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Une épidémie de maladie à méningocoque progresse rapidement au Niger

Évaluation de la situation
15 mai 2015

Du 1er janvier au 10 mai 2015, le ministère de la Santé publique du Niger a notifié à l’OMS 5855 cas suspects de méningite à méningocoque, parmi lesquels 406 décès. Il s’agit d’une épidémie en progression rapide, présentant certaines caractéristiques inédites.

Le nombre de cas suspects augmente très rapidement et a été multiplié par trois sur les deux dernières semaines. C’est la première épidémie à grande échelle de méningite due à Neisseria meningitides, sérogroupe C à frapper un pays de la ceinture africaine de la méningite.

Dix districts de la région de Niamey, y compris la capitale et ceux de Dosso et de Tillaberi, ont franchi le seuil épidémique. Les unités administratives touchées comprennent les cinq districts de Niamey, où 3919 cas suspects, dont 217 décès, ont été signalés.

L’épidémie est très préoccupante car elle touche une zone urbaine densément peuplée de plus d’un million d’habitants, d’où un risque important que la propagation soit rapide et le nombre de cas élevé.

Les analyses en laboratoire ont confirmé la prédominance de bactéries Neisseria meningitidis (Nm) du sérogroupe C dans les zones touchées, des bactéries Nm du sérogroupe W étant aussi identifiées dans plusieurs échantillons prélevés chez des patients. Bien que le sérogroupe C soit la cause principale de méningite dans les pays riches, il n’a jamais été une grande source de préoccupation en Afrique.

Au cours des 40 dernières années, le sérogroupe C n’a provoqué que des cas sporadiques et quelques épidémies localisées en Afrique, avec généralement une origine mixte : sérogroupe A/sérogroupe C. Ces épidémies se sont déclarées au Nigéria en 1975, au Niger en 1991 et au Nigéria sur la période 2013-2014.

En comparaison de ce schéma historique, l’épidémie qui se développe au Niger constitue un événement alarmant. Cette épidémie de méningite étant la première de grande ampleur en Afrique causée par le sérogroupe C, les vaccins contre cette forme de méningite sont proches de la rupture de stock.

Réponse sanitaire: le taux de létalité recule malgré la pénurie de vaccins

Un comité épidémique national a été activé pour gérer l’épidémie. Une équipe internationale, composée de personnels de l’OMS et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis d’Amérique, a été déployée pour appuyer le Ministère de la santé publique dans l’investigation de l’épidémie et renforcer ses capacités de surveillance

L’OMS et ses partenaires fournissent un appui au gouvernement du Niger dans la mise en œuvre de campagnes de vaccination de masse et d’autres mesures d’urgence pour lutter contre la maladie. L’International Coordinating Group on Vaccine Provision for Epidemic Meningitis Control (ICG) participe activement à cet effort.

L’ICG est un partenariat réunissant l’OMS, l’UNICEF, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et Médecins sans frontières (MSF). Il collabore étroitement avec les fabricants de vaccins et a été mis en place en 1997, suite aux épidémies de méningite exceptionnellement étendues et meurtrières qui avaient alors sévi en Afrique.

À ce jour, l’ICG a approuvé quatre demandes de vaccins. Les vaccins libérés comprennent 460 000 doses de vaccin polyosidique plus ancien, qui protège contre les sérogroupes A, C et W, et 200 000 doses du vaccin conjugué plus récent, qui fournit une protection contre les sérogroupes A, C, W et Y.

La disponibilité du vaccin conjugué, produit en petites quantités à destination des marchés américain et européen à des prix inabordables pour l’Afrique, a été obtenue grâce à l’intervention de l’ICG et au soutien financier de l’Alliance GAVI. En outre, le gouvernement du Niger a reçu de celui du Mali 200 000 doses de vaccin polyosidique contre les sérogroupes A, C, W etY.

Des vaccins conjugués multivalents ayant été homologués aux États-Unis d’Amérique et en Europe, la production de vaccin polyosidique a chuté considérablement et se limite dans une large mesure maintenant aux usages des voyageurs internationaux. Aucun autre vaccin polyosidique multivalent n’est disponible en dehors du stock maintenu par l’ICG.

