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Médicaments: sérums antivenimeux

Aide-mémoire N° 337
Mai 2010


Principaux points

  • Bien qu’on ignore le nombre exact de morsures de serpents, on estime qu’elles concernent 5 millions de personnes chaque année et qu’il y a jusqu’à 2,5 millions de cas d’envenimement.

  • Chaque année, les morsures de serpents sont la cause de 100 000 décès au moins et d’environ trois fois plus d’amputations et d’autres incapacités définitives.

  • Les morsures de serpents venimeux peuvent entraîner une paralysie pouvant bloquer la respiration, des troubles sanguins aboutissant à des hémorragies fatales, des insuffisances rénales irréversibles et des lésions tissulaires susceptibles de provoquer des incapacités définitives et de nécessiter l’amputation d’un membre.

  • Les agriculteurs et les enfants sont les plus touchés. En raison de la masse corporelle plus faible, les conséquences des morsures sont plus sévères chez l’enfant que chez l’adulte.

Situation mondiale

Les morsures de serpents constituent un problème de santé publique négligé dans de nombreux pays des régions tropicales et subtropicales. Chaque année, il se produit 5 millions de morsures de serpents entraînant jusqu’à 2,5 millions de cas d’envenimement (intoxication par une morsure de serpent)[1], au moins 100 000 décès[2, 3] et environ trois fois plus d’amputations et d’incapacités définitives [1].

La plupart des cas surviennent en Afrique, en Asie et en Amérique latine [2]. Rien qu’en Afrique, on estime à un million le nombre annuel de morsures de serpents, la moitié d’entre elles environ nécessitant un traitement. Ce sont les femmes, les enfants et les agriculteurs dans les communautés rurales pauvres des pays à revenu faible ou intermédiaire qui en sont le plus souvent victimes. Il s’agit principalement de pays ayant de faibles systèmes de santé et peu de ressources médicales.

Les morsures de serpents venimeux provoquent des urgences médicales. Elles peuvent entraîner des paralysies sévères susceptibles de bloquer la respiration, des troubles sanguins pouvant aboutir à des hémorragies fatales, des insuffisances rénales irréversibles et des destructions tissulaires locales sévères susceptibles de provoquer des incapacités définitives et de nécessiter l’amputation d’un membre. En raison de la masse corporelle plus faible, leurs conséquences sont plus sévères chez l’enfant que chez l’adulte.

Contrairement à ce qu’il se passe pour de nombreux autres états pathologiques graves, il existe un traitement très efficace. On peut éviter la plupart des décès et des conséquences sérieuses en généralisant la disponibilité des sérums antivenimeux. Ils sont le seul traitement efficace pour éviter ou supprimer la plupart des effets toxiques des morsures de serpents. Ils sont inscrits dans la liste modèle OMS des médicaments essentiels et ils devraient faire partie du minimum de soins de santé primaires à prodiguer en cas de morsure.

Une production de sérums antivenimeux difficile

L’un des grands défis pour la fabrication des sérums antivenimeux est de préparer l’agent immunogène (le venin de serpent) qui convient. Actuellement, très peu de pays produisent des venins d’une qualité suffisante pour la production des sérums. De plus, l’insuffisance des moyens réglementaires de contrôle des sérums antivenimeux, dans les pays où le problème des morsures des serpents est important, entraîne une incapacité d’évaluer la qualité et l’adaptation des sérums.

Différents facteurs se sont associés pour aboutir à la crise actuelle. Les données insuffisantes sur le nombre et le type des morsures de serpents, d’où une difficulté à estimer les besoins, avec en parallèle la déficience des politiques de distribution ont amené les fabricants soit à arrêter la production, soit à augmenter les prix des sérums. L’insuffisance de la réglementation et la commercialisation de sérums inadaptés ont sapé la confiance des cliniciens, des responsables de la santé publique et des patients dans les sérums existants, ce qui a encore affaibli la demande.

Des systèmes de santé fiables et des données insuffisantes

Dans de nombreux pays où les morsures de serpents sont fréquentes, les systèmes de santé ne disposent pas des infrastructures et des ressources pour collecter des données statistiques solides sur ce problème. L’évaluation du véritable impact se complique d’autant plus que le nombre des cas notifiés aux ministères de la santé par les cliniques et les hôpitaux ne représente en fait qu’une faible proportion de la charge de morbidité réelle: de nombreuses victimes n’arrivent jamais dans les établissements de soins de santé primaires et ne sont donc pas enregistrées.

