Centre des médias

Plus de 600 millions de personnes ont besoin d'un traitement antipaludique efficace pour éviter des taux de mortalité inacceptables

Chaque jour, plus de 600 millions de personnes, dont la plupart sont des enfants vivant en Afrique subsaharienne, risquent de mourir du paludisme, les nouveaux traitements efficaces n’étant pas disponibles là où elles habitent. Dans la plupart des endroits, les médicaments existants, meilleur marché, qui ont été utilisés pendant de nombreuses années ne sont plus efficaces, les plasmodies étant devenues résistantes.

« Un million d’enfants au moins meurent chaque année du paludisme en Afrique, tandis que plusieurs millions d’autres tombent gravement malades. Dans bien des endroits, on leur donne encore des médicaments dont l’efficacité est très faible et va décroissant », a indiqué le Dr LEE Jong-wook, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Il existe un meilleur traitement et il est urgent de le dispenser à ceux qui en ont le plus besoin. »

Les associations médicamenteuses comportant de l’artémisinine (ACT) offrent pour la première fois depuis plus de 20 ans une nouvelle possibilité de traiter très efficacement le paludisme. Mais malgré certains progrès, ce nouveau traitement ne s’est pas généralisé aussi rapidement qu’il l’aurait fallu.

Depuis avril 2001, l’OMS recommande vivement aux pays où l’on enregistre une résistance contre les traitements conventionnels de passer aux ACT. Toutefois, à environ US $2 la dose pour adulte, les ACT coûtent 10 à 20 fois plus cher que les anciennes monothérapies du type chloroquine. Pour la plupart des pays d’Afrique, un financement extérieur sera nécessaire.

En 2002, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a commencé à débloquer des fonds importants pour les pays qui en avaient besoin. Depuis, six pays d’Afrique ont commencé à utiliser les ACT : l’Afrique du Sud, le Burundi, le Mozambique, le Sénégal, la Zambie et Zanzibar.

Au cours des 12 derniers mois, neuf pays supplémentaires ont adopté les ACT dans leurs politiques de traitement antipaludique : le Bénin, le Cameroun, les Comores, le Gabon, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Kenya, Sao Tomé-et-Principe et la République-Unie de Tanzanie. D’autres devraient suivre cette année. Sur les autres continents, 14 pays d’endémie du paludisme ont adopté une politique semblable.

Tout au long de ce processus, l’OMS a fourni des conseils et un appui technique aux ministères de la santé concernant tous les aspects liés au changement de la politique nationale de traitement (notamment la surveillance de l’efficacité thérapeutique des médicaments) et à sa mise en oeuvre.

« Nous continuerons à plaider vigoureusement en faveur de l’extension rapide du traitement par les ACT », a indiqué le Dr Jack Chow, Sous-Directeur général de l’OMS, VIH/SIDA, Tuberculose et Paludisme. « Certains pays hésitent encore à adopter les politiques de traitement par les ACT parce qu’elles sont beaucoup plus coûteuses que les traitements conventionnels. Ils ne sont pas sûrs de la durabilité de l’appui des donateurs s’ils passent à des schémas thérapeutiques plus coûteux. Cependant, l’évolution dont nous avons été témoins au cours des 12 derniers mois est remarquable par sa rapidité et par le nombre de pays qui ont modifié leurs politiques. »

L’OMS estime que la demande mondiale d’ACT, qui est actuellement d’environ 20 millions de traitements pour adultes par an, va s’envoler pour atteindre des chiffres compris entre 130 et 220 millions de traitements pour adultes en 2005. Dans les années à venir et au prix actuel, il faudra environ US $1 milliard par an pour fournir des ACT aux 60 % de la population qui en ont besoin. La plus grosse partie de cette somme devra venir des pays donateurs et des institutions de financement telles que le Fonds mondial.

Avec les partenaires de l’initiative Faire reculer le paludisme (RBM), l’OMS s’emploie à abaisser les prix de ces médicaments pour réduire le coût de la mise à disposition d’ACT de qualité aux populations défavorisées. « Si la coopération public-privé peut jouer un rôle important, nous avons appris qu’il ne fallait pas attendre que les prix baissent », a indiqué le Dr Fatoumata Nafo-Traoré, Directeur du Département Faire reculer le paludisme de l’OMS. « L’accroissement de la demande constitue le principal facteur de la baisse des prix. »

L’appel renouvelé de l’OMS en faveur d’un passage plus rapide aux ACT survient au moment où le monde célèbre la Journée africaine du paludisme. « Les enfants ensemble pour faire reculer le paludisme » est le thème de cette année. En effet, les enfants de moins de cinq ans sont les principales victimes de cette maladie. Ils ont le droit d’être protégés, mais en réalité ils n’ont pas accès à un traitement efficace parce que leurs parents sont pauvres.

Un accès élargi à des médicaments efficaces, conjugué à une meilleure utilisation des techniques permettant d’éviter la transmission du paludisme, permettrait d’atteindre beaucoup plus rapidement les objectifs de RBM, établis par les dirigeants africains en 2000. Dans le domaine de la prévention, l’OMS constate également des progrès technologiques importants depuis 1998, malgré un financement insuffisant. Selon le Rapport sur le paludisme en Afrique 2003, environ 15 % des enfants africains dorment sous des moustiquaires et 2 % sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide, dont on sait qu’elles sont très efficaces. Si ces taux sont loin d’être satisfaisants, l’adoption des moustiquaires dans toute l’Afrique est le signe d’un changement profond, même s’il n’est que naissant, des comportements et des mentalités. Leur utilisation était inconnue de la plupart des populations rurales africaines jusqu’à la fin des années 90.

« Il s’agit là d’une amélioration importante », commente le Dr Nafo-Traoré. « Toutefois, nous sommes encore loin d’atteindre nos objectifs en matière de réduction, parce que la lutte contre le paludisme a terriblement pâti du manque de fonds. » La situation s’est considérablement améliorée depuis la création du Fonds mondial, mais pas suffisamment. En attendant que la plupart des gens aient les moyens de s’offrir leur propre moustiquaire et de payer leur traitement, un financement public non négligeable continuera à être nécessaire. »

1Il y a quatre ans, 44 chefs d’Etat et de Gouvernements des 50 pays d’Afrique touchés par le paludisme se sont réunis à Abuja, au Nigéria, pour fixer des objectifs ambitieux afin de réduire le poids du paludisme d’ici la fin 2005. Ils se sont engagés à faire en sorte qu’au moins 60 % des sujets atteints de paludisme aient un meilleur accès à des traitements appropriés et d’un prix abordable. Dans le domaine de la prévention, ils ont convenu qu’il fallait protéger par des moustiquaires imprégnées d’insecticide et d’autres mesures de prévention communautaires au moins 60 % des sujets à risque, et qu’il fallait qu’au moins 60 % des femmes enceintes aient accès à un traitement préventif intermittent.

Sujets connexes


Partager

Pour plus d'informations:

Melanie Zipperer
Téléphone: (+41 22) 791 1344
Tél. portable: (+41) 79 477 1722
Courriel: zippererm@who.int