Centre des médias

Un Groupe spécial de l’OMS définit les mesures à prendre pour lutter contre la tuberculose à bacilles ultrarésistants dans le monde

Les pays, l’OMS et ses partenaires mobilisent des équipes d’intervention pour faire face à la tuberculose à bacilles ultrarésistants

Des experts ont confirmé que l’émergence de la tuberculose à bacilles ultrarésistants (tuberculose-UR) constitue une menace grave pour la santé publique, en particulier lorsqu’elle est associée au VIH. A sa première réunion, le Groupe spécial mondial sur la tuberculose à bacilles ultrarésistants de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a également défini une série de mesures que les pays doivent mettre en place pour lutter efficacement contre cette forme de tuberculose. De plus, le Groupe spécial aidera à mobiliser des équipes capables de répondre aux demandes d’assistance technique des pays et qui puissent être déployées rapidement dans les zones à risque de tuberculose à bacilles ultrarésistants.

Le Groupe spécial mondial, réuni les 9 et 10 octobre à Genève, est parvenu à ces conclusions et a formulé par ailleurs une série de recommandations. La réunion avait été convoquée d’urgence pour examiner les dernières données disponibles sur l’impact de la tuberculose à bacilles ultrarésistants, notamment lorsqu’elle est associée au VIH.

Prenant la parole devant le Groupe spécial, le Directeur général par intérim de l’OMS, le Dr Anders Nordström, a déclaré que l’Organisation était « absolument déterminée » à soutenir les efforts des pays pour lutter contre la tuberculose sous toutes ses formes.

« Il est indispensable de prendre des mesures d’urgence pour lutter contre la tuberculose à bacilles ultrarésistants, notamment dans les zones à forte prévalence du VIH » a déclaré le Dr Nordström. « Mais nous ne devons pas perdre de vue non plus la nécessité d’apporter des améliorations durables à la lutte antituberculeuse et de développer les capacités de réaction nécessaires au sein des services de santé. »

Alors que les pays ont été appelés à renforcer la lutte antituberculeuse – moyen clé de prévenir la résistance aux antituberculeux – un consensus s’est dégagé sur la définition du cas de tuberculose à bacilles ultrarésistants (voir ci après). Dans les milieux à forte prévalence du VIH, il est également admis que la lutte contre la tuberculose-UR ne sera pas possible sans une étroite coordination des programmes et des interventions dirigés contre la tuberculose et contre le VIH.

Le Groupe spécial a par ailleurs formulé des recommandations spécifiques sur les méthodes de surveillance de la tuberculose pharmaco-résistante et sur les moyens de laboratoire ; la mise en oeuvre de mesures de lutte contre l’infection pour protéger les patients, les agents de santé et les visiteurs (en particulier s’ils sont infectés par le VIH) ; l’accès des pays aux médicaments antituberculeux de deuxième intention et aux antirétroviraux ; les stratégies de communication et de mise en commun de l’information relatives à la prévention, à la lutte et au traitement, y compris l’administration simultanée d’antirétroviraux ; et la recherche et le développement de nouveaux médicaments antituberculeux, vaccins et tests diagnostiques.

L’OMS et les membres du Groupe spécial vont maintenant coordonner l’action des partenaires nationaux et internationaux s’occupant de tuberculose et de VIH (prévention, soins et traitement) de façon à faire appliquer les recommandations. Ils élaboreront par ailleurs un plan définissant les ressources nécessaires pour mettre en oeuvre ces recommandations et l’ensemble des interventions d’urgence.

La tuberculose pharmaco-résistante apparaît comme une menace croissante pour la lutte antituberculeuse d'autant plus qu'une étude de l’OMS et des Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis d’Amérique, publiée au début de l’année, a fait état pour la première fois de cas de tuberculose à bacilles ultrarésistants aux traitements actuels. La tuberculose-UR a été détectée dans toutes les régions du monde mais l’on estime qu’elle reste relativement rare.

Le mois dernier, l’inquiétude suscitée par l’émergence de la tuberculose-UR a encore été accrue par des rapports et des études en provenance de la province du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, faisant état d’un taux de mortalité élevé chez des personnes VIH-positives et atteintes de tuberculose à bacilles ultrarésistants. Des mises en garde ont donc été formulées, précisant que la tuberculose à bacilles ultrarésistants pouvait compromettre gravement les progrès considérables accomplis dans les pays en matière de lutte antituberculeuse et l’extension du traitement et de la prévention du VIH en vue de l’instauration de l’accès universel.

L’Afrique du Sud a été parmi les premiers pays à solliciter une aide pour renforcer son action d’urgence contre la tuberculose-UR et les problèmes supplémentaires posés par le VIH. Le Département sud-africain de la Santé doit accueillir les 17 et 18 octobre une réunion sur la tuberculose à bacilles ultrarésistants, à laquelle partiperont l’OMS et des représentants des autres pays d’Afrique australe touchés.

