Centre des médias

La recherche génomique peut sauver des millions de vies dans les pays en développement

L'OMS publie un rapport en faveur de la médecine génétique pour tous

Dans un rapport récent sur les effets de la génomique, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que les avancées majeures de la recherche génétique pourraient améliorer dans les années à venir la lutte contre des maladies meurtrières telles que le paludisme, la tuberculose et le VIH/SIDA, et sauver des millions de vies, principalement dans les pays en développement.

Le rapport de l'OMS, Genomics and World Health, qui couvre un large éventail de thèmes, de l'utilisation des tests génétiques pour choisir le sexe des enfants à la nécessité de faire en sorte que les pays pauvres bénéficient eux aussi des progrès médicaux futurs, est une importante contribution au débat sur l'éthique et la recherche génomique.

Le rapport appuie vigoureusement la recommandation de la Commission Macroéconomie et santé visant à créer un Fond mondial pour la recherche en santé, nouvelle organisation centrale de recherche et développement dotée initialement de US$ 1,5 milliard, dont l'aide aux pays sera accordée sur la base d'un examen des demandes par les pairs. Pour les auteurs du rapport, US$ 1,5 milliard supplémentaire devrait être mis à la disposition des établissements qui s'emploient à trouver de nouveaux vaccins et médicaments contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme.

"La recherche génomique, si elle est bien menée, peut tout changer pour les soins de santé," estime le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS. "Elle peut notamment permettre aux pays en développement de brûler les étapes du développement médical et de fournir à leurs citoyens des soins sensiblement améliorés et des méthodes modernes à très brève échéance."

Une équipe de 14 médecins, chercheurs dans le domaine médical et spécialistes de l'éthique de renommée international venant de pays industrialisés et de pays en développement, coordonnée par le Dr Tikki Pang, Directeur, Politique et coopération en matière de recherche, a rédigé en 12 mois le rapport Genomics and World Health (241 pages).

Le rapport a été publié au nom du Comité consultatif de l'OMS sur la recherche en santé (CCRS), principal organe scientifique consultatif de l'Organisation. Fondé sur un vaste processus consultatif, le rapport décrit en détail les progrès les plus récents de la recherche génomique, explique comment cela pourrait faire avancer la lutte contre de nombreuses maladies, y compris celles qui sont pandémiques dans les pays pauvres, met en garde contre les risques pouvant être associés à cette recherche et formule des recommandations sur la façon de faire bénéficier les pays en développement des fruits de cette recherche.

"C'est là le premier rapport qui place la recherche génomique dans une perspective mondiale," dit Sir David Weatherall, principal auteur du rapport, qui enseigne à l'Institut Weatherall de médecine moléculaire de l'Université d'Oxford et est un précurseur dans la recherche en génétique moléculaire, hématologie, anatomie pathologique et médecine clinique. "Le rapport illustre comment la communauté mondiale pourrait utiliser la génétique pour venir à bout de maladies infectieuses telles que le paludisme, la tuberculose et le VIH/SIDA qui font encore tant de victimes dans les pays en développement, puis des maladies qui paralysent les systèmes de soins de santé dans tous les pays, comme les cardiopathies, le diabète et le cancer."

Ces dernières années, les scientifiques ont réalisé le séquençage du génome humain complet, qui compte de 28 000 à 40 000 gènes - segments d'ADN porteurs des informations requises pour chaque fonction biologique chez toute créature vivante. Les chercheurs ont aussi entrepris la cartographie des génomes de pathogènes importants, vecteurs de maladies et plantes.

Cette recherche nécessite la création et l'utilisation sur une grande échelle de bases de données supposant un niveau élevé d'automatisation, et par conséquent d'importants investissements en capitaux. C'est ce qui a essentiellement limité la recherche aux pays industriels, le Brésil, la Chine, l'Inde et Cuba constituant néanmoins des exceptions notables. Les résultats obtenus devraient permettre à d'autres chercheurs d'élaborer des techniques préventives et thérapeutiques d'une grande précision pour une large gamme d'affections.

"Les pays en développement risquent de ne pas bénéficier des bienfaits de la recherche génomique, de même qu'ils étaient restés à l'écart de la révolution informatique des années 80 et 90," ont déclaré le Professeur Dan Brock de l'Université Brown et un autre auteur du rapport. "La génomique et les technologies apparentées devraient servir à réduire les inégalités existantes au plan de la santé dans le monde, qui sont contraires à l'éthique. Le rapport est un premier pas important vers la réalisation de ce but".

