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Promouvoir l’usage rationnel des médicaments, c’est sauver des vies et faire des économies

Dans le monde, près de la moitié des médicaments ne sont pas utilisés à bon escient. Les experts de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappellent que cela peut avoir de graves conséquences : effets indésirables, prolongation des maladies et même, dans certains cas, la mort. De surcroît, les dépenses encourues par les individus comme par les gouvernements sont inutiles et parfois extrêmement élevées, notamment dans les pays en développement où les médicaments sont souvent à la charge des patients.

Au cours de la réunion mondiale prévue à partir du 30 mars, l’OMS et ses partenaires (gouvernements donateurs, fondations et organisations non gouvernementales) passeront quatre jours à étudier les moyens d’améliorer l’usage des médicaments dans les pays en développement.

« Pour la plupart des gens, c’est l’accès insuffisant aux médicaments qui est le principal problème, estime Hans Hogerzeil, Directeur par intérim à l’OMS de Médicaments essentiels et politiques pharmaceutiques. Malheureusement, l’usage irrationnel des médicaments disponibles constitue une autre menace majeure pour la santé et entraîne des gaspillages considérables. »

Par usage irrationnel des médicaments, on entend : le traitement excessif de maladies bénignes ; le traitement insuffisant de maladies graves ; l’utilisation des anti-infectieux à mauvais escient ; le recours excessif aux injections ; l’automédication de médicaments sur ordonnance ; l’arrêt prématuré des traitements. Les chiffres de plusieurs pays montrent que ces pratiques sont fréquentes et pas seulement dans les pays en développement.

Selon les chiffres recueillis dans les enquêtes présentées à l’OMS, près de 60 % des antibiotiques prescrits au Nigéria en 2000 étaient inutiles. Au Népal, plus de 50 % des antibiotiques prescrits en 1996 n’étaient pas nécessaires et 40 % des dépenses pharmaceutiques la même année ont été superflues, du fait de prescriptions inadaptées. A l’échelle mondiale, la proportion des prescriptions d’antibiotiques ne se justifiant pas atteint grosso modo 50 %.

Le recours abusif aux médicaments contribue dans la plupart des cas à l’apparition de pharmacorésistances. Dans le cas du paludisme par exemple, la surconsommation de chloroquine, le médicament traditionnel, a entraîné l’apparition de résistances dans plus de 80 pays. Dans certaines régions, jusqu’à 98 % des cas sont résistants à la pénicilline, qui sert à traiter les blennorragies.

L’usage irrationnel de médicaments découlant de prescriptions inadaptées peut aussi provoquer des événements indésirables à l’origine de maladies ou même de décès. Aux Etats-Unis, les réactions indésirables font partie des six principales causes de mortalité.

L’amélioration des systèmes de santé, qui passe par des partenariats multilatéraux œuvrant de manière concrète pour le développement, est le facteur décisif pour améliorer l’usage des médicaments. L’OMS et d’autres organismes se sont efforcés de rationaliser l’utilisation des médicaments par des programmes de sensibilisation et d’éducation destinés aux dispensateurs de soins, aux prescripteurs et aux consommateurs. Les prochaines étapes consisteront à donner aux responsables politiques des conseils sur le contrôle des marchés et des prix et à limiter, dans un pays donné, les options médicamenteuses à celles qui sont strictement indispensables pour les priorités de la santé publique.

Comme l’explique Jonathan Quick, Président-directeur général de Managing Sciences for Health, « l’usage irrationnel des médicaments, consommation abusive des antibiotiques, recours excessif aux injections et utilisation insuffisante des médicaments pouvant prolonger la vie en cas de maladie chronique, VIH/SIDA ou insuffisance cardiaque par exemple, constitue à l’échelle mondiale une véritable épidémie qui provoque des souffrances inutiles et la perte de millions de vies chaque année.»

On trouve actuellement sur le marché mondial environ 20 000 médicaments. La liste OMS des médicaments essentiels, qui renferme des produits pour lutter contre toutes les maladies importantes en santé publique, n’en contient en revanche que 316. Une large gamme de produits très similaires pour une seule et même pathologie peut entraîner des utilisations irrationnelles avec toutes les conséquences que cela comporte.

La Conférence internationale pour améliorer l’utilisation des médicaments est la seconde de cette nature et elle aura lieu à Chiang Mai (Thaïlande) du 30 mars au 2 avril. Elle est parrainée par l’OMS, Managing Sciences for Health, le Centre for International Health, l’Ecole de Santé publique de l’Université de Boston, l’Ecole de Médecine de Harvard et le Réseau international pour l’Usage rationnel des médicaments.

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