Centre des médias

Médicaments: usage rationnel

Aide-mémoire N°338
Juin 2010


Principaux points

  • Plus de 50% des médicaments ne sont pas prescrits, délivrés ou vendus comme il convient et la moitié des patients ne prennent pas correctement leurs médicaments.
  • La consommation exagérée, insuffisante ou erronée des médicaments a des effets nocifs pour les personnes et dilapide les ressources.
  • Plus de 50% des pays ne mettent pas en œuvre les politiques de base pour promouvoir l’usage rationnel des médicaments. Dans les pays en développement, moins de 40% des patients dans le secteur public et moins de 30% dans le secteur privé sont traités conformément aux directives cliniques.
  • Une approche efficace pour améliorer l’usage des médicaments consiste à associer l’éducation et la supervision des prestataires de soins, l’éducation du consommateur et un approvisionnement suffisant en médicaments. Prises séparément, chacune de ces interventions a un effet limité.

Par usage rationnel des médicaments, on entend une utilisation correcte, légitime et appropriée des médicaments. Il suppose que le patient reçoit le médicament approprié, à la posologie qui convient, pour une période suffisante, au plus faible coût possible pour lui et sa communauté.

Usage incorrect des médicaments

Selon les estimations de l’OMS, plus de la moitié des médicaments ne sont pas prescrits, délivrés ou vendus comme il convient et la moitié des patients ne prennent pas correctement leurs médicaments. Cet usage incorrect peut prendre la forme d’une consommation exagérée, insuffisante ou erronée des médicaments sur prescription ou en vente libre.

Problèmes courants:

  • la polypharmacie (le fait d’utiliser trop de médicaments);
  • la surconsommation d’antibiotiques et d’injections;
  • le fait de ne pas prescrire les médicaments conformément aux directives cliniques;
  • l’automédication inadaptée.

Dans les pays en développement, la proportion des patients traités conformément aux directives cliniques pour les maladies courantes en soins de santé primaires est inférieure à 40% dans le secteur public et à 30% dans le secteur privé. Par exemple:

  • moins de 60% des enfants présentant des diarrhées aiguës reçoivent le traitement nécessaire par réhydratation orale alors que plus de 40% prennent des antibiotiques inutiles;
  • seuls 50% des personnes atteints de paludisme reçoivent les antipaludiques de première intention qui sont préconisés;
  • seuls 50 à 70% des sujets atteints de pneumonie sont traités avec les antibiotiques qui conviennent, alors que 60% des sujets ayant une infection virale des voies respiratoires supérieures prennent des antibiotiques dont ils n’ont pas besoin.

Quelles sont les conséquences de l’usage incorrect des médicaments?

On observe dans tous les pays un usage incorrect des médicaments qui a des effets nocifs pour les patients et entraîne une dilapidation des ressources, avec pour conséquences:

  • Des résistances aux antimicrobiens. La surconsommation d’antibiotiques augmente les résistances et le nombre des médicaments qui ne sont plus efficaces contre les maladies infectieuses. Nombre de procédures chirurgicales et de traitements anticancéreux ne sont pas possibles sans antibiotiques pour lutter contre les infections. Les résistances prolongent les maladies et les séjours hospitaliers et peuvent même provoquer la mort; leur coût atteint 4–5 milliards de dollars US aux États-Unis d'Amérique [1] et 9 milliards d’euros en Europe [2].

  • Des réactions indésirables et des erreurs de médications. Les réactions nocives aux médicaments à cause d’une mauvaise utilisation, ou les réactions allergiques peuvent entraîner un accroissement de la morbidité, des souffrances et de la mortalité. On a estimé que les réactions indésirables coûtaient des millions de dollars chaque année [3, 4].

  • Une perte de ressources. De 10 à 40% des budgets nationaux de la santé sont consacrés aux médicaments. Les achats directs de médicaments peuvent entraîner de graves difficultés financières pour les patients et leurs familles. Si les médicaments ne sont pas prescrits et utilisés comme il faut, ce sont des milliards de dollars qui sont gaspillés, au niveau des fonds publics comme des finances personnelles.

  • La perte de confiance de la part des patients. En situation de surconsommation de médicaments en quantités limitées, les ruptures de stocks se multiplient ou les prix deviennent inabordables et il en résulte une perte de confiance de la part des patients. Les résultats négatifs, qui vont de pair avec un usage inadapté des médicaments, ont le même effet.

Quels sont les facteurs qui contribuent à une mauvaise utilisation des médicaments?

  • Un manque de compétences et de connaissances. L’incertitude du diagnostic, les connaissances insuffisantes du prescripteur en matière de méthodes de diagnostic, le manque d’informations indépendantes, comme des directives cliniques, l’absence de possibilités de suivre le patient ou la crainte de procédures judiciaires aboutissent à des prescriptions et à des délivrances inadaptées des médicaments.

