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Un rapport historique qui pourrait influencer l'avenir des médicaments en Europe et dans le monde

D'après un rapport de l'OMS, on peut combler les lacunes de la recherche et de l'innovation pharmaceutiques

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) publie aujourd'hui un rapport historique qui indique comment la recherche et l'innovation pharmaceutiques pourraient permettre de mieux répondre aux besoins sanitaires et de mieux faire face aux maladies émergentes en Europe et dans le monde.

Publié sous le titre Priority Medicines for Europe and the World et commandé par le gouvernement néerlandais, qui assume actuellement la présidence de l'Union européenne (UE), ce rapport dresse une liste de médicaments prioritaires en Europe et dans le reste du monde en tenant compte du vieillissement de la population européenne, de la progression des maladies non transmissibles dans les pays en développement et des maladies qui persistent malgré l'existence de traitements efficaces. Il cerne les insuffisances de la recherche et de l'innovation concernant ces médicaments et recommande des mesures d'incitation et des solutions pour combler les lacunes.

C'est actuellement la loi du marché qui sert de moteur à la recherche-développement pharmaceutique, le principal mécanisme de financement étant le brevetage et la protection des prix. Résultat : les besoins sanitaires ne sont pas tous satisfaits.

Le rapport recense les maladies pour lesquelles il n'existe aucun traitement, les traitements sont inadaptés ou ne sont pas mis à la disposition des malades. Les menaces pour la santé publique comme la résistance aux antibactériens ou les pandémies de grippe, contre lesquelles les traitements et les moyens de prévention actuels seront vraisemblablement sans effet, réclament elles aussi des mesures immédiates.

"Ce rapport met en évidence les lacunes et les solutions possibles. Il vient à point nommé pour un continent où la population vieillit et est confrontée à des problèmes de santé de plus en plus nombreux, et dans un monde où les menaces anciennes et nouvelles ne connaissent plus de frontières", commente le Dr LEE Jong-wook, Directeur général de l'OMS, qui s'est rendu cette semaine au Mexique pour le Sommet ministériel sur la recherche en santé.

Les auteurs du rapport indiquent par ailleurs comment les médicaments efficaces pourraient être mieux distribués aux malades. Les médicaments en associations fixes (plusieurs principes actifs dans un seul comprimé) méritent d'après eux une plus grande place dans la recherche-développement. Enfin, ils s'intéressent à plusieurs groupes en particulier comme les enfants, les femmes et les personnes âgées, qui ont souvent été négligés dans le développement des sciences et de la médecine.

Le rapport répertorie 17 maladies prioritaires :

  • Futures menaces pour la santé publique : infections découlant de la résistance aux antibactériens, pandémies de grippe ;
  • Maladies nécessitant de meilleures formes galéniques : maladies cardiovasculaires (prévention secondaire), diabète, hémorragie du post-partum, infection à VIH/SIDA chez l'enfant, dépression chez les personnes âgées et les adolescents ;
  • Maladies pour lesquelles il n'existe pas de marqueurs biologiques : maladie d'Alzheimer, arthrose ;
  • Maladies nécessitant des travaux de recherche fondamentale et appliquée : cancer, accident vasculaire cérébral ;
  • Maladies ou domaines négligés : tuberculose, paludisme et autres maladies infectieuses tropicales telles que la trypanosomiase, la leishmaniose et l'ulcère de Buruli, vaccin anti-VIH ;
  • Maladies dont la prévention est particulièrement efficace : pneumopathie chronique obstructive, y compris le sevrage tabagique, troubles liés à la consommation d'alcool (maladies alcooliques du foie et dépendance à l'alcool).

D'après le rapport, l'Europe, forte de son expérience en matière de services sociaux et de systèmes universels de protection sociale, peut et devrait jouer un rôle directeur dans le domaine de la santé publique à l'échelle mondiale. Dans beaucoup de pays en développement, les classes défavorisées souffrent de plus en plus de maladies chroniques courantes en Europe telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, les maladies liées au tabagisme et les troubles mentaux comme la dépression. Les dix pays qui ont rejoint l'UE en 2004 connaissent en outre d'autres problèmes de santé publique.

