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Aide-mémoire Février 2006
Grippe aviaire
LA MALADIE CHEZ L'OISEAU
La grippe aviaire, provoquée par des souches A du virus grippal, est une maladie infectieuse affectant les oiseaux. On la retrouve dans le monde entier. On pense que tous les oiseaux sont sensibles à cette infection, mais de nombreuses espèces sauvages peuvent être porteuses de ces virus sans signe pathologique apparent.
D'autres espèces, notamment la volaille domestique, développent la maladie lorsqu'elles sont infectées par ces virus. Ils provoquent alors deux formes distinctes de la maladie, l'une courante et bénigne, l'autre rare et souvent mortelle. Dans la forme bénigne, les signes pathologiques peuvent se limiter à un plumage ébouriffé, la diminution de la ponte et des effets bénins sur le système respiratoire. Il arrive que les flambées soient si atténuées qu'on ne puisse les détecter qu'en procédant à des dépistages réguliers des virus.
Il est par contre difficile de passer à côté de la seconde forme, beaucoup moins courante, la variante hautement pathogène. Identifiée pour la première fois en Italie en 1878, la grippe aviaire hautement pathogène se caractérise par l'apparition brutale d'une maladie grave, une contagion rapide et un taux de mortalité qui peut avoisiner les 100 % en 48 heures. Dans ce cas, le virus ne se contente plus d'affecter seulement le système respiratoire, comme pour la forme bénigne, mais il envahit aussi de nombreux autres organes et tissus. Il en résulte des hémorragies internes massives qui font que le public appelle parfois cette maladie l'« Ebola du poulet ».
On sait que tous les sous-types de virus grippal, 16 HA (hémagglutinine) et 9 NA (neuraminidase), infectent les oiseaux sauvages aquatiques. Les virus grippaux ont ainsi un réservoir naturel étendu et sont en circulation perpétuelle dans les populations d'oiseaux. Le dépistage systématique chez l'oiseau sauvage mettra presque toujours en évidence des virus grippaux, inoffensifs dans la grande majorité des cas.
A ce jour, toutes les flambées épidémiques de la forme hautement pathogène de la grippe aviaire ont été dues à des virus des sous-types H5 et H7. Les virus hautement pathogènes sont dotés d'une "marque de fabrique", d'une signature, un ensemble particulier d'acides aminés sur le site de clivage de l'hémagglutinine, qui les distingue de tous les autres virus de la grippe aviaire et qui leur confère leur virulence exceptionnelle.
Toutes les souches des sous-types H5 et H7 ne sont pas hautement pathogènes, mais on pense que la plupart peuvent potentiellement le devenir. Selon des études récentes, les virus H5 et H7 faiblement pathogènes peuvent, après avoir circulé parfois peu de temps dans une population de volailles, muter pour devenir hautement pathogènes. De nombreux éléments ont conduit à penser depuis longtemps que les oiseaux sauvages aquatiques introduisaient les virus grippaux aviaires sous la forme faiblement pathogène dans les populations de volailles. En revanche, ils n'étaient pas porteurs, ou ne transmettaient pas directement les virus hautement pathogènes. Toutefois, leur rôle pourrait avoir évolué récemment : on pense désormais qu'au moins certaines espèces migratrices d'oiseaux aquatiques sont porteuses du virus H5N1 sous sa forme hautement pathogène et l'ont introduit dans de nouvelles zones géographiques le long de leur voies de migration.
En dehors de la contagiosité élevée dans les populations de volailles, les virus de la grippe aviaire se transmettent facilement d'une exploitation agricole à l'autre avec les déplacements des oiseaux, des personnes (notamment lorsque les chaussures ou les vêtements sont contaminés), les véhicules, les équipements, la nourriture et les cages. Les virus hautement pathogènes peuvent survivre longtemps dans l'environnement, notamment à basse température. On sait par exemple que les virus H5N1 hautement pathogènes survivent au moins 35 jours à basse température (4 °C) dans les déjections d'oiseaux. A une température beaucoup plus élevée (37 °C), on a montré une survie de 6 jours dans des échantillons de matières fécales.