Groupe spécial mondial de l’OMS sur la tuberculose à bacilles ultrarésistants, octobre 2006 - Résultats et recommandations

Prévention de la tuberculose-UR par le renforcement de la lutte contre la tuberculose et le VIH
Pour prévenir l’apparition et la propagation de la tuberculose pharmaco-résistante, le Groupe spécial a souligné qu’il fallait en priorité renforcer la lutte antituberculeuse dans les pays, comme indiqué dans la nouvelle stratégie Halte à la tuberculose et le plan mondial Halte à la Tuberculose 2006-2015. Cela devrait se faire en coordination avec l’instauration progressive de l’accès universel au traitement et aux soins pour le VIH. L’OMS et les membres du Groupe spécial aideront à mobiliser des équipes d’experts qui pourront être déployées sur le terrain à la demande des pays pour aider à renforcer la lutte antituberculeuse et, si nécessaire, la lutte contre le VIH.

Des recommandations particulières ont été également formulées concernant :

Prise en charge des cas suspectés de tuberculose-UR dans les milieux à forte et faible prévalence du VIH :
accélérer l’accès à des tests rapides de résistance à la rifampicine, améliorer le dépistage des cas chez tous les patients suspectés de tuberculose multirésistante (tuberculose-MR) de façon à ce qu’ils puissent recevoir un traitement aussi efficace que possible. Un diagnostic rapide peut permettre de sauver des vies chez les personnes VIH-positives.

Gestion des programmes de lutte contre la tuberculose-UR et conception du traitement chez les personnes VIH-négatives et VIH-positives :
  • respecter les lignes directrices OMS pour la gestion programmatique de la tuberculose pharmaco-résistante ;
  • améliorer les conditions de prise en charge de la tuberculose multirésistante ;
  • favoriser l’accès à tous les médicaments de deuxième intention pour la tuberculose-MR dans de bonnes conditions ;
  • faire en sorte que la tuberculose soit convenablement prise en charge chez tous les patients également infectés par le VIH et que ceux-ci soient placés sous antirétroviraux.

Définition de la tuberculose à bacilles ultrarésistants en laboratoire :
la tuberculose à bacilles multirésistants est définie comme une résistance à au moins deux médicaments antituberculeux de première intention, la rifampicine et l’isoniazide (ce qui est la définition de la tuberculose multirésistante), à laquelle s’ajoute une résistance à une fluoroquinolone et à au moins un des trois antituberculeux injectables de deuxième intention utilisés dans le traitement de la tuberculose (capréomycine, kanamicine et amikacine).

Lutte et protection contre l’infection des agents de santé, l’accent étant mis sur les milieux à forte prévalence du VIH :
accélérer une large mise en oeuvre des mesures recommandées de lutte contre l’infection en milieu médicalisé et autres zones à risque afin de réduire la transmission de la tuberculose pharmaco-résistante, notamment parmi les personnes VIH-positives.

Activités et besoins immédiats en matière de surveillance de la tuberculose-UR :
renforcer les moyens de laboratoire en matière de diagnostic, gestion et étude de la résistance aux médicaments ; entamer des enquêtes rapides sur la tuberculose pharmaco-résistante de façon à déterminer l’ampleur de l’épidémie de tuberculose-UR et son association avec le VIH.

Sensibilisation, communication et mobilisation sociale :

  • mettre en place des stratégies de mise en commun de l’information qui favorisent une prévention, un traitement et une lutte efficaces concernant la tuberculose à bacilles ultrarésistants aux niveaux national et mondial, ainsi que dans les milieux à forte prévalence du VIH ;
  • renforcer la communication avec les communautés et les personnes touchées ;
  • élaborer un budget à part entière doté des ressources et des fonds requis pour lutter contre la tuberculose à bacilles ultrarésistants, y compris en apportant les améliorations nécessaires aux activités générales de lutte contre la tuberculose et le VIH dans l’immédiat et à moyen terme ;
  • entamer la mobilisation de ressources.

On prévoit également d’organiser prochainement une réunion ciblée sur la recherche et le développement concernant la tuberculose, visant notamment à encourager la mise au point de nouveaux médicaments, vaccins et produits diagnostiques nécessaires d’urgence. Une réunion sur les traitements antirétroviraux et la tuberculose-UR est également prévue.

Pour de plus amples informations, contacter :

Glenn Thomas
Département Halte à la Tuberculose
OMS Genève
Tél. portable +41 79 509 0677
Courriel: thomasg@who.int

Iqbal Nandra
Département VIH/SIDA
OMS Genève
Tél. portable +41 79 509 0622
Courriel: nandrai@who.int

Partager