La crise des effectifs est un obstacle majeur au succes du traitement antituberculeux
Le cas de la tuberculose fait ressortir la pénurie globale de personnels de santé dans les pays les plus pauvres
Geneve, 10 octobre 2003 - Le manque de plus en plus grave d’effectifs est un obstacle sérieux à la réalisation des objectifs de la lutte mondiale contre la tuberculose fixés pour 2005 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il ressort d’un projet de rapport établi par des experts de la tuberculose que des méthodes plus rapides et plus efficaces de recrutement et de formation d’agents de santé s’imposent pour pourvoir au plus vite les postes vacants dans les pays en développement.
Salaires insuffisants, conditions de travail médiocres, milieu professionnel insalubre et souvent peu sûr, maladies liées au VIH/SIDA parmi le personnel sont autant de facteurs qui, selon le rapport, retardent la progression vers le but du dépistage de 70 % des cas et de la guérison de 85 % des cas dépistés. En outre, l’incapacité de fidéliser les agents qualifiés accentue la crise, beaucoup préférant quitter le secteur de la santé ou le service public où les perspectives de carrière sont peu encourageantes.
Lors d’une conférence qui a eu lieu cette semaine aux Pays-Bas, les professionnels de la lutte contre la tuberculose ont rendu hommage au Dr Annalena Tonelli qui a été abattue en Somalie dimanche dernier. Sa mort vient rappeler la situation souvent dangereuse dans laquelle se trouvent les agents de santé qui luttent contre la tuberculose et d’autres maladies en temps de conflit.
Le Dr Tonelli, âgée de 60 ans, dirigeait un centre de santé pour les réfugiés en Somalie et avait participé à l’élaboration de programmes DOTS pour la lutte antituberculeuse en Afrique, continuant à soigner les malades tant qu’ils n’avaient pas terminé leur traitement. La stratégie DOTS évite les abandons de traitement et ralentit la progression de la tuberculose multirésistante, mais elle suppose de la persévérance à la fois de la part du malade et d’un personnel qualifié.
Le Directeur général de l’OMS, le Dr LEE Jong-wook a évoqué le dévouement du Dr Tonelli à la cause humanitaire. « Il s’agissait là d’une personne hors du commun vouée corps et âme à des malades qui sans elle n’auraient bénéficié d’aucun traitement. Sa mort vient nous rappeler les dangers auxquels sont exposés tous ceux qui risquent leur vie au service de la santé d’autrui. »
Lors de la conférence organisée par l’organisme caritatif néerlandais KNVC, les délégués ont fait le point de la stratégie DOTS et des résultats obtenus par rapport aux cibles fixées par l’OMS pour la tuberculose en 2005. Selon les derniers chiffres, le taux de guérison se rapproche régulièrement de l’objectif de 85 %, mais le taux de dépistage, qui est de 32 %, reste faible. Une extension rapide du traitement DOTS dans le monde entier est maintenant nécessaire pour atteindre les cibles.
Le groupe de travail du partenariat Halte à la tuberculose chargé de l’extension de la stratégie DOTS a défini les problèmes fondamentaux à résoudre.
Comme l’a indiqué le Dr Mario Raviglione, Directeur du Département Halte à la tuberculose de l’OMS, « Nous assistons à une véritable crise des effectifs dans la lutte contre la tuberculose. Une des solutions serait de supprimer les obstacles administratifs qui retardent la nomination de nouveaux agents, surtout quand arrivent de nouveaux fonds importants. Mais le problème auquel nous sommes confrontés dans le cas de la tuberculose est trop vaste. D’autres programmes de santé prioritaires seront confrontés aux mêmes difficultés. »
Sur les 22 pays les plus touchés par la tuberculose, où se produisent 80% des cas dans le monde, 17 ont indiqué que leurs efforts en vue d’atteindre les cibles de 2005 sont entravés par des problèmes d’effectifs.
Ainsi, le Dr Leopold Blanc, Coordonnateur de l’OMS pour le Département Halte à la tuberculose, a souligné que la croissance économique d’un pays suppose une population active en bonne santé. Cette population active a elle-même besoin d’un personnel de santé très motivé et qualifié.
« Nous devons offrir des conditions de travail meilleures et attrayantes aux personnels affectés à la lutte contre la tuberculose pour les inciter à ne pas partir travailler ailleurs. L’un des moyens de fidéliser le personnel est d’améliorer les perspectives de carrière et d’appuyer les programmes de formation existants. »
Les autres mesures jugées indispensables pour atteindre les cibles de 2005 sont notamment les suivantes :
- Intensifier l’action de sensibilisation auprès des donateurs et des pays les plus touchés en les rendant attentifs aux moyens mis à disposition par le partenariat Halte à la tuberculose comme le dispositif mondial d’approvisionnement en médicaments et le Comité Feu vert.
- Renforcer l’engagement politique en accordant une meilleure place à la lutte contre la tuberculose dans les programmes de développement et de réduction de la pauvreté.
- Renforcer les soins de santé primaires en tissant des liens plus étroits entre le partenariat, les responsables nationaux de programmes de lutte antituberculeuse et les responsables de l’élaboration des politiques de santé.
- Mieux faire face à la situation d’urgence due au VIH en accélérant la fourniture d’antirétroviraux aux malades de la tuberculose VIH-positifs dans le cadre de la nouvelle initiative prise en vue de mettre trois millions de malades sous antirétroviraux d’ici la fin de 2005.
- Mobiliser les communautés et le secteur privé en associant des acteurs de la scène mondiale, régionale et nationale à l’action menée.
- Assurer la mise en place d’un nouveau cadre pour la recherche d’instruments qui offrent des possibilités correspondant aux besoins de la lutte contre la tuberculose.
Agents de santé – Le dévouement malgré les risques
Tous les jours, des milliers de volontaires et d’agents de santé sauvent des vies en délivrant des antituberculeux selon la stratégie DOTS. Dans certains cas, les dangers sont particulièrement apparents.
Comme l’indique Solange Cavalcante du Département de la Santé de Rio de Janeiro, qui fournit le traitement DOTS à 90 000 résidents du district de Rocinha, « Les conditions de sécurité se détériorent et la criminalité devient plus dangereuse. Les règlements de compte se multiplient et le trafic de drogues augmente. Cela est une véritable barrière pour le programme DOTS. En cas de combat entre des gangs pendant une semaine, il est impossible de vérifier que les malades reçoivent et prennent leurs médicaments. »
Dans le cadre d’un projet pilote, on a formé et recruté 40 agents de santé communautaires vivant dans le district de Rocinha.
« C’était un défi, mais nous avons su le relever. Rio compte 6 millions d’habitants et l’incidence de la tuberculose est forte. Si nous arrivons à appliquer un tel programme ici, nous pouvons l’appliquer n’importe où. »