"Tout le rapport est axé sur l'idée que cette nouvelle technologie ne nous permettra pas de modifier instantanément la pratique médicale," indique le Dr Weatherall. "A long terme, cependant, les possibilités sont telles que les pays en développement, comme les pays industrialisés, doivent se préparer dans la perspective de cette nouvelle technologie et en étudier attentivement tout le potentiel."

La recherche génétique en cours contribuera à améliorer les soins de santé dans les pays en développement, certains projets donnant déjà des résultats. Parmi les recherches citées dans le rapport figurent les suivantes:

Création d'un moustique sur mesure ne pouvant héberger le parasite du paludisme, l'un des agents les plus meurtriers dans les pays en développement.

Mise au point rapide d'une classe de médicaments antipaludiques potentiellement efficaces contre des parasites polychimiorésistants tout en restant peu coûteux et stables. La création de ces médicaments découle à la fois du séquençage de l'ADN du parasite du paludisme, de la bioinformatique (l'informatique au service du stockage, de l'analyse et de l'interprétation des données biologiques) et du traitement de très grandes quantités de données (recherche de données génomiques comparatives).

Elaboration, grâce à la recherche génétique, de deux nouveaux types de vaccins contre la tuberculose, en progression dans les pays en développement et les pays industrialisés. Les essais cliniques de l'un de ces vaccins ont commencé.

L'utilisation des techniques de l'amplification génique - technique de base de la recherche génétique - a déjà permis d'améliorer le diagnostic de la leishmaniose et de la dengue, toutes deux pandémiques dans certains pays d'Amérique latine.

Mise au point d'un vaccin contre la méningite B à l'Institut Carlos J. Finlay à Cuba, attestant le potentiel des pays en développement dans le domaine des biotechnologies.

Début à Nairobi, au Kenya, et à Oxford, au Royaume-Uni, des essais cliniques d'un vaccin expérimental contre le SIDA produit par génie génétique, conçu spécifiquement pour l'Afrique.

Utilisation de la technologie génétique pour produire des vaccins pouvant être incorporés dans des pommes de terre ou d'autres légumes et des fruits contre l'hépatite B, le choléra, la rougeole et le papilloma virus humain (associé au cancer du col, commun chez les femmes en Afrique subsaharienne), ce qui permet d'inclure les vaccins dans les aliments consommés au cours d'un repas.

Des chercheurs indiens du Centre international de génie génétique et de biotechnologie de New Delhi, en collaboration avec l'Initiative des vaccins contre le paludisme, ont récemment mis au point un vaccin expérimental contre Plasmodium vivax, type principal du paludisme en Inde.

En permettant de reconnaître les populations qui seront sensibles aux traitements, la pharmacogénétique pourrait sauver des vies et de précieuses ressources des soins de santé dans les pays en développement; certains médicaments anti-VIH en Afrique occidentale en sont déjà la preuve.

"Ce rapport de l'OMS montre clairement que si la plupart des incitations à produire de nouveaux médicaments et vaccins séduisent les marchés des pays industrialisés, il nous incombe à tous d'aider à faire en sorte que le potentiel énorme que représente l'application de la connaissance du génome bénéficie également aux populations les plus démunies," estime le Professeur Barry R. Bloom, Doyen de l'Ecole de santé publique de l'Université de Harvard et membre du Comité qui a rédigé le rapport .

Le rôle que doit jouer l'éthique dans la recherche génétique et la médecine génétique est examiné pour la première fois dans ce rapport.

Le rapport avertit des dangers associés à l'élaboration prévue de bases de données génétiques à grande échelle et des questions d'éthique nouvelles. Il décrit la controverse que suscite l'opportunité de créer des bases de données de ce type et les nombreuses ambiguïtés concernant l'accès à ces bases de données et leur surveillance. On s'inquiète surtout des dommages potentiels pour les personnes, les groupes et les communautés.

Un autre problème d'éthique est lié aux décisions que les familles peuvent prendre en raison des résultats de recherches génétiques. "Ce problème tient à l'idée que, voulant aider des familles ou des personnes atteintes d'une maladie génétique, nous risquons d'accroître le nombre de gènes délétères dans le génome humain," indique le rapport. "En empêchant les parents porteurs du même anomalie génétique de procréer, et ainsi d'avoir des enfants également atteints, on peut fausser le mécanisme de l'évolution, et la réduction naturelle de la fréquence des gènes délétères dans une population."

Partager

Pour plus d'informations:

WHO Media centre
Téléphone: +41 22 791 2222
Courriel: mediainquiries@who.int