Les mesures de lutte à prendre contre la forme hautement pathogène de la maladie sont les suivantes : abattage rapide de tous les oiseaux infectés ou exposés, élimination correcte des carcasses, mise en quarantaine et désinfection rigoureuse des exploitations agricoles, application de strictes mesures sanitaires ou de « sécurité biologique ». Les restrictions au transport des volailles vivantes, à l'intérieur des pays comme d'un pays à l'autre, font partie des mesures importantes à instaurer. Logistiquement, il est plus facile d'appliquer les mesures de lutte recommandées à de grands élevages commerciaux qui gardent à l'intérieur de grands nombres d'oiseaux, en général dans de strictes conditions sanitaires. La lutte devient bien plus difficile lorsque les volailles sont, dans leur grande majorité, élevées dans de petites basses cours éparpillées en zone rurale ou périurbaine.
Lorsque l'abattage, première mesure de défense pour endiguer les flambées, échoue ou s'avère infaisable, on peut avoir recours à la vaccination des volailles dans les zones à haut risque comme mesure d'urgence supplémentaire, si l'on utilise des vaccins de qualité assurée et si l'on respecte rigoureusement les recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé animale (OIE). L'emploi de vaccins de mauvaise qualité ou de vaccins qui ne correspondent pas vraiment à la souche en circulation peut accélérer la mutation des virus. Les vaccins animaux de mauvaise qualité constituent également un risque pour la santé humaine en laissant des oiseaux apparemment sains mais infectés excréter des virus.
En dehors des difficultés de la lutte, les flambées dans les basses cours entraînent aussi pour l'homme un risque accru d'exposition et d'infection. Ces oiseaux sont en général libres de se déplacer pour rechercher leur nourriture. Ils se trouvent alors souvent en contact avec les oiseaux sauvages et partagent avec eux les points d'eau. Dans ces situations, l'homme a souvent l'occasion d'être exposé au virus, notamment lorsque les oiseaux pénètrent dans les habitations, quand on les rentre en cas de mauvais temps ou quand ils sont présents dans les aires de jeux et de repos des enfants. La pauvreté exacerbe le problème : lorsqu'on ne peut se permettre de gaspiller une source primordiale de nourriture et de revenus, les ménages consomment fréquemment les volailles, même si elles sont mortes ou montrent des signes de maladie. Cette pratique entraîne un risque élevé d'exposition au virus pendant l'abattage, la plumée, la découpe et la préparation de la viande pour les repas, mais il est difficile de la faire changer. Par ailleurs, comme il arrive couramment que les volailles des basses cours meurent, notamment lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises, les propriétaires ont du mal à interpréter les morts ou la présence de volailles malades dans leurs élevages comme le signe d'une grippe aviaire et un motif d'alerter les autorités. Cette tendance pourrait expliquer pourquoi des foyers dans certaines zones rurales ont pu rester inaperçus pendant des mois. Le fait que, souvent, aucune indemnisation n'est prévue pour les oiseaux abattus dissuade les éleveurs de notifier spontanément les flambées et pourrait même les inciter à cacher leurs oiseaux au cours des opérations d'abattage.
ROLE DES OISEAUX MIGRATEURS
En 2005, une autre source importante de propagation internationale du virus chez l'oiseau est apparue pour la première fois, mais elle reste mal comprise. Les scientifiques sont de plus en plus convaincus qu'au moins certains oiseaux migrateurs aquatiques transportent désormais le virus H5N1 sous sa forme hautement pathogène parfois sur de longues distances et l'introduisent dans les populations de volailles des zones se trouvant le long de leurs voies de migration. Si ce nouveau rôle venait à être scientifiquement confirmé, il marquerait une évolution dans la relation stable jusque-là entre le virus H5N1 et son réservoir naturel chez l'oiseau sauvage.
