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Publication du premier rapport mondial sur la violence et la santé

Le nouveau rapport de l’OMS brosse un tableau plus complet du problème de la violence dans le monde

Le Rapport mondial sur la violence et la santé est le premier rapport complet du genre à envisager la violence comme un problème de santé publique mondial. La violence fait chaque année plus de 1,6 million de morts. Outre les décès dus à la violence, des millions de personnes subissent des traumatismes et sont confrontées à des problèmes physiques et à des problèmes de santé sexuelle, génésique et mentale selon le premier Rapport mondial sur la violence et la santé, publié aujourd’hui par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Pour les experts de la santé publique, ces statistiques ne constituent que la pointe visible de l’iceberg, la majorité des actes de violence étant commis loin des regards, sans jamais être notifiés à quiconque. L’objet du rapport est justement de les faire sortir de l’ombre.

Les décès et les incapacités font de la violence l’un des principaux problèmes de santé publique de notre époque. La violence figure parmi les principales causes de décès dans le groupe des 15-44 ans, étant à l’origine de 14 % des décès chez les hommes et de 7 % chez les femmes. Au cours d’une journée moyenne, 1424 personnes sont victimes d’un homicide, ce qui fait presque un mort par minute. Une personne se suicide toutes les 40 secondes environ et les conflits armés font quelque 35 morts par heure. Au XXe siècle, on estime que les conflits ont provoqué directement ou indirectement la mort de 191 millions de personnes, dont bien plus de la moitié étaient des civils. Des études ont montré que, dans certains pays, les dépenses de santé dues à la violence représentent jusqu’à 5 % du PIB.

Comme l’a souligné aujourd’hui le Directeur général de l’OMS, le Dr Gro Harlem Brundtland, « Ce rapport nous interpelle à biens des égards. Il nous force à aller au-delà de notre conception de ce qui est acceptable et confortable, pour remettre en question l’idée selon laquelle les actes de violence sont simplement des questions qui relèvent de la vie privée, du choix individuel ou d’aspects inévitables de la vie quotidienne. Or la violence est un problème complexe, lié à des formes de pensée et de comportement façonnées par une multiplicité de forces à l’intérieur de nos familles et de nos communautés, des forces qui peuvent transcender aussi les frontières nationales. »

Le Rapport mondial sur la violence et la santé est le premier rapport complet sur ce phénomène au niveau mondial. Il met l’accent non seulement sur l’ampleur du problème, mais couvre aussi des questions liées aux causes de la violence et aux méthodes de prévention et d’atténuation de ses répercussions sanitaires et sociales. Outre les questions bien connues de la violence collective comme la guerre ou les conflits, des formes tout aussi importantes mais souvent négligées sont abordées comme la violence des jeunes, la maltraitance des enfants et des personnes âgées, la violence entre partenaires, la violence sexuelle et la violence contre soi-même ou le suicide.

Les données sur la violence des jeunes montrent que les taux d’homicide chez les jeunes ont augmenté dans de nombreuses parties du monde. Pour chaque jeune tué à la suite d’un acte de violence, on estime que 20 à 40 autres sont blessés et ont besoin de soins. La recherche montre que les disputes et l’intimidation physique sont monnaie courante chez les jeunes, et que l’alcool est un des facteurs qui précipitent la violence. En ce qui concerne la maltraitance de l’enfant, les données de certains pays semblent indiquer qu’environ 20 % des femmes et 5 à 10 % des hommes ont été victimes de sévices sexuels pendant l’enfance.

Le rapport indique que les femmes sont souvent exposées aux risques les plus importants à domicile et dans des lieux qu’elles connaissent bien. Près de la moitié des femmes victimes d’un homicide sont tuées par leur mari ou leur compagnon ou par un ancien partenaire - dans certains pays, la proportion peut même atteindre 70 %. S’il est difficile de donner des chiffres exacts en raison de la notification fragmentaire, les données disponibles semblent indiquer que près d’une femme sur quatre sera victime d’un acte de violence sexuelle de la part de son partenaire pendant sa vie. La plupart des victimes d’une agression physique subissent des actes de violence à répétition pendant une période prolongée. Dans un tiers à la moitié des cas, les brutalités sont accompagnées de sévices sexuels. Dans certains pays, jusqu’à un tiers des adolescentes font état d’une initiation sexuelle sous la contrainte.

Le rapport souligne aussi que la maltraitance des personnes âgées constitue l’un des aspects les plus cachés de la violence, un phénomène qui risque de s’aggraver vu le vieillissement rapide de la population dans de nombreux pays. Jusqu’à 6 % des personnes âgées disent avoir été maltraitées. En ce qui concerne le suicide ou la violence contre soi-même, le phénomène est reconnu comme une des principales causes de décès dans le monde. Dans le groupe des 15-44 ans, le suicide est la quatrième cause de décès et la sixième cause d’incapacité et de morbidité.

Si les chiffres ont de quoi faire réfléchir, les experts relèvent que la situation n’est pas désespérée, loin de là. Comme le souligne le Dr Etienne Krug, Directeur, Département de la Prévention des traumatismes et de la violence, « La violence n’a rien d’inéluctable et elle ne fait pas davantage partie intégrante de la condition humaine. Les données qui nous viennent du monde entier font penser que la violence peut être évitée par différentes mesures axées sur l’individu, la famille et la communauté ». Pour compléter l’approche de la violence fondée sur le maintien de l’ordre, le rapport veut promouvoir, du point de vue de la santé publique, une compréhension de la réalité sociale, psychologique, économique et communautaire complexe qui la sous-tend. Si les résultats des récents travaux de recherche indiquent que les facteurs biologiques et individuels peuvent expliquer en partie la prédisposition à l’agression, on assiste le plus souvent à une interaction de ces facteurs avec des facteurs familiaux, communautaires, culturels et d’autres facteurs externes, qui aboutit à une situation propice à la violence. En comprenant mieux ces situations et ces causes, il est possible d’intervenir avant que l’acte de violence ne soit commis et de donner aux responsables politiques un éventail d’options concrètes permettant d’éviter la violence.

Parmi les recommandations à but préventif contenues dans le rapport figurent des actions préventives primaires comme les programmes préscolaires et de développement social destinés aux enfants et adolescents, les programmes de formation et de soutien des parents, et des mesures visant à réduire les traumatismes provoqués par les armes à feu et à améliorer la sécurité des armes à feu. Parmi les autres recommandations, on peut mentionner le renforcement des mesures en faveur des victimes de la violence, la promotion du respect des traités internationaux et de la loi, et l’amélioration de la collecte de données sur la violence.

On trouvera des informations concernant le rapport sur le site www.who.int/violence_injury_prevention. Pour commander un exemplaire du rapport, s’adresser à : bookorders@who.int.

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Courriel: sminkeyl@who.int