Message de la Journée mondiale du SIDA
L'épidémie de VIH/SIDA ne cesse de s'étendre. Quelque 40 millions de personnes, leur famille et leur communauté vivent aujourd’hui avec le VIH. Endiguer cette épidémie reste l'un des problèmes de santé publique les plus pressants dans le monde.
En août dernier, à la XVIe Conférence internationale sur le SIDA, 30 000 d’entre nous se sont rassemblés à Toronto pour répondre à l’appel à l’action lancé à cette occasion. Nous sommes convenus que cette action devait combiner de façon équilibrée prévention, traitement et soins. Le thème de la Journée mondiale du SIDA cette année, la responsabilité, nous rappelle qu’il nous incombe de faire les bons choix.
A Toronto, j’ai évoqué les trois domaines dans lesquels nous devons agir, les trois M : Moyens financiers, Médicaments et Motivation du personnel.
Moyens financiers : Nous avons fait et nous continuons à faire d’importants progrès. Par exemple, un peu plus de la moitié de la dernière série de subventions du Fonds mondial – qui se montent à US $846 millions au total – sera consacrée à la lutte contre le VIH/SIDA. Un engagement continu est nécessaire et les ressources doivent être utilisées à bon escient. La responsabilité est un élément important pour ceux qui veulent voir les meilleurs résultats possibles s’agissant du nombre de vies sauvées.
Médicaments : Notre but demeure d’intensifier l’action internationale afin d’instaurer l’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et aux services de soutien. Puisque ces dernières années, le nombre de personnes sous traitement en Afrique subsaharienne a été multiplié par dix, nous pouvons y parvenir. L’exemple de l’Afrique subsaharienne montre aussi ce qu’il reste à faire : cette région représente 70 % de la demande de traitement encore non satisfaite.
La route est longue encore avant que nous ne puissions mettre les médicaments à la portée de tous ceux qui en ont besoin. Pour y parvenir, il nous faut savoir qui a besoin de soins et d’un traitement.
La dernière mise à jour de l'OMS et de l'ONUSIDA sur l'épidémie publiée le 21 novembre donne l’aperçu de l’épidémie le plus exact jusqu’ici. La surveillance du VIH reste lacunaire dans presque toutes les régions, notamment parmi les groupes marginalisés. Les stratégies de prévention et de traitement de l'infection à VIH permettent difficilement d'atteindre ceux qui sont le plus à risque – les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes, les professionnels du sexe et les utilisateurs de drogues intraveineuses.
Une forte volonté s’est manifestée à la conférence de Toronto de répondre aux besoins de celles qui pâtissent le plus de l’épidémie de SIDA : les femmes et les filles. Environ 40% des nouvelles infections à VIH surviennent chez des jeunes âgés de 15 à 24 ans. C'est en Asie de l'Est, en Europe orientale et en Asie centrale qu'a été enregistrée la plus forte augmentation du nombre de personnes vivant avec le VIH.
Les individus les plus exposés au risque d'infection à VIH ne savent pas toujours comment se protéger et ont rarement accès aux moyens de protection, qu'il s'agisse de préservatifs, d'aiguilles et seringues propres ou de traitement des infections sexuellement transmissibles. Dans de nombreux pays, les gens sont mal informés sur les rapports sexuels protégés et le VIH et peu conscients des risques qu'ils courent sur le plan personnel. Même dans des pays où l'épidémie a un énorme impact, comme le Swaziland et l'Afrique du Sud, une grande partie de la population ne pense pas être exposée au risque d'infection. Dès que les efforts de prévention se relâchent, le nombre d’infections augmente.
Le conseil et le dépistage sont indispensables pour que les personnes contaminées connaissent leur statut sérologique, se fassent soigner et, mieux informées, modifient leurs comportements afin d'éviter de transmettre le virus à d'autres. Celles qui font un test de dépistage peuvent aussi, une fois qu’elles en connaissent le résultat, se protéger en conséquence.
Motivation du personnel : Beaucoup de pays manquent cruellement d’agents de santé motivés et qualifiés capables d’assurer des services essentiels. Le plan de l’OMS intitulé « Traiter, former, fidéliser », dont l’objectif est un personnel soignant en bonne santé et bénéficiant du soutien nécessaire, est en train d’être adopté dans 15 pays.
La prévention donne des résultats, mais elle doit être axée sur les besoins de ceux qui risquent le plus d'être exposés au VIH et elle doit se maintenir dans le temps. Il y a des exemples de réussite. Ainsi, dans huit des 11 pays les plus durement frappés, la prévalence du virus dans la tranche d’âge 15-24 ans a diminué au cours des cinq dernières années. Il faut s’inspirer de ces succès et faire aussi bien ailleurs.
Nous savons que des programmes complets de réduction des risques contribuent à faire reculer les pratiques dangereuses parmi les utilisateurs de drogues intraveineuses et donc débouchent sur une diminution des taux d'infection par le VIH. Des programmes efficaces sont menés dans de nombreux pays – qu'il s'agisse du Brésil, de la Chine, de l’Indonésie ou encore de la République islamique d'Iran – et ces expériences constituent de bons exemples pour d'autres pays.
Un autre élément essentiel de l'épidémie – la tuberculose – suscite depuis peu un regain d'attention en raison de l'apparition d'une forme extrêmement résistante aux médicaments. Ce fait souligne l'urgente nécessité de combattre la tuberculose, qui cause pas moins de la moitié des décès de personnes vivant avec le VIH.
L’épidémie de SIDA nous apporte toutefois des preuves convaincantes qu'il est possible de résoudre jusqu'aux problèmes de santé et de développement les plus complexes. Pour pouvoir appliquer les solutions à l'échelle de la planète, il faudra une volonté politique plus soutenue et davantage de ressources.
Notre capacité de riposte face à l'évolution de l'épidémie sera déterminante pour arriver au but. Il nous faut être constamment en alerte pour repérer les changements dans la dynamique de l'épidémie et les contextes nationaux, déterminer les méthodes qui porteront leurs fruits et faire preuve de la souplesse suffisante pour adapter notre riposte en conséquence. Il ne faut pas seulement « plus de… » ; il faut aussi s'engager à faire preuve de clairvoyance pour savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas – et être prêts à appliquer ce savoir.
Ainsi, conscients du rôle crucial que jouent les groupes vulnérables et marginalisés dans l'épidémie, nous devons investir dans des modèles de prestation de services susceptibles de les atteindre, d'assurer équitablement des services de qualité et d'apporter un appui durable aux communautés les plus touchées.
Il y a maintenant plus de 25 ans que l'épidémie a débuté. Les personnes vivant avec le VIH et ceux qui les entourent ont de toute urgence besoin de voir des résultats tangibles. Nous sommes à la croisée des chemins. La semaine dernière, le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, a inauguré le nouveau bâtiment de l’OMS et de l’ONUSIDA à Genève qui accueille le personnel de l’OMS chargé de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme aux côtés de l’équipe de l’ONUSIDA. Rien ne symbolise plus clairement notre détermination à travailler ensemble. C’est pour nous un engagement à collaborer, qui se double d’un engagement à s’acquitter de notre responsabilité envers tous ceux qui vivent avec le VIH et tous ceux qui doivent en être protégés.
Pour plus de renseignements, s’adresser à :
Christine McNab,
Directeur par intérim, Département Communication de l’OMS
Téléphone : +41 22 791 4688
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