Les éléments confirmant ce nouveau rôle ont commencé à apparaître à partir de la mi-2005 et sont devenus de plus en plus probants. La mort, à partir de la fin avril 2005, de plus de 6 000 oiseaux migrateurs infectés par le virus H5N1 hautement pathogène dans la réserve naturelle du lac Qinghai, dans le centre de la Chine, a été un événement tout à fait inhabituel et probablement sans précédent. Auparavant, il était rare que des oiseaux sauvages meurent d'une infection par un virus de la grippe aviaire hautement pathogène. Les études scientifiques, comparant les virus de différentes flambées aviaires, ont établi que les souches provenant des pays touchés les plus récemment, tous situés le long des voies de migration, étaient presque identiques à celles découvertes sur les oiseaux migrateurs morts au lac Qinghai. Les virus des deux premiers cas humains en Turquie étaient eux aussi pratiquement identiques à ceux du lac Qinghai. Ces deux personnes sont mortes.
PAYS AFFECTES PAR DES FLAMBEES AVIAIRES
Les flambées de grippe aviaire à virus H5N1 hautement pathogène qui ont commencé en Asie du Sud-Est à la mi-2003 et se sont désormais propagées à quelques régions d'Europe, sont les plus graves et les plus importantes que l'on ait jamais observées. A ce jour, neuf pays asiatiques en ont signalées (par ordre de notification) : République de Corée, Viet Nam, Japon, Thaïlande, Cambodge, République démocratique populaire lao, Indonésie, Chine et Malaisie. Le Japon, la République de Corée et la Malaisie ont endigué leurs flambées et l'on considère que la maladie a disparu dans ces pays. Ailleurs en Asie, le virus est devenu endémique dans plusieurs des pays affectés à l'origine.
Fin juillet 2005, le virus s'est propagé en dehors de son foyer initial en Asie et a affecté les volailles et les oiseaux sauvages en Fédération de Russie et dans les régions adjacentes du Kazakhstan. Presque simultanément, la Mongolie a signalé avoir détecté le virus hautement pathogène chez des oiseaux sauvages. En octobre 2005, il a été signalé en Turquie, en Roumanie et en Croatie. Début décembre 2005, l'Ukraine a signalé son premier foyer chez des oiseaux domestiques. La plupart de ces nouvelles flambées ont été détectées et notifiées rapidement. On s'attend néanmoins à ce que le virus poursuive sa propagation le long des voies de migration des oiseaux aquatiques. De plus, les migrations des oiseaux sont régulières et les pays se trouvant le long des routes suivies par les oiseaux migrateurs à partir de l'Asie centrale pourraient se trouver confrontés à un risque persistant d'introduction ou de réintroduction des virus dans les élevages de volailles domestiques.
Avant la situation actuelle, on considérait que les flambées de grippe aviaire hautement pathogène dans les populations de volaille étaient un événement rare. Si l'on exclut les flambées actuelles à virus H5N1, on n'a signalé que 24 flambées de grippe aviaire hautement pathogène dans le monde depuis 1959, dont 14 au cours des dix dernières années. Dans la majorité des cas, l'extension géographique a été limitée, et quelques unes se sont même limitées à une seule exploitation agricole ou un seul élevage. Il n'y a eu de propagation internationale que pour une seule d'entre elles. Toutes les grandes flambées ont coûté cher au secteur agricole et ont été difficiles à endiguer.
