Faire de la lutte anticancéreuse une priorité du développement
Observations du Directeur général de l'OMS, Dr Margaret Chan, à l’ouverture du Congrès mondial de l’Union internationale contre le cancer (UICC)
Pour la santé publique, la lutte anticancéreuse est devenue considérablement plus complexe avec le déplacement de la charge de morbidité des pays riches vers les pays moins favorisés. Le cancer est responsable de quelque 7,9 millions de décès par an dans le monde, dont plus de 72% surviennent désormais dans des pays à revenu faible ou moyen. Cette statistique choque et a des répercussions énormes du point de vue des souffrances humaines, des systèmes de santé, des budgets de la santé et de la lutte contre la pauvreté.
Aujourd'hui, le cancer touche tous les pays du monde et parfois les perturbe profondément. Le moment est venu de faire de la lutte anticancéreuse une priorité du développement.
Les maladies comme le cancer sont l’une des principales causes de ce que l’on appelle les dépenses de santé «catastrophiques». C’est particulièrement vrai dans les pays à revenu faible ou moyen, où la plupart des gens paient directement leurs soins de santé. L’OMS estime que les débours directs pour frais catastrophiques en matière de santé feraient basculer chaque année 100 millions de personnes au-dessous du seuil de pauvreté. S’agissant du cancer, les paiements directs sont doublement pénalisants: ils dissuadent les gens de se faire soigner tôt alors que leurs chances de guérison sont les meilleures et aggravent en même temps la pauvreté des ménages comme de la collectivité.
Les systèmes de santé des pays en développement peuvent généralement faire face aux situations d’urgence intermittentes provoquées par les maladies infectieuses. Le patient survit ou meurt. Par contre, les exigences des soins chroniques peuvent amener un système de santé fragile au point de rupture. Les interventions de qualité – et les fonds nécessaires pour les financer – n'auront que peu d’impact en l’absence des systèmes capables de les dispenser.
En matière de lutte anticancéreuse dans les pays à revenu faible ou moyen, les avancées ne se présentent pas sous forme de nouveaux médicaments à l'efficacité spectaculaire. Les véritables avancées sont faites lorsque la recherche montre comment les outils existants peuvent être adaptés pour être efficaces dans les milieux défavorisés.
Malheureusement, pratiquement aucun pays au monde ne fait assez pour prévenir le cancer. La lutte antitabac est le meilleur moyen au monde pour prévenir le cancer à grande échelle.
Les pays en développement sont maintenant confrontés aux problèmes auxquels ont été confrontés les pays riches il y a des décennies. Des politiques ont été mises au point. Des enseignements ont été tirés. Les progrès cliniques ont été immenses. Les taux d’incidence de certains cancers ont chuté tandis que les taux de survie ont considérablement progressé. Ces expériences doivent être mises en commun aussi rapidement que possible. Nous ne partons pas de zéro. Les programmes de dépistage, les tests de diagnostic et les traitements sont coûteux, mais avec le déplacement de la charge de morbidité, le niveau de ressources d’un pays ne peut plus être considéré comme un obstacle à la lutte anticancéreuse.
Trop de choses sont en jeu: le développement économique et sanitaire, l’équité et la justice sociale, les souffrances et la dignité humaines.
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