Pour l’année 2000 au Népal par exemple, où 90% de la population vit en zone rurale, le ministère de la Santé a notifié 480 cas de morsures de serpents, dont 22 mortels alors que les chiffres recueillis au cours de la même année, dans le cadre d’une étude à base communautaire dans l’une des régions du pays (Népal oriental), faisaient état de 4078 morsures et de 396 décès [4].

Une difficile estimation des besoins

L’insuffisance des données sur les morsures de serpents, en quantité comme en qualité, a des répercussions sur la disponibilité des sérums antivenimeux. Il en résulte en effet une sous-estimation des besoins par les autorités sanitaires nationales, une faible demande aux fabricants pour la production des sérums et la mise en place de stratégies d’achats et de distribution inadaptées dans les pays.

Faible production des sérums antivenimeux

Compte tenu de la faible demande, plusieurs fabricants ont cessé la production. Pour certains sérums, on a assisté à une augmentation spectaculaire des prix au cours des 20 dernières années et les traitements sont devenus inabordables pour la majorité de ceux qui en ont besoin. Cette hausse des prix a encore fait baisser la demande, à tel point que ces traitements sont en déclin sensible ou ont même disparu dans certaines régions. L’arrivée sur certains marchés de sérums inadaptés, non testés, voire contrefaits, a plus généralement sapé la confiance dans ce type de traitement. La rupture d’approvisionnement en sérums antivenimeux est imminente en Afrique et dans certains pays d’Asie.

Action de l’OMS

L’OMS a pris des mesures pour sensibiliser les autorités sanitaires et les responsables politiques à ce problème. Elle prie les responsables de la réglementation, les producteurs, les chercheurs, les cliniciens, les autorités sanitaires nationales et régionales, les organisations internationales et communautaires de collaborer pour améliorer la collecte de données épidémiologiques fiables sur les morsures de serpents, le contrôle règlementaire des sérums antivenimeux et les politiques de distribution.

Elle a lancé deux outils pour aider à la mise au point de sérums antivenimeux adaptés:

  • des lignes directrices pour la production, le contrôle et la réglementation des sérums antivenimeux;
  • une base de données en ligne établissant la répartition mondiale des serpents venimeux importants du point de vue clinique et des sérums existants.

Ces informations aideront:

  • les responsables de la santé publique à déterminer les sérums nécessaires dans leur pays et à élaborer une politique nationale appropriée de santé publique;
  • les personnes chargées des règlementations pharmaceutiques nationales à donner la priorité aux sérums antivenimeux pour les homologuer et pour évaluer leur innocuité, leur qualité et leur efficacité, afin de répondre aux besoins de la santé publique nationale;
  • les organismes d’achat à sélectionner les sérums adaptés pour les besoins thérapeutiques nationaux;
  • les fabricants à élaborer des plans de production et de vente des sérums antivenimeux adaptés;
  • les médecins et les professionnels de santé à traiter les morsures de serpents;
  • le grand public à connaître et à pouvoir identifier les serpents venimeux vivant dans la région où il habite.

[1] Rabies and envenomings: a neglected public health issue. Report of a consultative meeting, World Health Organization, Geneva, 10 January 2007, p14.

[2] Chippaux JP. Bulletin of the World Health Organization, 1998, 76 (5), 515-524.

[3] Kasturiratne A, Wickremasinghe AR, de Silva N, Gunawardena, NK, Pathmeswaran A, Premaratna R, Savioli L, Lalloo DG, de Silva HJ. The global burden of snake bite: a literature analysis and modelling based on regional estimates of envenoming and deaths, PLoS Medicine, November 2008, Vol. 5, Issue 11, e218.

[4] Sharma SK. Snake bites and dog bites in Nepal: community based studies on snake bites and dog bites, Department of Medicine, B P Koirala Institute of Health Sciences, presentation made at the WHO first Consultative Meeting on Rabies and Envenomings, Geneva, 10 January 2007.

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