La réalisation des objectifs du Millénaire pour le Développement passe par le renforcement des systèmes de santé
22 Août 2005 | Genève - De nouveaux progrès sur la voie de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ne pourront être accomplis que si les systèmes de santé sont renforcés, estime l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un rapport récent. Si des investissements ne sont pas faits d’urgence en faveur des systèmes de santé, les progrès actuellement accomplis ne suffiront pas pour réaliser la plupart des objectifs.
Le rapport, La santé et les objectifs du Millénaire pour le développement, présente des données sur les progrès de la réalisation des objectifs et des cibles liés à la santé et, au-delà des chiffres, analyse les raisons de la lenteur des améliorations dans le domaine de la santé et propose des solutions. L’un des principaux obstacles incriminés est la faiblesse des systèmes de santé, par ailleurs inéquitables, et notamment la crise qui touche les personnels de santé et le besoin urgent de sources de financement durables pour la santé.
Faute d’un développement plus rapide des systèmes de santé, des maladies pour la plupart évitables continueront de faire d’innombrables victimes. Les décès évitables chaque année dans les pays en développement incluent près de 11 millions d’enfants de moins de cinq ans, environ un million de personnes qui succombent au paludisme et plus de 500 000 femmes qui décèdent au cours de la grossesse ou en couches. La pandémie de VIH/SIDA tue trois millions de personnes par an.
« Le renforcement des systèmes de santé nécessite des améliorations dans tous les domaines publics – gestion des finances publiques, planification des ressources humaines, routes et infrastructures, et de nombreux autres domaines, » a déclaré le Dr LEE Jong-wook, Directeur général de l’OMS. « Pour réussir, nous ne devons pas nous limiter au secteur de la santé et nous devons mener une action intégrée. Là est la clef de notre réussite. »
Malgré une certaine réduction de la pauvreté dans le monde, il ressort du nouveau rapport de l’OMS que si les tendances établies dans les années 90 se maintiennent, la majorité des pays en développement ne réaliseront pas les OMD liés à la santé. La réalisation des autres objectifs en sera affectée d’autant. A moins de dix ans de la date cible de 2015, aucune des régions les plus démunies dans les pays en développement n’est en passe d’atteindre la cible de la réduction de la mortalité des enfants. Quant à la mortalité maternelle, seuls les pays où les taux de mortalité sont déjà inférieurs ont enregistré une baisse. L’arrêt de la propagation du VIH/SIDA et le recul de l’incidence du paludisme et des autres maladies transmissibles restent des objectifs extrêmement difficiles à atteindre en Afrique subsaharienne. Si la cible de l’eau propre peut être atteinte au niveau mondial, ce ne sera pas le cas en Afrique subsaharienne.
« L’accès universel à des services de santé généraux pourrait sauver plusieurs millions d’enfants chaque année, » a dit le Dr LEE. « Les tendances négatives seraient ainsi inversées et nous pourrions faire les deux tiers du chemin sur la voie de la réalisation de l’objectif de la réduction de la mortalité des enfants, et progresser de 70 à 80 % sur la voie de l’objectif de la réduction de la mortalité maternelle. »
« Nous disposons des traitements ; la technologie est connue et d’un coût abordable, » a estimé le Dr LEE. « La difficulté, dans de nombreux pays, est de fournir à temps et en quantité suffisante le personnel, les médicaments, les vaccins et les informations à ceux qui en ont besoin. Dans trop de pays, les systèmes de santé censés faire cela n’existent pas ou menacent de s’effondrer. »
Les systèmes de santé, estime l’OMS, doivent disposer d’un financement durable. Il faut au minimum US$ 30-40 par habitant et par an pour assurer des services de santé de base, mais de nombreux pays pauvres investissent beaucoup moins, en moyenne US$ 10 par habitant et, dans certains pays, pas plus de US$ 2. Les OMD liés à la santé ne pourront être réalisés sans une augmentation considérable des investissements et de l’engagement des pays en développement et des pays donateurs. La réalisation de tous les OMD, selon les estimations récentes du Projet du Millénaire, coûtera US$ 135 milliards d’aide publique au développement, chiffre qui atteindra US$ 195 milliards d’ici à 2015.