LA MALADIE CHEZ L'HOMME
Historique et épidémiologie. Les virus grippaux ont normalement une grande spécificité d'espèce, ce qui signifie que, lorsqu'ils infectent une espèce en particulier (homme, certaines espèces d'oiseaux, porcs, chevaux, phoques), ils se limitent à elle et provoquent rarement des infections chez d'autres espèces. Depuis 1959, l'infection humaine par un virus grippal aviaire n'a été établie qu'à 10 reprises. D'après ce que nous savons, sur les centaines de souches de virus grippaux aviaires A, quatre seulement ont provoqué des infections humaines : H5N1, H7N3, H7N7 et H9N2. En général, l'infection humaine par ces virus n'entraîne que des symptômes légers et une maladie bénigne, à une exception notable près : le virus H5N1 hautement pathogène.
De tous les virus grippaux en circulation dans les populations aviaires, le plus préoccupant pour la santé humaine est le virus H5N1, principalement pour deux raisons. Premièrement, c'est celui qui a provoqué le plus grand nombre de cas humains très graves et le plus grand nombre de décès. Il a franchi la barrière des espèces à au moins trois reprises au cours des dernières années : à Hong Kong en 1997 (18 cas, dont 6 mortels), à Hong Kong en 2003 (deux cas, dont un mortel) et lors des flambées actuelles qui ont commencé en décembre 2003 et ont été reconnues pour la première fois en janvier 2004.
La seconde raison, de loin la plus préoccupante, est le risque que le virus H5N1 puisse, s'il en a l'occasion, acquérir les caractéristiques nécessaires pour déclencher une nouvelle pandémie de grippe. Le virus remplit toutes les conditions requises sauf une : la capacité de se transmettre efficacement et durablement d'une personne à l'autre. Si à présent le virus H5N1 est celui qui inquiète le plus, on ne peut écarter complètement la possibilité que d'autres virus grippaux aviaires, connus pour infecter l'homme, puissent être à l'origine d'une pandémie.
Le virus peut améliorer sa transmissibilité interhumaine par deux mécanismes principaux. Le premier est un réassortiment, le matériel génétique étant échangé entre les virus humains et aviaires au cours de la co-infection d’un sujet humain ou d’un porc. Le réassortiment peut aboutir à un virus pandémique pleinement transmissible que révèle une augmentation subite du nombre de cas avec une propagation galopante.
Le second mécanisme est un processus plus progressif de mutation adaptative, la capacité du virus à se fixer aux cellules humaines augmentant au fil des infections successives de sujets humains. Une mutation adaptative s’exprimant dans un premier temps par des groupes restreints de cas humains avec des indices de transmission interhumaine donnerait probablement à la communauté internationale le temps de prendre certaines mesures défensives.
Au cours de la première flambée documentée d'infections humaines par le virus H5N1, qui s'est produite à Hong Kong en 1997, les 18 cas humains ont coïncidé avec une flambée de grippe aviaire hautement pathogène provoquée par un virus quasiment identique dans les élevages de volailles et les marchés d'animaux vivants. Des études approfondies des cas humains ont établi que des contacts directs avec les volailles malades étaient à l'origine des infections. Les études menées sur les membres des familles et les contacts sociaux des patients, les soignants qui se sont occupés d'eux et les personnes chargées de l'abattage des volailles n'ont mis en évidence qu'une propagation interhumaine extrêmement limitée, voire nulle. Les infections humaines ont disparu après la destruction rapide, en trois jours, de toutes les volailles de Hong Kong, soit 1,5 million d'oiseaux selon les estimations. Certains spécialistes pensent que cette mesure drastique aurait permis d'éviter une pandémie de grippe.
A ce jour, tout porte à croire que le contact étroit avec des oiseaux malades ou morts est la principale source d'infection humaine par le virus H5N1. L'homme est particulièrement exposé au risque pendant l'abattage, la plumée, la découpe et la préparation des oiseaux infectés pour leur consommation. Dans quelques rares cas, on pense que la source d'infection est l'exposition des enfants à des déjections de poulets lorsqu'ils ont joué dans des endroits où les volailles sont élevées en liberté. Une autre source d'exposition pourrait être le fait de se baigner dans des nappes d'eau où des carcasses d'oiseaux infectées ont été jetées ou qui pourraient avoir été contaminées par des déjections de canards ou d'autres oiseaux infectés. Dans quelques cas, l'enquête n'a pas pu mettre à jour de source plausible d'infection, ce qui donne à penser qu'il existe encore des facteurs environnementaux inconnus qui entraîneraient une contamination pour un petit nombre de cas. Quelques explications ont été avancées, comme le rôle éventuel d'oiseaux péridomestiques, pigeons par exemple, ou l'utilisation de déjections d'oiseaux non traitées comme engrais.
