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Aide-Mémoire N°102
Révisé septembre 2000
Filariose lymphatique
La filariose lymphatique, ou éléphantiasis, menace plus d'un
milliard de personnes dans à peu près 80 pays. Sur les quelque 120 millions de personnes
déjà affectées, plus de 40 millions sont gravement handicapées ou défigurées par la
maladie. Un tiers des personnes infestées vivent en Inde, un tiers en Afrique et le reste
principalement en Asie du sud, dans le Pacifique et dans les Amériques. Dans les zones
tropicales et subtropicales où la filariose lymphatique est bien établie, la prévalence
de l'infestation ne cesse de progresser. L'une des causes principales de cette
augmentation est l'urbanisation rapide et sauvage, qui crée de nombreux gîtes larvaires
pour les moustiques vecteurs de la maladie.
Dans ses manifestations les plus évidentes, la filariose lymphatique
provoque une hypertrophie de la jambe ou du bras, des organes génitaux, de la vulve et
des seins. Dans les communautés où la maladie est endémique, 10-50% des hommes et
jusqu'à 10% des femmes peuvent être affectés. Ces aspects de la maladie ont de graves
incidences psychologiques et sociales. Outre les anomalies visibles, les filaires
provoquent plus couramment encore des altérations internes cachées des reins et du
système lymphatique.
Cause
Les vers parasites filiformes Wuchereria bancrofti et Brugia
malayi responsables de la filariose lymphatique vivent presque exclusivement chez
l'être humain. Ces vers s'installent dans le système lymphatique, le réseau de
ganglions et de vaisseaux qui maintiennent le délicat équilibre hydrique entre les
tissus et le sang et sont un élément essentiel du système de défense immunitaire de
l'organisme. Ils ont une durée de vie de 4-6 ans et produisent des millions de
microfilaires immatures (larves minuscules) qui circulent dans le sang.
Transmission
La maladie est transmise par des moustiques qui, en piquant des
personnes infestées, ingèrent les microfilaires qui se développent dans leur organisme
et atteignent le stade infectant, d'ordinaire en 7-21 jours. Les larves migrent alors vers
les pièces buccales du moustique, prêtes à pénétrer dans la peau par effraction à la
suite de la piqûre du moustique, complétant ainsi le cercle.
Signes et symptômes
L'évolution de la maladie chez l'être humain reste une énigme pour
les scientifiques. Bien que l'infestation soit généralement acquise dans la petite
enfance, la maladie peut ne se manifester qu'au bout de plusieurs années.
Chez de nombreux sujets, effectivement, l'infestation n'a jamais de
manifestations cliniques extérieures. Même en l'absence de symptômes cliniques, des
études ont maintenant révélé que ces victimes, apparemment saines, présentent en fait
une pathologie lymphatique latente et des lésions rénales. La forme asymptomatique de
l'infestation est caractérisée le plus souvent par la présence dans le sang de milliers
ou de millions de larves de parasites (microfilaires) et de vers adultes situés dans le
système lymphatique.
Les symptômes les plus graves de la maladie chronique apparaissent en
général chez les adultes, et davantage chez les hommes que chez les femmes. Dans les
communautés où la maladie est endémique, 10-50% des hommes présentent des lésions
génitales, notamment l'hydrocèle (oedème des bourses) et sont atteints
d'éléphantiasis du pénis et du scrotum. L'éléphantiasis de toute la jambe, de tout le
bras, de la vulve ou des seins - dont la taille peut atteindre plusieurs fois la normale -
peut affecter jusqu'à 10% des femmes et des hommes de ces communautés.
Le lymphoedème chronique et l'éléphantiasis s'accompagnent souvent
d'inflammations aiguës localisées de la peau, des ganglions lymphatiques et des
vaisseaux lymphatiques, parfois dues à la réponse immunitaire de l'organisme au parasite
mais résultant la plupart du temps de l'infestation bactérienne de la peau là où les
défenses normales ont disparu sous l'effet de lésions lymphatiques sous-jacentes. Le
fait de garder très propres les surfaces infectées peut fortement aider à la guérison
et ralentir, voire même faire disparaître, une grande partie des lésions apparentes
déjà présentes.
Dans les zones d'endémie, les manifestations chroniques et aiguës de
la filariose tendent à se développer plus souvent et plus rapidement chez les réfugiés
ou les nouveaux venus que dans la population locale, continuellement exposée à
l'infestation. Le lymphoedème peut se développer en six mois et l'éléphantiasis dans
l'année suivant l'arrivée.
Diagnostic
Jusqu'à très récemment, il était extrêmement difficile de
diagnostiquer la filariose lymphatique car il fallait détecter les parasites dans le sang
au microscope et, dans la plupart des régions du monde, les parasites ont une
"périodicité nocturne" qui limite leur apparition dans le sang aux quelques
heures autour de minuit. La mise au point d'une épreuve sur carte pour déceler la
présence d'antigènes circulants des parasites sans installations de laboratoire et au
moyen de quelques gouttes de sang seulement obtenues en piquant le bout du doigt à
n'importe quelle heure de la journée a complètement transformé l'approche du
diagnostic. Grâce à cette technique et à d'autres instruments diagnostiques nouveaux,
il sera maintenant possible de mieux comprendre où se produit effectivement l'infestation
et de surveiller plus aisément l'efficacité du traitement et des programmes de lutte.
