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Droits de l'homme – un enjeu majeur de l'action mondiale contre le VIH

Déclaration du Dr Margaret Chan
Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé
Journée mondiale du sida 2010

30 novembre 2010

Lors de la Journée mondiale du sida 2010, la communauté mondiale braque les projecteurs sur la protection des droits de toutes les personnes touchées par le VIH.

La santé, le VIH et les droits de l’homme sont indissociablement liés. Les actions menées contre le VIH doivent garantir la protection et la promotion des droits de l’homme. En retour, la promotion et la protection des droits de l’homme réduisent le risque de contamination et la vulnérabilité au virus et rendent les programmes anti-VIH plus efficaces. Les populations les plus vulnérables et les plus exposées au VIH sont aussi souvent les plus sujettes aux violations des droits de l’homme. Les politiques et les programmes du secteur de la santé contre le VIH doivent promouvoir les droits de l’homme et permettre aux individus d’exercer leurs droits.

Le droit à la santé est au cœur de la lutte contre le VIH. S’il est encourageant d’apprendre que les épidémies d’infection à VIH se stabilisent dans la plupart des régions du monde, il est évident que trop de personnes encore n’ont pas accès aux services essentiels qui peuvent prévenir l’infection et sauver des vies. Seulement un tiers encore des personnes qui ont besoin du traitement antirétroviral en bénéficient. Malgré l’expansion des programmes de prévention de la transmission mère-enfant, en 2009 seulement 53% des femmes enceintes vivant avec le VIH avaient accès au traitement permettant d’éviter que leur enfant ne soit contaminé.

Les populations les plus exposées à l’infection à VIH, notamment les utilisateurs de drogues injectables, les prostitué(e)s, les hommes homosexuels et les transsexuels, sont aussi celles qui ont le moins facilement accès aux services de prévention, de traitement et de soins dont elles ont tant besoin. Par exemple, la couverture des programmes de réduction des risques est demeurée limitée en 2009. Sur les 92 pays qui ont fourni des informations, 36 avaient des programmes d’échange d’aiguilles et de seringues et 33 offraient des thérapies de substitution aux opioïdes.

Les personnes vivant avec le VIH devraient jouir non seulement du droit à la santé mais aussi du droit d’accéder aux services sociaux essentiels comme l’éducation, l’emploi, le logement, la sécurité sociale et même l’asile dans certains cas. La protection des droits des personnes vivant avec le VIH est une bonne pratique de santé publique car elle a des effets bénéfiques sur la santé et le bien-être des personnes touchées et elle rend les efforts de prévention plus efficaces. Un vaste ensemble de pays ont légiféré pour empêcher la discrimination à l’encontre des personnes vivant avec le VIH. Mais bien souvent, ces lois sont peu appliquées et la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et des populations les plus à risque persiste.

La stigmatisation et la discrimination liées au VIH continuent à compromettre la lutte contre le virus. La crainte que leur famille et leurs amis ne les évitent, la peur d’être marginalisés dans leur communauté ou de se voir refuser un emploi ou un service dissuadent souvent les individus de faire un test de dépistage ou de consulter les services spécialisés. Trop souvent, ce sont l’attitude et le comportement négatifs du personnel qui rendent les services de santé inaccessibles et inacceptables pour les personnes les plus exposées au risque d’infection et qui ont le plus besoin d’une prévention, d’un traitement et de soins. Les personnes vivant avec le VIH, les toxicomanes, les prostitué(e)s et les hommes homosexuels devraient pouvoir consulter des services de santé où ils se sentent en sécurité et où ils bénéficient des meilleurs soins possibles, sans être jugés.

Ne rien faire pour promouvoir et protéger les droits de l’homme accroît la vulnérabilité et peut favoriser les épidémies d’infection à VIH. En Afrique subsaharienne, les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables au virus: 80% de toutes les femmes vivant avec le VIH se trouvent dans cette région. En Europe orientale, plus de 50% des cas d’infection à VIH sont recensés parmi les utilisateurs de drogues injectables. En Espagne, en France et aux Pays-Bas, entre un tiers et les trois quarts des nouveaux cas se concentrent chez les migrants.

À la veille d’une nouvelle décennie, nous devons agir sur les lois, les politiques et les réglementations qui augmentent la vulnérabilité au VIH et le risque de contamination, empêchent d’accéder aux services de santé ou portent atteinte aux droits de l’homme, en particulier ceux des populations vulnérables et les plus exposées. Dans près de 80 pays, les rapports sexuels entre personnes du même sexe constituent un délit et six d’entre eux appliquent la peine de mort. Dans plus de cinquante pays et territoires, la liberté de circulation et le droit de résidence des personnes vivant avec le VIH sont soumis à des restrictions. Dans nombre de pays, les toxicomanes sont mis en prison ou doivent suivre des programmes de désintoxication obligatoires au lieu de bénéficier d’un traitement efficace. Le secteur de la santé doit jouer un rôle essentiel en faisant valoir les approches et les arguments de santé publique quand les lois et les stratégies sont élaborées par d’autres secteurs.

Aujourd’hui, j’engage tous les secteurs à protéger les droits de l’homme, y compris le droit à la santé, et à combattre la discrimination. La collaboration avec les personnes vivant avec le VIH est essentielle pour lutter efficacement contre le virus et les États Membres doivent garder à l’esprit l’engagement pris dans la Déclaration politique sur le VIH/sida en 2006, de promouvoir un environnement juridique et social qui facilite l’accès au dépistage, à la prévention et au traitement. L’OMS adhère sans réserve à l’objectif de l’accès universel aux services essentiels contre le VIH. Mais cela ne sera possible que si nous veillons à ce que les droits de chacun, partout, soient protégés et promus.

Pour plus d'information, veuillez contacter :

Tunga Namjilsuren,
Responsable de communication
Département VIH/sida
Téléphone: +41 22 791 1073,
Courriel: namjilsurent@who.int

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