Pour l'instant, la grippe aviaire H5N1 reste avant tout une maladie des oiseaux et la barrière d'espèce reste un obstacle important : le virus ne la franchit pas facilement pour infecter l'homme. Malgré l'infection de dizaines de millions de volailles sur de vastes zones géographiques depuis la mi-2003, on a confirmé moins de 200 cas humains en laboratoire. Sans que l'on sache bien pourquoi, la plupart des cas se sont produits dans des foyers ruraux ou périurbains ayant de petites basses cours. Toujours pour des raisons inconnues, on a enregistré très peu de cas dans les groupes présumés à haut risque : éleveurs de volailles, personnes travaillant dans des marchés d'oiseaux vivants, personnes chargées de l'abattage, vétérinaires, personnel soignant s'occupant des patients sans l'équipement de protection adéquat. On reste également perplexe devant la concentration inexpliquée de cas chez l'enfant ou le jeune adulte en bonne santé jusque-là. Il faut d'urgence conduire des recherches pour mieux définir les circonstances des expositions, les comportements et peut-être les facteurs génétiques ou immunologiques susceptibles de renforcer la probabilité de l'infection humaine.
Evaluation des cas possibles. Les investigations menées pour les cas humains confirmés le plus récemment, en Chine, en Indonésie et en Turquie, ont établi que le contact direct avec des oiseaux infectés était la source d'exposition la plus probable. Pendant l'évaluation des cas possibles, la suspicion clinique sera de mise en présence de sujets qui présentent un syndrome grippal, notamment de la fièvre et des symptômes d'atteinte des voies respiratoires inférieures, et qui ont des antécédents de contact étroit avec des oiseaux dans une zone où l'on a confirmé des flambées de grippe aviaire H5N1 hautement pathogène. L'exposition à un environnement contaminé par des déjections d'oiseaux infectés est la deuxième source d'infection chez l'homme, mais elle est moins courante. A ce jour, tous les cas humains ne se sont pas produits à la suite d'une exposition à des oiseaux domestiques morts ou visiblement malades. Les études publiées en 2005 ont montré que les canards domestiques peuvent excréter de grandes quantités de virus hautement pathogène sans présenter le moindre signe de maladie. Des antécédents de consommation de volailles dans un pays affecté ne constituent pas un facteur de risque, dans la mesure où la nourriture a été soigneusement cuite et si le sujet n'a pas participé à la préparation du repas. Aucun cas de transmission interhumaine efficace n'ayant pu être établi à ce jour dans quelque endroit que ce soit, le fait de se rendre simplement dans un pays où l'on observe des flambées aviaires et des cas humains sporadiques n'expose pas le voyageur à un risque accru d'infection, dans la mesure où il ne va pas visiter des marchés de volailles vivantes, des élevages ou d'autres environnements dans lesquels il pourrait être exposé à des oiseaux malades.
Tableau clinique. Chez de nombreux patients, la maladie provoquée par le virus H5N1 évolue de manière étonnamment agressive, avec une dégradation rapide de l'état clinique, et l'on observe un fort taux de létalité. Comme pour la plupart des maladies émergentes, on comprend mal la grippe H5N1 chez l'homme. Les données cliniques provenant des cas de 1997 et ceux de la flambée actuelle permettent de commencer à discerner le tableau clinique, mais il reste encore beaucoup à apprendre. De plus, le tableau actuel pourrait encore changer, compte tenu de la propension de ce virus à muter rapidement et de manière imprévisible.
