La situation sanitaire aggrave les conséquences de la famine en Afrique australe
Afrique Australe, 4 août 2002 - Laide alimentaire doit saccompagner de la délivrance des services de santé de base pour éviter dénormes pertes humaines en relation avec la sécheresse actuelle, rappelle lOMS aujourdhui.
Dans la situation actuelle de pénurie alimentaire, certaines maladies deviennent particulièrement menaçantes pour 12 à 14 millions de personnes en Afrique australe. Le manque de précipitations a déclenché une crise exacerbée par plusieurs facteurs concomitants : la longue dégradation des services de santé, les ravages de lépidémie de SIDA et les graves problèmes économiques auxquels les pays de la région doivent faire face.
"Dans des populations affaiblies par la famine, les maladies feront un grand nombre de victimes qui, correctement nourries, auraient pu survivre. Pour cela il aurait fallu que la nourriture soit produite en quantité suffisante ou quelle soit abordable à lachat, explique le docteur Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l'OMS. Les informations qui nous parviennent sur la situation locale sont particulièrement préoccupantes : doublement du risque de mortalité maternelle dans certaines régions, augmentation continuelle de la tuberculose, des infections respiratoires aiguës et du paludisme. Nous craignons que cette crise ne provoque au moins 300 000 morts supplémentaires dans les six prochains mois."
Toutes ces pathologies résultent de la malnutrition croissante, notamment chez les enfants. Une enquête au Malawi par exemple, a montré quelle touche désormais 19 % dentre eux, contre 6 % il y a trois mois. Ces enfants sont plus sensibles aux maladies et le phénomène entraîne déjà une augmentation de la mortalité dans tous les groupes de la population. Dans certaines zones, le taux brut de mortalité dépasse 1 pour 10 000 habitants par jour, ce qui signifie que nous sommes déjà en présence dune grave crise humanitaire.
Nous allons au devant dune catastrophe, à moins dapporter rapidement une aide alimentaire aux millions de personnes qui risquent de mourir de faim, déclare James Morris, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) et envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies dans la Région. La situation va se détériorer progressivement chaque mois si nous ne recevons pas plus daide alimentaire, deau et de médicaments.
Le PAM procède actuellement à une deuxième série dévaluations dont les résultats devraient être connus mi-août. Ceux-ci pourraient montrer une augmentation marquée de la population en danger. Selon les estimations actuelles, 7 millions de personnes ont besoin dès maintenant dune aide alimentaire et le chiffre pourrait atteindre les 12,8 millions dici la fin de lannée. A ce jour, le PAM alimente 4,6 millions de personnes.
Les personnes porteuses du VIH ont un système immunitaire affaibli, ce qui augmente le taux de mortalité. Le VIH/SIDA a frappé durement la population active dans la région, ne laissant souvent que des jeunes ou des vieux à la tête des familles. Ceux qui vivent avec le SIDA ont une capacité de travail amoindrie dans les champs et le coût des soins accentue encore la pression économique sur leur famille.
Avec une prévalence moyenne de 24,9 % dans les six pays de la région, les taux vont de 16,4 % au Malawi à 33,7 % au Zimbabwe. Au Malawi, 470 000 enfants ont perdu un ou leurs deux parents à cause de lépidémie.
Les statistiques du Malawi montrent que, parallèlement à une diminution de 7 % du nombre des accouchements dans les établissements de santé, les taux de mortalité maternelle qui y ont été enregistrés ont augmenté de 71 % à cause de la malnutrition et du mauvais état de santé, du manque de soins prénatals et des faiblesses du système de santé.
En avril de cette année, lOMS avait recensé au total 22 023 cas de choléra au Malawi, dont 609 mortels (soit un taux de létalité de 2,8 %) alors que lOrganisation considère que, pour cette maladie, le taux de létalité doit être inférieur à 1 %. Cela indique clairement que les malades, affaiblis par le manque de nourriture, succombent plus facilement à linfection.
Lamélioration des soins de santé parallèlement à la distribution de laide alimentaire permettrait dobtenir facilement une forte diminution de la mortalité. En plus dinciter les agences internationales et les organisations non gouvernementales à fournir laide essentielle, lOMS sefforce daméliorer les capacités des pays dassurer les soins de santé dans les zones les plus affectées. Elle aide les ministères de la santé à avoir accès aux médicaments, à renforcer le personnel de santé et à surveiller avec rigueur la situation sanitaire. Elle prête également son concours aux gouvernements pour coordonner laide apportée par les organismes daide humanitaire, les organisations non gouvernementales et dautres et assurer ainsi une riposte la plus efficace possible.
Lappel durgence pour lAfrique australe prévoit US $40 millions pour la santé et les actions en faveur de la nutrition, en plus des US $500 millions nécessaires pour satisfaire les besoins alimentaires. Cette aide financière est indispensable pour éviter une catastrophe humanitaire majeure dans les prochains mois.