Suite à une réunion de l'OMS à Jakarta, l'Indonésie reprend la fourniture de ses échantillons de virus H5N1 de la grippe aviaire
28 mars 2007 | Jakarta - L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) se félicite de l'annonce faite par le Ministre de la Santé de l'Indonésie qui a indiqué aujourd'hui, au cours d'une conférence de presse commune, que l'Indonésie allait reprendre « immédiatement » la fourniture d'échantillons de virus H5N1 de la grippe aviaire. Cet engagement des autorités indonésiennes intervient après une réunion de deux jours, organisée par l'OMS à Jakarta, du 26 au 27 mars 2007.
Le Ministre de la Santé indonésien, Siti Fadilah Supari, a attiré l'attention du monde sur le fait que les pays en développement ont fourni des virus H5N1 aux centres collaborateurs de l'OMS pour les analyses et la préparation de la production de vaccins, mais que ceux-ci, produits par des laboratoires commerciaux, ne seront probablement pas disponibles dans les pays en développement comme l'Indonésie. Elle estime que ce système est « injuste ».
Dans le même temps, le fait que les virus ne parviennent pas aux centres collaborateurs de l'OMS constitue une menace pour la sécurité sanitaire mondiale et remet en question l'évaluation continue du risque grippal par ces centres.
Les centres collaborateurs de l'OMS exécutent un certain nombre d'activités essentielles de santé publique relatives à la grippe : déterminer si le virus à acquis des gènes des virus de la grippe humaine ou s'il y a eu d'autres modifications importantes ; identifier les souches vaccinales potentielles ; tester les virus pour savoir s'ils restent sensibles à la classe d'antiviraux recommandés ; suivre l'évolution des virus et leur propagation géographique ; actualiser les tests de diagnostics car le virus H5N1, à l'instar de tous les virus grippaux, est en constante mutation.
L'OMS apprécie l'attention que le Ministère a suscitée sur ce problème et a exprimé son souci de répondre aux besoins des pays en développement. Afin d'étudier ces problèmes et de préserver la disponibilité des souches pour l'évaluation du risque, l'OMS a organisé à Jakarta les 26 et 27 mars une réunion intitulée : « Réunion technique de haut niveau sur des pratiques responsables pour la mise à disposition des virus de la grippe aviaire et des avantages qui en découlent ».
Des représentants de la vingtaine de pays ayant eu des flambées épidémiques de grippe H5N1 chez l'homme ou l'animal, d'éminents scientifiques, parmi lesquels des directeurs des centres collaborateurs de l'OMS, des bailleurs de fonds potentiels, dont des représentants de la Banque de développement asiatique et de la Fondation Gates, ont fait partie des experts réunis à Jakarta.
« Nous avons trouvé un équilibre entre la nécessité de continuer à disposer des virus grippaux pour évaluer les risques et développer un vaccin et le besoin de veiller à ce que les pays en développement bénéficient de cette action sans compromettre la sécurité sanitaire mondiale », a déclaré le Dr David Heymann, Sous-Directeur général de l'OMS pour les Maladies transmissibles.
À la fin de la réunion, le Ministre de la Santé indonésien a passé en revue les recommandations et conclu que les virus indonésiens pouvaient de nouveau être mis à la disposition de l'OMS. Les participants sont parvenus plus précisément aux conclusions suivantes :
- Les centres collaborateurs de l'OMS poursuivront l'évaluation du risque sur les échantillons de virus H5N1.
- Les centres continueront de transformer les virus pour en faire des souches de semence en vue de la production de vaccins.
- Le processus sera décrit dans une version révisée du mandat des laboratoires de l'OMS.
Le mandat décrira également, d'une manière à déterminer, d'autres utilisations agréées des virus, parmi lesquelles les procédures standardisées pour mettre les souches à la disposition des fabricants de vaccins (pratique ayant cours depuis 50 ans).
La réunion a approuvé les activités de l'OMS pour accroître l'accès à un vaccin sûr et efficace contre la grippe pandémique, notamment les efforts pour mobiliser l'aide financière requise en vue de constituer des réserves de vaccins et pour mettre au point des principes directeurs sur la distribution équitable et adaptée de ces réserves dans les pays où une pandémie survient.
Les activités de l'OMS pour renforcer les capacités nationales dans le domaine des laboratoires et pour désigner des laboratoires régionaux OMS de référence sur la grippe H5, afin d'intensifier la surveillance mondiale de la grippe par l'Organisation, ont été fortement approuvées.
