Centre des médias

95% d'efficacité pour le nouveau traitement contre la leishmaniose viscérale

L’Inde homologue le premier médicament par voie orale contre la leishmaniose viscérale, une maladie mortelle de la pauvreté.

Les chercheurs ont développé un nouveau médicament pour les 500 000 personnes atteintes chaque année de leishmaniose viscérale, également appelée « kala-azar » ou « maladie noire ». Cette molécule, la miltéfosine (Impavido®), pourrait sauver la plupart des 60 000 malades qui en meurent tous les ans. Elle sera vraisemblablement moins chère et plus facile à administrer que tous les traitements actuels. Elle a guéri 95 % des patients traités au cours des essais cliniques.

La miltéfosine est le premier médicament par voie orale contre la leishmaniose. Il est passé du laboratoire à l’homologation en six ans (alors qu’il faut deux fois plus de temps pour la plupart des médicaments), grâce à la collaboration entre les autorités indiennes, le fabricant, le laboratoire biopharmaceutique allemand Zentaris, et le TDR, programme de recherche sur les maladies tropicales parrainé par la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement et l'Organisation mondiale de la Santé. La miltéfosine est désormais homologuée en Inde, où l’on observe 50 % de la charge mondiale de la leishmaniose viscérale. Les autorités indiennes espèrent avec ce médicament pouvoir atteindre leur objectif d’éliminer cette maladie d’ici 2010.

La leishmaniose est l’une des maladies orphelines auxquelles l’OMS portent un intérêt particulier. Il s’agit de maladies qui affectent les populations les plus démunies dans le monde. Près de 80 % des victimes de la leishmaniose, par exemple, gagnent moins de 2 dollars US par jour. Pourtant, ces pathologies n’attirent que relativement peu de financements et ne retiennent pas beaucoup l’attention du grand public.

« C’est un progrès fantastique, estime le docteur Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS. Nous disposons désormais d’un moyen puissant de lutte contre cette terrible maladie. Les efforts conjugués des partenaires ont ouvert la voie à une nouvelle ère dans la lutte contre la leishmaniose viscérale. C’est ainsi que nous pourrons libérer les pauvres d’un de leurs fléaux. »

La leishmaniose est une parasitose qui se transmet par la morsure du phlébotome, petit insecte silencieux. On la retrouve dans 88 pays. Si les 350 millions de personnes qui y habitent sont les plus exposées, le risque menace également ceux qui se rendent dans ces zones : adeptes du tourisme aventurier, missionnaires, spécialistes du développement, soldats.

Les régions d’endémie de la leishmaniose ont connu une extension importante depuis 1993. Les déplacements massifs de populations renforcent l’épidémie. Les migrations importantes des campagnes vers les banlieues des grandes villes au Brésil, par exemple, y ont déclenché de grandes flambées épidémiques. Au Soudan, une épidémie a tué 100 000 personnes dans une région comptant moins d’un million d’habitants. Plus récemment, les co-infections avec le VIH sont devenues plus fréquentes. Les interactions des deux maladies aggravent chacune d’elles en accélérant l’apparition du SIDA et en raccourcissant l’espérance de vie des personnes infectées par le VIH.

Cette parasitose prend principalement quatre formes, la plus mortelle d’entre elles étant la leishmaniose viscérale visée par le nouveau traitement. Elle attaque le foie et la rate en provoquant des accès irréguliers de fièvre et une perte de poids importante. Dans les pays en développement, où les patients ont souvent une nutrition insuffisante et un système immunitaire déficient, elle entraîne systématiquement la mort en l’absence de traitement.

On observe 90 % des cas dans cinq pays : l’Inde, pays le plus touché, le Bangladesh, le Brésil, le Népal et le Soudan.

Jusqu’à maintenant, tous les traitements avaient de gros inconvénients. Certains étaient toxiques et pouvaient entraîner des séquelles irréversibles, comme le diabète. En Inde, on compte jusqu’à 60 % de cas de résistance aux médicaments de première intention. Les autres médicaments déclenchent des réactions secondaires dangereuses entraînant la mort d’environ 9 % des patients traités. Certains traitements imposaient des injections, d’autres une administration intraveineuse pendant 15 à 30 jours à l’hôpital. Tous étaient si onéreux que la plupart des malades n’avaient pas les moyens de se faire soigner.

Mais la miltéfosine vient bouleverser la donne. Elle est le fruit de la collaboration entre le laboratoire allemand Zentaris et le programme de recherche sur les maladies tropicales, parrainé par la Banque mondiale, le PNUD et l’OMS. Le laboratoire, à l’origine une partie de ASTA Medica, avait développé ce principe actif pour lutter contre le cancer du sein, mais un chercheur, parrainé par le TDR, et affecté à la tâche de cribler les nouvelles molécules, découvrit alors qu’il avait un effet sur les leishmanies, tandis que les chercheurs allemands démontraient son action par voie orale. Avec l’aide financière et administrative du TDR, ainsi que la coopération officielle des autorités indiennes, les essais cliniques, suivant les meilleures pratiques de la réglementation internationale, ont été lancés sous l’égide de Zentaris. Le principe actif s’est avéré très efficace, sûr et il a été homologué par les autorités indiennes en mars de cette année. Son prix n’a pas encore été fixé, mais il sera sans doute bien moins cher que les traitements actuels.

Il n’existe pas de médicaments sans effets secondaires et la miltéfosine n’échappe pas à la règle. Toutefois ils sont moins graves que ceux des traitements actuels. On peut observer des vomissements, mais pas immédiatement après l’absorption. Ces troubles sont en général modérés et ne durent que quelques jours. A cause du risque potentiel pour le fœtus, il faut faire attention lors de l’administration à des femmes en âge de procréer. Certaines données portant sur l’animal de laboratoire évoquent la possibilité d’un effet sur la santé génésique de l’homme. Jusqu’à présent, les études cliniques ont établi qu’il ne s’agissait pas là d’un véritable problème, mais ce point sera contrôlé, avec d’autres propriétés du médicament, lors des essais en phase IV qui commenceront en Inde en juillet. Ces études seront conçues pour évaluer avant tout les performances du médicament en situation réelle et son impact potentiel à long terme dans la lutte contre la leishmaniose.

Les chercheurs espèrent voir apparaître à l’avenir de meilleures méthodes de diagnostic de la leishmaniose viscérale, ne nécessitant pas de coûteux matériels de laboratoire. Bien souvent en pays tropical, on confond aisément la forte fièvre occasionnée par la leishmaniose avec le paludisme. Un test facile d’emploi, applicable près du domicile du patient, faciliterait grandement la lutte contre la leishmaniose viscérale. Les essais de kits diagnostics, parrainés par le TDR, sont en cours en Ethiopie, au Kenya et au Soudan.

Adresse Internet : www.who.int/tdr

Partager

Pour plus d'informations:

Mr Dick Thompson
Téléphone: +41 22 791 2684
Tél. portable: +41 79 475 5475
Courriel: thompsond@who.int