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Bulletin sur la situation sanitaire au Darfour (Soudan) et au Tchad

Systèmes de surveillance épidémiologique au Darfour

Les principaux problèmes de santé auxquels sont confrontées les personnes déplacées au Darfour et les communautés d'accueil sont la malnutrition, les infections respiratoires aiguës, les affections diarrhéiques, le paludisme, l'hépatite E et les traumatismes liés à la guerre. Certains facteurs, comme la quantité limitée d'eau potable, les mauvaises conditions d'hygiène du milieu, la dégradation de l'état nutritionnel et la faiblesse de la couverture vaccinale, entraînent un risque particulièrement élevé d'épidémies.

Le réseau d'alerte et d'intervention rapides (EWARN)- établi par l'OMS et mis en service par un réseau de professionnels de la santé à travers les trois Etats du Darfour- surveille douze maladies transmissibles, la diarrhée liquide aiguë, les infections respiratoires aiguës, le paludisme, la rougeole, la méningite, l'ictère aigu, la paralysie flasque aiguë, les diarrhées sanglantes, le tétanos néonatal, les fièvres d'origine inconnue, la malnutrition sévère et les traumatismes. Davantage de camps et de sites se joignent à ce système. Il est important de noter que l'EWARN a permis de déceler et de confirmer deux épidémies, une de shigellose et une d'hépatite E.

L'hépatite E au Darfour et au Tchad

On attribue les épidémies d'hépatite E au Darfour et dans les camps de réfugiés au Tchad à l'insuffisance de l'approvisionnement en eau propre et aux mauvaises conditions sanitaires régnant dans les camps des deux côtés de la frontière tchado-soudanaise.

Au 20 août 2004, le nombre de cas suspects d'hépatite E au Darfour a atteint 2 432, dont 41 mortels, une nette augmentation depuis les 625 cas, dont 22 mortels, dus à l'ictère aigu, presque certainement l'hépatite E, recensés entre le 22 mai et le 30 juillet 2004. Tous ces cas ont été notifiés par les centres de santé de la Région du Grand Darfour par l'intermédiaire de l'EWARN.

Le nombre des cas a presque doublé dans les trois États, ce qui peut être dû soit à une augmentation réelle, soit à l'amélioration de la surveillance ou à une prise de conscience de la maladie dans les communautés. L'Etat du Darfour Ouest a notifié 66 % de l'ensemble des cas (1 640 sur 2 431), contre 22 % et 12 % respectivement au Darfour Sud et Nord. En collaboration avec l'OMS, Médecins Sans Frontières (MSF) Epicentre/ et EPIET, deux centres d'épidémiologie ainsi que le Ministrère Soudanais de la santé ont entrepris le 23 août une enquête épidémiologique sur la flambée d'hépatite E au camp de Morni, dans le Darfour Ouest.

Avec des agences sanitaires et des partenaires comme l'UNICEF, Oxfam, le Ministère soudanais de la Santé, Médecins du Monde (France), MSF-Hollande, le Centre logistique commun des Nations Unies (UNJLC) et la Croix-Rouge Internationale, l'OMS a lancé à grande échelle des programmes d'éducation à l'hygiène et une distribution générale de savon. Des aide-mémoire sur l'hépatite E et les directives pour la prise en charge des cas faisaient partie du matériel distribué au personnel médical et aux ONG travaillant dans ces camps. Les agents de santé communautaire ont été formés à l'utilisation de messages éducatifs standardisés pour les diffuser dans les camps de personnes déplacées.

Des systèmes de suivi pour contrôler et coordonner la chloration de l'eau et les actions de promotion de l'hygiène sont mis en place dans chaque camp afin de déterminer le niveau du risque de transmission par voie féco-orale des maladies au niveau des sources d'approvisionnement en eau et d'éviter que l'épidémie ne continue de se propager.

Hépatite E au Tchad

Entre le 26 juin et le 20 août, 959 cas, dont 30 mortels, liés à l'ictère aigu ont été signalés à Goz Amer, camp accueillant environ 18 500 réfugiés soudanais dans l'est du pays ainsi qu'a Goz Beida. L'hépatite E a été confirmée pour 7 échantillons au début du mois par le laboratoire du Val de Grâce, à Paris.

Nous devrions avoir plus d'informations dans le courant de la semaine. Une équipe pluridisciplinaire de l'OMS (composée de deux épidémiologistes, d'un ingénieur spécialisé dans l'eau et l'assainissement et de deux logisticiens), à laquelle s'est joint un épidémiologiste des CDC, Atlanta, est arrivée aujourd'hui à N'Djamena et va se rendre sur le terrain pour renforcer les mesures de lutte contre l'épidémie et faire une enquête épidémiologique complémentaire.