Enfin, la réunion a souscrit aux efforts de l'OMS pour établir des liens entre les fabricants de vaccins dans les pays développés et ceux en développement, afin d'accélérer les transferts de technologie concernant la production des vaccins antigrippaux.
Transcription de la conférence de presse d'aujourd'hui
Les textes qui suivent sont une transcription partielle des interventions du Dr Heyman à la conférence de presse organisée aujourd'hui à Jakarta, au cours de laquelle le Ministre de la Santé indonésien a annoncé la reprise de la fourniture des virus.
Dr Heyman : Les détails seront précisés dans le cadre d'un mandat qui décrira exactement ce qu'un centre collaborateur peut faire avec les virus obtenus par la surveillance. Il s'agira d'un document standardisé, rédigé par l'OMS en tenant compte, bien évidemment, des suggestions des Etats-Membres. Nous pensons que ce document permettra à l'OMS de recevoir les virus pour évaluer le risque, mettre au point des tests de diagnostic non commerciaux et caractériser les virus, en plus de préparer des souches de semence pour la production vaccinale. Celles-ci seront ensuite fournies aux laboratoires pharmaceutiques pour mettre au point le vaccin et le mécanisme sera défini dans le mandat des centres collaborateurs de l'OMS.
Comment le vaccin sera-t-il mis à la disposition des pays par les fabricants ?
Dr Heyman : C'est un aspect que les pays devront négocier. L'OMS ne s'implique pas dans les négociations financières, qu'il s'agisse de la vente ou de l'achat du vaccin. Ces négociations seront bilatérales entre les pays et les fabricants. Si les pays le demande, nous apporterons notre aide mais celle-ci ne sera pas systématique.
Autres observations du Dr Heyman
L'OMS a établi des meilleures pratiques pour la fourniture des souches virales pour le vaccin contre la grippe saisonnière, qui ne se vend que dans les pays développés et dans quelques pays en développement. La question des vaccins anti-H5N1 est totalement différente. Nous allons modifier ces meilleures pratiques pour garantir leur transparence vis-à-vis des pays en développement, qui fournissent les échantillons et qui ont demandé de bénéficier également des retombées de leur contribution. L'OMS va mettre au point un mandat pour garantir ce point et, dans le même temps, le Directeur général de l'Organisation s'est engagé à travailler avec les directeurs généraux des laboratoires pharmaceutiques et les donateurs pour constituer une réserve de vaccins destinés aux pays en développement au cas où ils en auraient besoin. Mais nous n'en sommes encore qu'aux premiers stades de l'étude de faisabilité.
L'autre grande tâche de l'OMS consiste à assurer la sécurité du monde si une pandémie devait se produire.
Je pense que l'Indonésie a soulevé une question très importante, qui va élargir le dialogue et accroître l'accès à la vaccination. Nous remercions le Ministre de nous avoir montré la voie à suivre, en compagnie des 18 pays en développement qui sont représentés ici à Jakarta et dont la plupart fournissent des virus. Nos relations avec le Ministre de la Santé ont été positives tout au long des quatre mois où nous avons étudié la question de la fourniture des virus, depuis le tout début de nos discussions en novembre.
Nous allons maintenant finaliser les meilleures pratiques de l'OMS pour la fourniture des virus et nous les présenterons à l'Assemblée mondiale de la Santé, au cours de laquelle tous les pays en débattront.
Si les pays le souhaitent, il est tout à fait de leur ressort de négocier les vaccins avec les laboratoires. Les pays industrialisés ont régulièrement ce type de négociations et les pays en développement peuvent certainement en faire autant.
Le Ministre a indiqué que l'Indonésie allait mettre immédiatement les virus à la disposition de l'OMS. Nous sommes prêts à les recevoir dès que les autorités indonésiennes commenceront à les envoyer. Nous traiterons ces échantillons de la manière qui a été convenue entre nous, jusqu'à ce que le mandat ait été établi, c'est-à-dire que nous mettrons au point des virus de semence pour la production de vaccins et que nous les mettrons à la disposition des fabricants après avoir consulté le Ministre de la Santé.
L'OMS recherche la sécurité sanitaire mondiale. La souche virale indonésienne pourrait s'avérer un jour très importante. Si nous trouvons que ces souches sont importantes, nous collaborerons avec les autorités pour les introduire dans la production de vaccins d'une manière transparente, parce que notre mission nous impose de veiller à préserver la santé publique dans le monde entier.
Tous les autres délégués présents à la réunion ont accepté de continuer, comme par le passé, à fournir les virus.
Pour de plus amples informations:
Dick Thompson
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Gregrory Hartl
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