En réponse à cette situation d’urgence et à la demande de l’ICG, l’OMS a négocié avec les fabricants de vaccins du secteur public et avec l’industrie pharmaceutique pour lancer en urgence la production de vaccin polyosidique multivalent. Un lot supplémentaire de 640 000 doses sera distribué au Niger dans les semaines à venir.

Des campagnes de vaccination visant les enfants de 2 à 15 ans sont en cours dans 7 des 10 districts épidémiques, y compris celui de Niamey. MSF apporte un soutien au ministère de la santé publique avec des équipes médicales et des unités de prise en charge des cas; 18 500 flacons de ceftriaxone, un antibiotique hautement efficace, ont été mis à disposition. Grâce à ces interventions, le taux de létalité due à la méningite a régressé au cours des dernières semaines de 11 à 7%.

Problèmes d’approvisionnement en vaccins

Les épidémies de méningite représentent un fardeau énorme pour les populations des pays africains. La zone appelée ceinture africaine de la méningite, qui s’étend sur le continent africain, du Sénégal à l’Éthiopie, en traversant 21 pays, est hyperendémique pour cette maladie. Les cas y sont fréquents, avec des épidémies périodiques pendant la saison sèche qui dure de décembre à juin.

Les épidémies de grande ampleur survenues pendant la période 1996-1997 ont généré plus de 200 000 cas, y compris 20 000 décès. L’épidémie de grande ampleur la plus récente s’est produite en 2009, causant plus de 80 000 cas, principalement au Nigéria et au Niger. La grande majorité de ces épidémies étaient dues au sérogroupe A.

Depuis 2010, un nouveau vaccin conjugué, le MenAfriVac, qui protège contre le sérogroupe A et coûte moins de 1 dollar la dose, a été progressivement introduit dans le cadre des campagnes préventives de masse dans les pays de la ceinture africaine. Ce nouveau vaccin a été mis au point spécialement pour l’Afrique par le Projet Vaccins Méningite, coordonné par l’OMS et l’ONG PATH.

Depuis l’introduction de ce nouveau vaccin, le nombre de cas de méningite A en Afrique a diminué de manière considérable, aucune épidémie due à ce sérotype n’étant intervenue dans les zones vaccinées (voir le Relevé épidémiologique hebdomadaire du 27 mars 2015).

Le vaccin conjugué contre la méningite A est le seul vaccin abordable actuellement disponible pour prévenir les épidémies de méningite en Afrique, car il confère une immunité de longue durée. Tous les autres vaccins utilisés sur ce continent contre d’autres sérogroupes sont des vaccins polyosidiques plus anciens, procurant une immunité qui ne persiste que 3 à 5 ans.

Maintenant ces vaccins ne servent que dans les réponses d’urgence aux épidémies et ne se prêtent pas à la prévention, qui est l’objectif à privilégier.

Après l’introduction du vaccin conjugué contre la méningite A, le marché des vaccins polyosidiques s’est restreint considérablement et se limite actuellement dans une large mesure aux usages des voyageurs internationaux. L’International Coordinating Group on Vaccine Provision for Epidemic Meningitis Control, ou ICG, qui gère un stock d’urgence de vaccins, a joué un rôle actif dans le maintien d’un approvisionnement suffisant en ces vaccins polyosidiques pour les situations d’urgence.

Pour se préparer à la saison épidémique 2015, l’OMS et ses partenaires à l’ICG ont adressé une demande d’avance aux fabricants de vaccins portant sur 1,5 million de doses de vaccin polyosidique multivalent et 1,5 million de doses du nouveau vaccin conjugué contre la méningite A.

En raison des problèmes de production rencontrés par l’un des fabricants, cette demande n’a pu être satisfaite totalement. Pour remédier à l’insuffisance des approvisionnements, l’OMS a demandé à deux fabricants du secteur public, l’Instituto Finlay à Cuba et Bio-Manguinhos au Brésil, de fournir 600 000 doses de vaccin polyosidique. Ils ont généreusement accepté cette mission.

La pénurie de vaccins met en lumière l’importance d’accélérer le développement d’un vaccin conjugué multivalent abordable pour les peuples et les gouvernements africains. Pour le moment, l’OMS collabore avec l’ICG et d’autres partenaires en vue de garantir le maintien du stock de vaccin polyosidique à un niveau suffisant pour gérer les futures épidémies dans la ceinture africaine de la méningite.