfants qu’elle souhaite avoir ou d’espacer les grossesses, elle peut investir davantage dans la nutrition et dans les soins pour elle-même et pour ses enfants et ainsi contribuer au développement cognitif et à l’épanouissement de ces derniers. La probabilité pour un enfant d’atteindre l’âge de cinq ans augmente de plus d’un tiers lorsque sa mère est en mesure d’espacer les grossesses de trois ans ou plus.

Si une adolescente a la possibilité de décider de se faire vacciner contre le VPH, elle peut réduire considérablement les risques d’avoir un cancer du col de l’utérus et éviter des maladies et, éventuellement, des dépenses catastrophiques plus tard.

Participer aux politiques qui les concernent

Pour prendre leur vie en main de cette manière, les femmes doivent être en mesure de participer à la conception des politiques et des programmes qui les concernent. Bien trop souvent, leurs décisions personnelles sont mises à mal par des politiques rétrogrades et des normes sociales dangereuses qui les empêchent de faire valoir leurs droits.

Ainsi, les femmes et les adolescentes peuvent avoir, en théorie, accès à des moyens de contraception mais les normes sociales rattachées à leur sexe ou à leur âge peuvent amener les prestataires à les leur refuser sans le consentement de leur conjoint ou de leurs parents. L’environnement immédiat – par exemple la pollution de l’air intérieur et le manque de combustibles propres – a un très fort impact sur la vie des femmes et des filles. Lorsque les jeunes femmes sont obligées d’aller chercher du bois et de l’eau, elles n’ont pas le temps de s’instruire.

En revanche, quand les femmes participent à la prise de décisions, elles peuvent influer sur les politiques à leur avantage. La participation sociale, politique et économique des femmes est fortement associée à une amélioration des résultats sanitaires pour les femmes et les enfants. Certaines études montrent que les pays qui ont le plus progressé en termes de baisse du nombre de décès de mères et d’enfants ont tous un grand nombre de femmes parlementaires. (4)

Avoir davantage de femmes politiques est un moyen important de veiller à la protection et à la progression de la santé et des droits des femmes. Mais comme les femmes ne représentent que 23,4 % des parlementaires nationaux dans le monde,[5] beaucoup reste à faire.

Unissons-nous pour les femmes et les filles

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à des progrès spectaculaires dans le domaine de la santé et des droits en matière de santé et de procréation. Aujourd’hui, il est indispensable de faire tout notre possible pour continuer à progresser et éviter de régresser.

L’OMS est déterminée à jouer son rôle en fournissant les données normatives et scientifiques qui démontrent les progrès accomplis dans le domaine de la santé des femmes et des filles ainsi que des données et des estimations sur l’ampleur des problèmes, et en proposant des idées novatrices sur la manière de les surmonter.

À l’occasion de Journée internationale de la femme, nous devons tous réaffirmer clairement notre engagement en faveur de l’égalité des sexes et des droits fondamentaux des femmes et des filles. Tout simplement, nous devons faire tout notre possible pour que les femmes du monde entier puissent prendre au sujet de leur corps et de leur environnement des décisions qui auront un impact positif sur leur santé et leur avenir.


(1) Singh S, Darroch JE, Ashford L. Adding it up : The costs and benefits of investing in sexual and reproductive health. New York : Guttmacher Institute and UNFPA, 2014.

(2) The High-Level Task Force for the International Conference on Population and Development (ICPD). Smart investments for financing the post-2015 development agenda. Policy brief, 2015.
http://icpdtaskforce.org/wp-content/uploads/2015/01/FinancingBriefSmartInvestments2015.pdf

(3) "Accelerating Secondary Education for Girls: Focusing on Access and Retention." Discussion Paper. New York: UNGEI, 2014. Web. 28 Feb 2017.

(4) Kuruvilla S, et al. Success factors for reducing maternal and child mortality. Bulletin of the World Health Organization, 2014.

(5) Chambre unique ou chambre basse. Union interparlementaire. Les femmes dans les parlements nationaux, au 1er janvier 2017. http://www.ipu.org/wmn-f/world.htm