  • Une promotion des médicaments inappropriée et contraire à l’éthique de la part des laboratoires pharmaceutiques. La plupart des prescripteurs sont informés par les laboratoires pharmaceutiques plutôt que par des sources indépendantes, comme des directives cliniques, ce qui entraîne fréquemment des problèmes de surconsommation. Certains pays autorisent la publicité des médicaments sur prescription directement auprès des consommateurs, ce qui peut conduire les patients à exercer des pressions sur les médecins pour obtenir des médicaments qui ne leur sont pas utiles.

  • Les bénéfices de la vente de médicaments. Dans de nombreux pays, les détaillants prescrivent et vendent des médicaments sans ordonnance. Plus ils en vendent, plus leurs revenus augmentent, ce qui entraîne une surconsommation de médicaments, particulièrement les plus chers.

  • Un accès sans restriction aux médicaments. Dans de nombreux pays, des médicaments normalement sur prescription, comme les antibiotiques, sont en vente libre. Il en résulte une surconsommation, une automédication inadaptée et la non-observance des posologies.

  • Des personnels de santé surchargés de travail. De nombreux prescripteurs ont trop peu de temps à consacrer à chaque patient et il peut en résulter un mauvais diagnostic et un mauvais traitement. Dans ces circonstances, ils se fient à leurs habitudes de prescription, n’ayant pas le temps d’actualiser leurs connaissances sur les médicaments.

  • Des médicaments inabordables. Quand le prix des médicaments est inabordable, il arrive que les patients n’achètent pas leur traitement complet, voire aucun médicament. Ils peuvent alors se tourner vers d’autres alternatives, comme des médicaments dont la qualité n’est pas garantie, sur Internet ou auprès d’autres sources, ou des médicaments prescrits à des membres de leur famille ou à des amis.

  • L’absence de politique pharmaceutique nationale coordonnée. Moins de la moitié des pays appliquent les politiques de base recommandées par l’OMS pour garantir un usage approprié des médicaments. Ces politiques couvrent les mesures et les infrastructures suffisantes pour contrôler et règlementer l’usage des médicaments, ainsi que la formation et l’encadrement des prescripteurs.

Que peut-on faire pour améliorer la situation?

L’OMS conseille aux pays de se doter des politiques, structures, systèmes d’information et d’éducation nécessaires pour mettre en œuvre des programmes nationaux favorisant l’usage rationnel des médicaments. Pour ce faire, il leur faut:

  • un organisme national chargé de coordonner les politiques sur l’usage des médicaments et de contrôler leur impact;
  • des directives cliniques fondées sur des bases factuelles, pour la formation, la supervision et pour venir en appui à la prise de décision concernant les médicaments;
  • des listes de médicaments essentiels pour les achats de médicaments et les systèmes de remboursement;
  • des comités pharmaceutiques (médicaments) et de thérapeutique dans les districts et les hôpitaux pour suivre et appliquer les interventions visant à améliorer l’usage des médicaments;
  • une formation basée sur la résolution de problèmes en pharmacothérapie et prescription dans les programmes de formations qualifiantes;
  • une formation médicale continue comme condition de l’agrément des professionnels;
  • la publication d’informations indépendantes et impartiales sur les médicaments, à l’intention des personnels de santé et des consommateurs;
  • l’éducation du public sur les médicaments;
  • l’élimination des incitations financières conduisant à une prescription incorrecte, comme la vente de médicaments par des prescripteurs à des fins lucratives pour augmenter leurs revenus;
  • des règlementations garantissant que les activités promotionnelles respectent des critères d’éthiques;
  • un financement suffisant pour garantir la disponibilité des médicaments et du personnel de santé.

L’approche la plus efficace pour améliorer l’usage des médicaments consiste à associer l’éducation et la supervision des prestataires de soins, l’éducation du consommateur et un approvisionnement suffisant en médicaments. Prises séparément, chacune de ces interventions a un effet limité.

Action de l’OMS

Pour améliorer l’usage rationnel des médicaments, l’OMS:

  • surveille les politiques mondiales en matière d’usage des médicaments et de pharmacie;

  • fournit des lignes directrices et un appui aux pays pour suivre l’usage des médicament et pour élaborer, mettre en œuvre et évaluer des stratégies nationales favorisant l’usage rationnel des médicaments;

  • Élabore et dispense des programmes de formation à l’intention des professionnels nationaux de la santé sur les façons de surveiller et d’améliorer l’usage des médicaments à tous les niveaux du système de santé.

1 Institute of Medicine. Microbial threats to health: emergence, detection and response. Washington DC, National Academics Press, 1998.

2 Strategic Council on Resistance in Europe. Resistance: a sensitive issue, the European roadmap to combat antimicrobial resistance. Utrecht, the Netherlands, SCORE, 2004.

3 Wiffen P, Gill M, Edwards J, Moore A. Adverse drug reactions in hospital patients: a systematic review of the prospective and retrospective studies. Bandolier Extra, 2002.

4 Reducing and preventing adverse drug events to decrease hospital costs. Agency for Healthcare Research and Quality, 2000.

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Téléphone: +41 22 791 2222
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