Pour un certain nombre de maladies qui touchent la population de tous les pays membres de l'UE (la maladie d'Alzheimer et plusieurs cancers par exemple), il n'existe pas encore de traitement médicamenteux sûr et efficace. Certaines maladies (par exemple le cancer du sein) offrent d'importants marchés potentiels et la recherche pharmaceutique est a priori intense pour certaines classes thérapeutiques. Pour d'autres catégories de médicaments, il y a peu de malades (par exemple la mucoviscidose) ou l'industrie pharmaceutique axée sur le marché n'investit pas dans la recherche-développement (par exemple de nouveaux médicaments antituberculeux).

Solutions novatrices

Selon le rapport, les efforts visant à accélérer le processus de mise au point des médicaments sans compromettre la sécurité des patients contribueraient beaucoup à promouvoir l’innovation pharmaceutique. Ainsi, l’UE pourrait mettre sur pied et appuyer un large programme de recherche permettant à l’Agence européenne pour l’évaluation des médicaments, aux autorités de réglementation nationales, aux chercheurs, à l’industrie et au grand public de procéder à un examen critique des prescriptions réglementaires dans le cadre du processus de mise au point des médicaments en ce qui concerne la pertinence, les coûts et la valeur prédictive.

Les autorités sanitaires sont responsables des décisions concernant le remboursement des médicaments qui visent à garantir un traitement sûr et efficace à tous les patients, tout en conciliant cet impératif avec les restrictions budgétaires. Les autorités chargées de la santé et du remboursement et les fabricants devraient arrêter ensemble des principes généraux applicables à l'évaluation des futurs médicaments. Ainsi par exemple, la Commission européenne et les autorités nationales devraient appuyer un programme de recherche sur les différents moyens de récompenser les fabricants de produits performants et d'établir un lien entre les prix et le niveau du revenu national. Les auteurs du rapport estiment que ces mesures contribueront à encourager l’industrie à consentir des investissements en faveur de la découverte de médicaments novateurs répondant aux besoins prioritaires en matière de soins de santé.

Ils soutiennent que lorsque le marché est bien établi et qu’on est confronté à un problème de compréhension de la biologie fondamentale d’une pathologie, il faut privilégier l'investissement en faveur de la recherche fondamentale et d'une politique facilitant l’innovation dans l’industrie pharmaceutique. Lorsque la biologie est bien comprise mais que le marché n’est pas bien établi, il faudra préférer une solution fondée sur l’appui apporté par le secteur public pour combler le fossé entre recherche fondamentale et recherche clinique, éventuellement par des partenariats entre le secteur public et le secteur privé et par d’autres initiatives non lucratives de mise au point des produits. Lorsque la biologie n’est pas bien comprise et que le marché n’est pas bien établi, on pourra appuyer la recherche biologique et créer des incitations pour l’industrie pharmaceutique en réduisant les obstacles à l’innovation et en améliorant la rémunération.

Le rapport précise que d’importants fossés en matière pharmaceutique ont pu être comblés dans le passé. Par exemple, jusqu’en 1975 le principal traitement de l’ulcère gastrique - une pathologie courante - était chirurgical. Après une longue période de recherche ciblée sur les mécanismes biologiques sous-jacents, on a pu découvrir des traitements médicaux efficaces. Ces percées associées à la découverte du rôle joué dans la plupart des cas par une bactérie et à la possibilité de la combattre par des antibiotiques ont rendu l’intervention chirurgicale inutile.

Les recommandations contenues dans le rapport pourraient avoir un effet significatif sur l’innovation et la politique en matière de recherche, avec l’appui des dirigeants européens. Le rapport sera examiné à une réunion de haut niveau à La Haye le 18 novembre 2004.

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