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La santé dans le monde menacée par la faiblesse des investissements dans la vaccination

La vaccination sauve 3 millions de vies chaque année mais pourrait en sauver 3 millions de plus

– Le Rapport Vaccins et vaccination, la situation mondiale, publié aujourd’hui prévient que, si des mesures stratégiques ne sont pas prises d’urgence pour combler les lacunes en matière de financement, de recherche et de couverture mondiale de la vaccination, le monde verra la réapparition de vieilles maladies et l’émergence de nouvelles infections. La parution officielle du rapport aura lieu à Dakar, lors de la deuxième réunion des partenaires de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination.

Produit conjointement par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’UNICEF et la Banque mondiale, ce document met en lumière les progrès remarquables de la vaccination au cours des dernières décennies et attire l’attention sur les défis à relever à l’avenir.

Il rappelle que, bien que les vaccins aient sauvé des milliards de vie au cours du vingtième siècle et restent le moyen le moins cher de lutter contre la propagation des maladies infectieuses, les populations qui en ont le plus besoin sont aussi celles qui n’y ont pas accès.

Comme l’affirme Carol Bellamy, Directeur exécutif de l’UNICEF et Présidente de l’Alliance : « la vaccination fait partie des interventions de santé publique les plus efficaces et les moins coûteuses. De nos jours, aucun enfant ne devrait plus mourir d’une maladie évitable par la vaccination. Il nous faut investir davantage, et plus rationnellement, pour améliorer la couverture, stimuler la recherche et veiller à ce que les vaccins soient accessibles partout sur la planète. »

Actuellement, les vaccins essentiels couvrent près de trois quarts des enfants dans le monde, mais il existe de grandes variations entre le Nord et le Sud, ainsi que dans les régions elles-mêmes. Dans les pays développés, on administre désormais aux enfants de nouveaux vaccins plus onéreux pour les protéger des grandes maladies de l’enfance, dont l’hépatite et l’infection à Haemophilus influenzae. Mais en Afrique subsaharienne, la moitié des enfants seulement sont couverts par les vaccinations de base contre les maladies courantes que sont la tuberculose, la rougeole, le tétanos ou la coqueluche, par exemple. Dans les régions pauvres et isolées des pays en développement, moins d’un enfant sur vingt est vacciné.

Comme le rappelle le docteur Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS : « Nous avons tendance dans les pays riches à tenir pour acquise la disparition de certaines maladies. Mais, dans de nombreuses régions du monde, il est habituel, et non pas exceptionnel, que des enfants meurent de maladies courantes comme la rougeole qui, à elle seule, est responsable de 700 000 décès par an. Nous devons agir rapidement et efficacement pour garantir partout, aux enfants comme aux adultes, l’accès aux vaccins indispensables. A l’échelle de la planète, c’est le seul moyen d’éviter de grandes épidémies d’anciennes et de nouvelles maladies. »

Le rapport évoque la faiblesse des investissements des donateurs comme l’une des principales raisons de la couverture insuffisante. L’aide extérieure apportée aux pays en développement pour la vaccination se monte actuellement à environ US $1,56 milliard par an. Avec 250 millions supplémentaires chaque année, on pourrait administrer les vaccins de base à au moins dix millions d’enfants de plus. Si on ajoutait encore 100 millions, on pourrait assumer le coût de nouveaux vaccins, comme ceux contre l’hépatite B ou Haemophilus influenzae b (Hib). On estime que, chaque année, l’hépatite B est à l’origine de 520 000 décès et que le Hib provoque la mort de 450 000 enfants dans les pays en développement.

La faiblesse des investissements dans la vaccination par les pays en développement eux-mêmes est un autre facteur expliquant l'insuffisance de la couverture vaccinale. Par exemple, les pays à faible revenu ne dépensent pas plus de 6 dollars des Etats-Unis par habitant et par an pour la santé, vaccination comprise. La couverture ne pourra pas se développer dans ces pays sans améliorer les services de santé, les infrastructures, la prestation des soins et les capacités de gestion.

Selon le rapport, l’inégalité d’accès aux nouveaux vaccins s’est aggravée au cours des vingt dernières années et la plupart des pays à faible revenu n’ont pas les moyens de se procurer les nouveaux vaccins indispensables contre l’hépatite B, le Hib, la fièvre jaune ou la rubéole.

La pénétration insuffisante des vaccins dans les pays en développement a elle-même des répercussions sur la recherche. La faiblesse du marché n’incite guère en effet les laboratoires à investir dans le développement de vaccins contre des maladies affectant principalement les populations pauvres. Cela concerne des maladies comme les dysenteries à Shigella, la dengue, l’encéphalite japonaise, la leishmaniose, la schistosomiase et le choléra.

La situation du marché dans les pays en développement a également des conséquences pour l’adaptation des vaccins aux souches locales en ce qui concerne les maladies répandues dans le monde entier. Par exemple, alors qu’on entrevoit désormais la possibilité de fabriquer un vaccin relativement efficace contre le VIH/SIDA dans les dix prochaines années, un seul essai clinique a été conduit en Afrique, le continent qui concentre 70 % de la charge mondiale du VIH. Or, un vaccin efficace contre le VIH en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie, pourrait ne pas convenir à la population africaine.

Le rapport souligne le besoin urgent d’un vaccin antipaludique et d’un nouveau vaccin contre la tuberculose. De nos jours, le paludisme tue chaque année environ un million de personnes, en majorité des enfants africains. Fait encore plus grave, la plupart des médicaments courants et les plus accessibles sont devenus inefficaces avec le développement des résistances dans les populations.

La tuberculose, un ancien fléau que l’on croyait maîtrisé, réapparaît de nos jours, sous l’impulsion du nombre croissant de cas de co-infections avec le VIH (notamment en Afrique) et de la résistance grandissante aux médicaments antituberculeux. Entre 1997 et 2000, on a observé une augmentation de 9 % du nombre des cas de tuberculose. En 2000, 1,7 million de personnes sont mortes de cette maladie. Sur les 8 millions de nouveaux cas survenant chaque année, 130 000 se produisent dans les pays industrialisés. Nous avons besoin d’un vaccin plus efficace car celui dont nous disposons, le BCG, n’immunise au mieux que jusqu’à l’adolescence et en aucun cas pour la vie entière.

« Alors que les initiatives pour lutter contre les maladies meurtrières abondent, c’est l’argent qui manque, reconnaît le docteur Daniel Tarantola, Directeur à l’OMS de Vaccins et produits biologiques. La campagne mondiale pour l’accès aux médicaments et aux vaccins doit s’appuyer sur une volonté politique et des engagements financiers si nous voulons aller au-delà des mots et apporter un réel changement au niveau des populations. »

En conclusion, le rapport propose des solutions et des stratégies simples pour combler les lacunes :

  • Faire des efforts pour garantir une juste rétribution aux investissements dans la recherche, le développement et la production de vaccins et permettre ainsi l’existence d’une industrie mondiale des vaccins sur des bases solides et saines.
  • Renforcer la qualité de la fabrication dans les pays en développement producteurs et améliorer les contrôles réglementaires nationaux.
  • Améliorer les compétences et les infrastructures dans les pays pour mieux prévoir et planifier les besoins en vaccins sur le long terme, optimiser l’impact des vaccinations et réduire les gaspillages.
  • Mettre en place des dispositifs de financements créatifs et durables pour renforcer la sécurité vaccinale – la fourniture ininterrompue et durable de vaccins abordables dans les pays en développement.
  • Plaider pour un accès plus équitable aux vaccins prioritaires, nouveaux et anciens, au bénéfice des enfants et des adolescents qui en ont le plus besoin.
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