La durée d'incubation de la grippe aviaire H5N1 pourrait être plus longue que pour la grippe saisonnière normale, de 2 à 3 jours environ. Les données actuelles indiquent qu'elle se situe entre 2 à 8 jours et peut même atteindre éventuellement 17 jours. Toutefois, les possibilités d'expositions multiples au virus font qu'il est difficile de l'établir avec précision. L'OMS recommande actuellement de partir du principe d'une durée d'incubation de 7 jours pour les investigations sur le terrain et le suivi des sujets contacts.
Les symptômes initiaux comportent une forte fièvre, normalement au-dessus de 38 °C, et un syndrome grippal. On a également signalé dans les symptômes précoces des diarrhées, des vomissements, des douleurs abdominales, thoraciques et des saignements du nez et des gencives pour certains patients. La diarrhée aqueuse sans présence de sang semble être plus courante avec la grippe aviaire H5N1 qu'avec la grippe saisonnière normale. La gamme des symptômes cliniques pourrait toutefois être plus large et certains patients confirmés n'ont pas présenté de symptômes respiratoires. Pour deux patients du sud du Viet Nam, le diagnostic clinique a été une encéphalite aiguë et aucun d'eux ne présentait de symptômes respiratoires. Dans un autre cas, en Thaïlande, le patient avait de la fièvre et de la diarrhée, mais pas de symptômes respiratoires. Tous trois avaient des antécédents récents d'exposition directe à des volailles infectées.
Un trait observé chez de nombreux patients est le développement au début de la maladie de manifestations concernant les voies respiratoires inférieures. De nombreux sujets présentent des symptômes d'atteintes de l'arbre respiratoire inférieur lorsqu'ils consultent pour la première fois. D'après ce que l'on sait actuellement, les difficultés respiratoires apparaissent environ cinq jours après les premiers symptômes. On observe fréquemment une détresse respiratoire, une raucité de la voix et des craquements à l'inspiration. La production d'expectorations est variable. Elles sont parfois teintées de sang. On a observé plus récemment, en Turquie, des sécrétions teintées de sang. Presque tous les patients ont développé une pneumonie. Au cours de la flambée de Hong Kong, les patients gravement atteints avaient une pneumonie virale primaire ne réagissant pas aux antibiotiques. Les données limitées sur les patients de la flambée actuelle évoquent la présence d'une pneumonie virale primaire à H5N1, en général sans signe de surinfection bactérienne lorsqu'ils se présentent. Les cliniciens turcs ont également signalé la pneumonie comme l'une des caractéristiques régulières dans les cas graves. Comme ailleurs, ces patients n'ont pas réagi à l'antibiothérapie.
Chez les patients infectés par le virus H5N1, l'état clinique se dégrade rapidement. En Thaïlande, il s'est écoulé environ six jours entre l'apparition de la maladie et le développement d'une détresse respiratoire aiguë, cette période allant de quatre jours au minimum à 13 jours au maximum. Dans les cas graves en Turquie, les cliniciens ont observé une insuffisance respiratoire dans les 3 à 5 jours suivant l'apparition des symptômes. La défaillance multiorganique est une autre caractéristique commune. Au laboratoire, les anomalies couramment observées sont les suivantes : leucopénie (lymphopénie principalement), thrombopénie faible à modérée, élévation des aminotransférases et, dans certains cas, coagulation intravasculaire disséminée.