L'OMS, le HCR et les organisations non gouvernementales présentes dans la région aident actuellement le Ministre de la Santé à prendre les mesures de lutte nécessaires : chloration de l'eau, élimination sans risque des excréta, éducation sanitaire des communautés et renforcement de la surveillance épidémiologique.

Eau et assainissement

L'accès à l'eau propre pour les personnes déplacées continue de poser un problème majeur. Fin juillet, seuls 47 % de la population affectée par le conflit avait accès à des quantités suffisantes d'eau potable. La quantité recommandée par l'OMS est de 20 litres par personne et par jour, mais la moitié de la population doit se contenter de 5 à 10 litres par jour. En terme de couverture pour l'eau propre dans les zones où se trouvent les personnes déplacées, les chiffres sont de 57 % dans le Darfour Sud, 56 % dans le Darfour Nord et 31 % dans le Darfour Ouest. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi le Darfour Ouest est le plus touché par l'hépatite E. L'UNICEF et les ONG travaillent jour et nuit pour améliorer la situation en creusant des latrines, en remettant en état ou en établissant des bassins surélevés, des pompes manuelles et des puits creusés à la main ou en augmentant les capacités de mise en réserve dans des citernes. L'OMS a participé aux tests de qualité de l'eau et à la promotion des meilleures pratiques en matière d'hygiène. Elle a par ailleurs collaboré avec les ONG et d'autres institutions des Nations Unies à ce que les installations sanitaires soient suffisantes.

Vaccination

En juin 2004, la campagne de vaccination de masse contre la rougeole, entreprise par l'OMS, l'UNICEF et le Ministère de la Santé pour vacciner 2,26 millions d'enfants dans le Darfour, a entraîné une baisse générale de l'incidence de cette maladie. Mais la vigilance est de rigueur parce que certains enfants peuvent être à risque parce qu'ils n'auraient pas été vaccinés durant la campagne. Les quatre cas d'infection par un poliovirus sauvage signalés récemment dans les États du Darfour Ouest et Sud augurent mal de la situation dont la gravité nécessiterait des mesures urgentes pour avoir accès à l'ensemble de la zone géographique et couvrir plus de 95 % des enfants exposés au risque.

L'OMS, l'UNICEF et leurs partenaires vont entreprendre une campagne de vaccination antirougeoleuse et antipoliomyélitique pour vacciner environ 200 000 enfants laissés de côté dans le Darfour Nord lors de la campagne de juin. Les préparatifs de l'OMS et de ses partenaires avancent pour lancer la campagne de masse début septembre et couvrir les régions sous le contrôle de l'Armée de libération du Soudan. La campagne de vaccination contre la poliomyélite et la rougeole dans les territoires sous le contrôle de l'armée de libération du Soudan devait initialement commencer le 28 août, mais elle a été retardée et les préparatifs se poursuivent.

La deuxième tournée de la campagne de "ratissage" de vaccination antipoliomyélitique, qui vise 1,4 millions d'enfants de moins de 5 ans, a commencé comme prévu le 28 août dans les trois Etats du Darfour et le Kordofan Ouest. La première tournée a eu lieu le 28 juillet 2004. Elle doit se terminer aujourd'hui.

Choléra

Dans le Darfour Sud, des kits ont été distribués en prévision de cas de choléra. Plus d'une vingtaine ont été mis en position à Geneina dans le Darfour Ouest, à El Fashir pour le Darfour Nord et d'autres encore sont entreposés à Khartoum. Chaque kit permet de traiter 100 cas de choléra sévère.

Une campagne de vaccination anticholérique orale a eu lieu dans le camp de Kalma, à 14 kilomètres de Nyala, dans le Darfour Sud en juillet et en août et 42 000 des 47 000 personnes vivant dans ce camp ont pu en bénéficier. La campagne dans le camp de Mussei, dans le Darfour Sud, a commencé la semaine dernière et la première tournée a permis de vacciner 7 500 personnes. La deuxième tournée a lieu aujourd'hui et demain. La surpopulation dans les camps, le manque d'eau potable et l'insuffisance de l'assainissement sont les facteurs de risque favorisant les épidémies de choléra. Heureusement, aucun cas n'a été encore signalé à ce jour dans le Darfour.

