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nonoxynol-9 : inefficace pour la prévention de l’infection à VIH

Les spermicides à base de nonoxyl-9 n’offrent aucune protection contre l’infection à VIH et pourraient même augmenter le risque pour les femmes qui les utilisent fréquemment, selon un rapport publié par l’OMS aujourd’hui. Ce document conseille même aux femmes très exposées à ce risque de ne pas les utiliser pour la contraception.

Le rapport donne les recommandations faites par les experts lors de la réunion organisée par le département OMS Santé et recherche génésiques et le Programme CONRAD* dont le siège se trouve à l’Eastern Virginia Medical School. Les spécialistes ont également conclu que ces spermicides n’offrent pas davantage de protection contre deux autres infections sexuellement transmissibles courantes : la gonorrhée cervicale et la chlamydiose.

On trouve aujourd’hui le nonoxynol-9 dans la plupart des spermicides sur le marché et il a été utilisé depuis cinquante ans dans toute une gamme de produits, gels, crèmes, mousses, ovules, etc., utilisés seuls ou associés à d’autres moyens de contraception comme le diaphragme. Si l’on a espéré que ces produits pouvaient réduire le risque d’infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH, ils ont servi avant tout de moyens de contraception. Selon les estimations, le nombre de femmes utilisant des spermicides varie d’un pays à l’autre : moins de 1 % en Asie et près de 17 % dans certains pays d’Amérique latine.

« Il est clair que le nonoxynol-9 n’empêche pas l’infection par le VIH et pourrait même contribuer à sa transmission en cas d’utilisation fréquente. Il faut d’urgence mettre au point pour les femmes un agent microbicide capable de diminuer substantiellement la transmission des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH », a déclaré le docteur Tomris Türmen, Directeur exécutif à l’OMS de Santé familiale et communautaire.

Dans les années 70 et 80, des tests en laboratoire ont montré que le nonoxynol-9 inactivait les agents responsables de la gonorrhée, des chlamydioses et d’autres infections sexuellement transmissibles, dont le VIH. Ces découvertes ont alimenté l’espoir de pouvoir utiliser ce produit non seulement comme spermicide mais aussi comme microbicide. Hélas, les essais cliniques réalisés à ce jour n’ont pas répondu à cette attente.

Deux études citées dans le rapport font au contraire état d’une augmentation du risque de transmission des infections sexuellement transmissibles, VIH compris, chez les femmes utilisant le nonoxynol-9. L’une des explications possibles, ressortant des résultats d’autres études, serait que ce principe actif pourrait provoquer des lésions de l’épithélium vaginal et faciliter ainsi l’invasion des organismes infectieux.

La fréquence de ces lésions épithéliales semble varier avec l’intensité de l’utilisation du produit : de 18 % chez les femmes l’appliquant une fois tous les deux jours à 53 % pour celles qui s’en servent quatre fois par jour, d’après une étude. Selon les conclusions des experts, il faut conseiller aux femmes ayant plusieurs rapports sexuels dans la même journée d’adopter d’autres méthodes de contraception. Ils ajoutent néanmoins que pour celles qui n’utilisent pas fréquemment les spermicides et qui ne sont pas exposées à un risque élevé de transmission du VIH, les produits contenant de faibles doses de nonoxynol-9 sont « probablement sûrs ».

Le docteur Henry Gabelnick, Directeur du CONRAD, donne une précision importante : « le fait que le nonoxynol-9 n’offre aucune protection contre le VIH ou d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) ne doit pas faire conclure à l’impossibilité de mettre au point des microbicides mais, au contraire, inciter à accélérer les recherches pour trouver des produits sûrs et efficaces. »

Les chercheurs travaillent sur une soixantaine de molécules prometteuses, dont 11 sont parvenues au stade de l’essai clinique. Le manque de fonds ralentit cependant les progrès. Le marché potentiel est important : on estime à 340 millions le nombre annuel des cas d’infections guérissables des voies génitales, mais la plupart d’entre elles surviennent dans des pays en développement manquant de ressources.

En ce qui concerne la contraception, le rapport conclut que le nonoxynol-9, s’il est utilisé seul, n’a qu’une efficacité modérée dans la prévention de la grossesse mais il a tout de même une certaine utilité en l’absence de tout autre moyen. Selon le docteur Tim Farley, travaillant au département Santé et recherche génésiques : « Même si les spermicides au nonoxynol-9 sont beaucoup moins efficaces que la pilule, le stérilet, les contraceptifs injectables ou les implants, ils présentent quelques avantages. Ils sont facilement accessibles, en vente libre, disponibles pratiquement partout dans le monde et la femme en a le contrôle ».

On ajoute parfois le nonoxynol-9 aux préservatifs masculins pour son effet lubrifiant. Les spécialistes n’ont pas trouvé la preuve que ces préservatifs offraient une protection meilleure contre la grossesse ou les infections sexuellement transmissibles que ceux qui sont lubrifiés à la silicone, le produit le plus couramment utilisé à cet effet dans les pays en développement. Le nonoxynol-9 pouvant provoquer certains effets secondaires, les experts recommandent de ne plus faire la promotion de ces préservatifs mais font observer qu’il vaut tout de même mieux les utiliser plutôt que d’avoir des rapports non protégés.

On retrouve également le nonoxynol-9 dans de nombreux lubrifiants pour les rapports anaux. Il arrive que certains utilisateurs aient l’impression d’être protégés contre l’infection à VIH, mais les faits étudiés par les experts sont particulièrement troublants. Les études chez la souris et l’homme « font apparaître un décollement important de feuillets épithéliaux (dans le rectum) », ce qui, selon le rapport, indique « une augmentation très probable du risque d’infection peu après l’application des produits contenant du nonoxynol-9 ».

Si les spermicides au nonoxynol-9 restent un moyen de contraception pour les femmes exposées à un faible risque d’infection à VIH, ils sont toutefois bien moins efficaces que la plupart des autres méthodes. Celles qui sont exposées au risque du VIH et veulent une contraception doivent être informées que l’utilisation systématique et correcte des préservatifs est très efficace, pour éviter à la fois les grossesses et les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH.

* Le Programme CONRAD est une organisation non gouvernementale gérée par le biais de l’Eastern Virginia Medical School aux Etats-Unis. Elle a pour mission de mettre au point de nouvelles techniques de régulation de la fécondité et de prévention des infections sexuellement transmissibles applicables dans les pays en développement.

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