On a quelques raisons de penser que certains antiviraux, en particulier l'oseltamivir (commercialisé sous le nom de Tamiflu) peut réduire la durée de la réplication virale et améliorer les perspectives de survie, dans la mesure où il est administré dans les 48 heures suivant l'apparition des symptômes. Toutefois, avant la flambée en Turquie, on n'avait détecté et donc traité la plupart des patients qu'à un stade tardif et, pour cette raison, on ne dispose que de données limitées sur l'efficacité clinique de l'oseltamivir. Par ailleurs, ce médicament et d'autres antiviraux ont été mis au point pour le traitement et la prévention de la grippe saisonnière, maladie moins grave au cours de laquelle la réplication virale dure moins longtemps. Il faudrait examiner d'urgence la posologie optimale et la durée du traitement à recommander pour la grippe aviaire H5N1, ce qu'a entrepris l'OMS.
Dans les cas suspects, il convient de prescrire le plus vite possible l'oseltamivir (de préférence dans les 48 heures suivant l'apparition des symptômes) pour en optimiser les bienfaits thérapeutiques. Cependant, compte tenu de la mortalité importante que l'on associe actuellement aux infections à H5N1 et de la durée prolongée de la réplication virale, on peut aussi envisager d'administrer ce médicament chez les patients se présentant à un stade plus tardif.
On trouvera sur le site Web du fabricant des informations sur la posologie recommandée actuellement pour l'oseltamivir dans le traitement de la grippe. Pour l'adulte et l'adolescent de plus de 13 ans, elle est de 150 mg par jour en deux prises de 75 mg pendant 5 jours. Ce médicament n'est pas indiqué pour traiter les enfants de moins d'un an.
Comme la réplication virale pourrait être prolongée en cas d'infection à H5N1, les cliniciens devraient envisager une durée du traitement allant de 7 à 10 jours en l'absence de réaction clinique du patient. En cas d'infection sévère par le virus H5N1, ils pourront aussi considérer une augmentation de la dose quotidienne ou de la durée de traitement, en gardant à l'esprit qu'à partir de 300 mg par jour, les effets secondaires augmentent eux aussi. Pour tous les patients traités, il faut envisager de prélever des séries d'échantillons cliniques aux fins d'analyses ultérieures afin de suivre l'évolution de la charge virale, d'évaluer la sensibilité au médicament et les niveaux pharmacologiques. Ces échantillons ne seront prélevés qu'en mettant en œuvre les mesures anti-infectieuses appropriées.
Il arrive que l'absorption du médicament soit perturbée lorsque les patients sont gravement malades ou s'ils présentent des troubles digestifs sévères. Il faut garder cette possibilité à l'esprit lors de leur prise en charge.
PAYS OU SE SONT PRODUITS DES CAS HUMAINS LORS DE LA FLAMBEE ACTUELLE
A ce jour, on a signalé des cas humains dans sept pays, pour la plupart en Asie : Cambodge, Chine, Indonésie, Iraq, Thaïlande, Turquie et Viet Nam. Les premiers patients de la flambée actuelle, notifiés au Viet Nam, ont développé les symptômes en décembre 2003, mais l'infection à virus H5N1 n'a pas été confirmée avant le 11 janvier 2004. La Thaïlande a signalé ses premiers cas le 23 janvier 2004. Le Cambodge a notifié son premier cas le 2 février 2005. Le pays suivant a été l'Indonésie, qui a confirmé l'infection pour la première fois le 21 juillet. Les deux premiers cas chinois ont été annoncés le 16 novembre 2005. La confirmation des premiers cas en Turquie s'est produite le 5 janvier 2006, à la suite de quoi le premier cas en Iraq a été notifié le 30 janvier 2006. Tous les cas humains ont coïncidé avec des flambées de grippe aviaire H5N1 hautement pathogène dans les populations de volailles. Avec plus de 90 cas, le Viet Nam reste à ce jour le pays le plus touché.
Globalement, plus de la moitié des cas confirmés en laboratoire ont été mortels. La grippe aviaire H5N1 reste une maladie rare chez l'homme, mais elle doit être surveillée et étudiée avec attention en raison de sa gravité et, plus particulièrement, du potentiel du virus pour évoluer d'une manière qui lui permettrait de déclencher une pandémie.
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