Choléra au Tchad

Du 14 juin au 22 août 2004, 2 046 cas, dont 98 mortels ont été notifiés. L'épidémie a démarré à Massaguet (Hadjar Lamine) au nord de N'Djamena. Elle s'est ensuite propagée aux provinces du Lac et de Kanem, ainsi que dans la capitale. La semaine dernière, on a observé 453 nouveaux cas à N'Djamena.

Aucun cas n'a été signalé dans la partie orientale du Tchad, où les réfugiés du Darfour se rassemblent. Cette population est néanmoins fortement exposée au risque. Elle n'a qu'un accès limité à l'eau et à un assainissement correct alors que la saison des pluies est en cours.

La dernière grande épidémie au Tchad, au cours de laquelle on a recensé 5 244 cas, a eu lieu en 2001. Les flambées se produisent en général dans la partie occidentale du pays (provinces de Chari Baguimi, du Lac et de Kanem). La dernière flambée connue dans la zone d'Abeche remonte à plusieurs années.

Accès aux soins de santé

L'OMS s'inquiète de l'insuffisance des services de soins de santé primaires, notamment de la pénurie de médicaments essentiels et de personnel pour assurer les services de base. On ne peut pratiquement pas accéder à un hôpital en dehors des capitales d'État. Les conditions de vie dans les camps de personnes déplacées exposent aussi ceux qui résident à proximité à certaines maladies transmissibles, comme le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les infections sexuellement transmissibles, dont peut -être le VIH/SIDA.

Certains signes encourageants témoignent de l'efficacité de l'aide humanitaire apportée par les Nations Unies et les ONG. On observe par exemple une amélioration de l'accès aux soins de santé de base, y compris les services de santé reproductive, même s'il reste encore des lacunes importantes et si la qualité est toujours insuffisante dans certains endroits. On a donc une très forte mortalité infantile, de 120 pour 1 000 naissances selon les estimations. La mortalité maternelle est aussi extrêmement élevée : alors que la moyenne nationale se situe à 509 pour 100 000 femmes, elle atteint 600 pour 100 000 au Darfour.

L'OMS soutient les services essentiels dans huit hôpitaux s'occupant en permanence de 120 patients hospitalisés et 150 autres en consultation externe. Elle participe également à l'effort collectif de remettre en fonction cinq hôpitaux et six centres de soins de santé primaires et de développer les moyens et possibilités de fonctionnement de 17 hôpitaux et de 43 unités de soins de santé primaire.

L'accès aux personnes déplacées reste un grand problème mais la situation s'améliore. Sur les 148 sites où une aide est actuellement apportée, 48 sont couverts par au moins un centre de soins de santé primaires. L'OMS estime que 69 % de la population a accès désormais à des soins, sous une forme ou une autre, contre 45 à 50 % en mai. Il faudra alimenter cette tendance à la hausse avec des ressources suffisantes. En juillet, l'Organisation des Nations Unies estimait que son personnel avait accès à 83 % des personnes déplacées dans le Darfour Nord, 44 % dans le Darfour Sud et 52 % dans le Darfour Ouest. L'OMS a déployé du personnel dans les trois Etats, ainsi qu'à Abeche, dans l'est du Tchad.

Besoins financiers

L'OMS estime qu'il faudra US $1 million par mois pour maintenir les opérations dans le Darfour. L'argent disponible permettra de tenir jusqu'à la fin du mois de septembre. La Banque africaine de développement et les gouvernements des Pays-Bas, de l'Italie, de la Norvège, de l'Irlande, du Royaume-Uni et des Etats-Unis d'Amérique soutiennent le travail de l'OMS dans le Darfour, mais il faudra réunir davantage de fonds, surtout s'il devait y avoir une augmentation de la demande en cas d'épidémie.

Tchad

Selon les estimations actuelles, il faudra disposer de US $200 000 pour pouvoir maintenir l'action de base. L'argent disponible permettra à l'OMS de poursuivre son action jusqu'à la fin du mois de septembre seulement. Il faut savoir que l'OMS a dû emprunter à l'intérieur de l'Organisation pour financer ses opérations parmi les réfugiés au Tchad. A la date d'aujourd'hui, aucun donateur ne s'est présenté. Il faut aussi trouver d'urgence des ressources supplémentaires pour financer les programmes de surveillance des maladies et les opérations transfrontalières dans les prochains mois. L'ampleur de l'épidémie d'hépatite E démontre la fragilité de la situation et l'ampleur aussi des besoins.


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Pour plus d'informations:

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