« Un engagement politique mondial en faveur du financement à long terme des OMD est fondamental, » a estimé le Dr Andrew Cassels, Directeur, OMD, Santé et politique de développement, à l’OMS. « Nous devons tout mettre en œuvre pour mobiliser des ressources, y compris en allégeant la dette. Nous avons besoin de ressources prévisibles et inscrites dans la durée afin de permettre aux pays de dresser des plans à long terme. Et la santé doit être un élément central de cette action. »
Outre des investissements urgents, les systèmes de santé ont besoin que les pays en développement s’engagent à plus de transparence et à inscrire la santé au nombre des priorités des plans nationaux et des plans de réduction de la pauvreté, et que les donateurs s’engagent à mieux coordonner l’aide fournie. Un exemple de manque de coordination cité dans le rapport concerne le Vietnam, qui a reçu 400 visites de donateurs en un an. Le manque de coordination fragilise encore plus les systèmes de santé déjà fragiles. Afin de remédier à ce problème dans le domaine des statistiques sanitaires, tout un ensemble de partenaires se sont regroupés au sein du réseau de métrologie sanitaire, partenariat mondial qui se propose de fournir des données sanitaires en plus grand nombre et de meilleure qualité pour faciliter la transparence.
Dans de nombreux pays, notamment en Afrique, la pénurie de personnel est l’une des difficultés centrales des systèmes de santé. « L’émigration, les décès dus au SIDA et, surtout, la faible rémunération et les conditions difficiles sont à l’origine de la crise des ressources humaines, » a déclaré le Dr Ties Boerma, Directeur, Systèmes de mesure et d’information sanitaire à l'OMS. « Les Africains vivent pour 90% dans des zones qui comptent moins de cinq médecins pour 10 000 habitants. »
Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé en 2005, les Etats Membres de l’OMS ont lancé un nouvel appel aux donateurs pour que le niveau de l’aide publique au développement soit porté à 0,7% du PNB ; les pays en développement ont en même temps été invités à accorder un rang prioritaire à la santé dans leurs budgets nationaux et les pays d’Afrique à tenir la promesse qu’ils ont faite dans ce sens à Abuja en 2001.
- Le fardeau croissant des maladies non transmissibles dans les pays en développement,
- qui crée une « double charge » de morbidité ; La « transition nutritionnelle », à savoir l’adoption par les pays en développement
- de mauvaises habitudes alimentaires courantes dans les pays plus nantis, et les conséquences sanitaires qui s’ensuivent ; L’instauration nécessaire de l’accès universel aux services de santé génésique et sexuelle,
- comme il en a été convenu au Caire lors de la Conférence internationale sur la population et le développement ; et
- Les effets de la mondialisation sur la propagation des maladies et la migration des personnels de santé.
Le rapport sur La santé et les objectifs du Millénaire pour le développement recense aussi les défis à venir pour la santé dans les pays en développement. Pour que la santé contribue effectivement à la réduction de la pauvreté, des mesures doivent être prises concernant :
La réalisation des objectifs et des cibles liés à la santé est un élément essentiel des OMD, adoptés par 189 dirigeants mondiaux dans la Déclaration du Millénaire au sommet de 2000. Les chefs d’Etat et de gouvernement se réuniront de nouveau à New York du 14 au 16 septembre au sommet mondial de 2005 pour faire le point sur les engagements pris dans la Déclaration du Millénaire.
Trois objectifs sur huit ont trait à la santé, de même que huit des 18 cibles et 18 des 48 indicateurs. L’OMS, en collaboration avec d’autres organisations, a fourni des statistiques concernant 17 des 18 indicateurs de santé.