Traitement
Communautés où la filariose est endémique. Le principal
objectif du traitement de la communauté affectée est l'élimination des microfilaires du
sang des sujets infestés afin d'interrompre la transmission de l'infestation par le
moustique. Des études récentes ont montré qu'une dose unique de diéthylcarbamazine
(DEC) avait le même effet durable (1 année) sur la réduction de la microfilarémie que
les schémas précédemment recommandés de 12 jours de DEC et, plus important encore, que
l'administration simultanée de 2 médicaments en dose unique (de préférence albendazole
plus DEC ou ivermectine) éliminait à 99% les microfilaires du sang pendant une année
complète après le traitement. C'est ce niveau d'efficacité thérapeutique qui a rendu
possible l'application des nouvelles mesures destinées à éliminer la filariose
lymphatique.
Soigner la personne. L'albendazole et la DEC se sont l'un et
l'autre révélés efficaces contre les filaires adultes (dont l'élimination est
nécessaire pour la guérison complète de l'infestation) mais les schémas
thérapeutiques idéaux restent à définir. Il est évident que ce traitement
antiparasitaire peut améliorer l'éléphantiasis ou l'hydrocèle (spécialement aux
premiers stades de la maladie) mais le principal progrès thérapeutique qui a permis de
soulager les souffrances des personnes atteintes d'éléphantiasis tient à la
reconnaissance du fait que la progression de la maladie est due en grande partie à une
surinfestation bactérienne ou fongique des tissus associée à une anomalie de la
fonction lymphatique provoquée par une infestation filarienne antérieure. C'est pourquoi
une hygiène rigoureuse des membres affectés, assortie de mesures d'appoint pour réduire
l'infestation au maximum et favoriser le courant lymphatique, se traduit par une
réduction spectaculaire de la fréquence des accès aigus d'inflammation ("fièvre
filarienne") et une amélioration étonnante de l'éléphantiasis même.
La stratégie de l'OMS pour l'élimination de la filariose
La stratégie du Programme mondial pour l'élimination de la filariose
lymphatique comporte deux volets: premièrement, arrêter la propagation de l'infestation
(c'est-à-dire interrompre la transmission) et, deuxièmement, atténuer les souffrances
des personnes affectées (lutte contre la morbiditié).
Pour interrompre la transmission, les districts où la filariose
lymphatique est endémique doivent être recensés et des programmes communautaires
("traitement de masse") ensuite mis en uvre pour traiter toutes les
populations exposées. Dans la plupart des pays, le programme reposera sur
l'administration annuelle d'une dose unique de deux médicaments associés: albendazole
plus diéthylcarbamazine (DEC) ou ivermectine, cette dernière dans les régions où
l'onchocercose ou la loase peuvent également être endémiques; ce traitement annuel
basé sur l'administration d'une dose unique doit s'étendre sur 4-6 ans. Un autre schéma
communautaire possible tout aussi efficace est l'utilisation de sel de table/cuisine
enrichi de DEC dans la région d'endémie pendant un an.
Pour atténuer les souffrances dues à la maladie, des programmes
d'éducation communautaire devront sensibiliser les malades affectés. Ces programmes
insisteront sur les avantages d'une hygiène locale poussée et la possibilité
d'améliorer les lésions déjà présentes et de prévenir les accès aigus
d'inflammation, incapacitants et douloureux.
En annonçant en 1998 leur collaboration aux activités de lutte de
l'Organisation mondiale de la Santé, les laboratoires pharmaceutiques SmithKline Beecham
se sont généreusement engagés à fournir de nombreuses ressources (en particulier
l'albendazole, l'un des médicaments de base de la stratégie de l'élimination), à titre
gratuit, aussi longtemps qu'il serait nécessaire pour assurer la réussite du programme
d'élimination. Ce don, associé à la récente décision de Merck and Co., Inc.
d'étendre son programme de distribution de Mectizan® (ivermectine) au traitement de la
filariose lymphatique, le cas échéant, et la création de partenariats supplémentaires
avec d'autres organisations privées, publiques et internationales, y compris la Banque
mondiale, ont encore renforcé les chances de réussite de l'élimination.
Impact économique et social
En raison de sa prévalence fréquente dans des zones rurales reculées
et dans des zones périurbaines et urbaines défavorisées, la filariose lymphatique est
surtout une maladie de la pauvreté. Ces dernières années, la filariose lymphatique a
régulièrement augmenté du fait de l'expansion des taudis et de la pauvreté,
spécialement en Afrique et dans le sous-continent indien. De nombreux malades atteints de
filariose étant physiquement handicapés, cette pathologie empêche aussi les malades de
travailler normalement. La lutte pour l'élimination de la filariose lymphatique est aussi
une lutte contre la pauvreté.
La filariose lymphatique est aussi un lourd fardeau social,
particulièrement grave du fait des caractéristiques particulières de la maladie,
d'autant que les complications chroniques sont souvent dissimulées et considérées comme
honteuses. Pour les hommes, les manifestations génitales sont un handicap grave, cause de
gêne physique et d'ostracisme social. Pour les femmes, la maladie est aussi assortie d'un
sentiment de honte et de tabous. Celles qui présentent un lymphoedème sont considérées
comme indésirables et, en cas d'hypertrophie des membres inférieurs et des organes
génitaux, elles sont rejetées par la société; le mariage, source essentielle de
sécurité dans de nombreuses situations, est souvent impossible.
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Courriel: mediainquiries@who.int
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