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Plusieurs hauts responsables des Nations Unies appellent à la levée immédiate du blocus humanitaire au Yémen, où des dizaines de milliers de vies sont directement menacées

Déclarationdu Directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, du Directeur exécutif de l'UNICEF, Anthony Lake, et du Directeur exécutif du PAM, David Beasley

Déclaration de l'OMS

Même si la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a partiellement levé le blocus récemment décrété au Yémen, la fermeture de la plupart des aéroports, ports maritimes et points d’entrée terrestres du pays aggrave encore une situation déjà catastrophique. Nous sommes privés de l’espace et de l’accès nécessaires pour apporter une aide humanitaire, ce qui met en péril des millions d’enfants et de familles vulnérables.

Ensemble, nous lançons un nouvel appel pressant à la coalition, lui demandant d’autoriser l’entrée des fournitures vitales au Yémen pour répondre à ce qui est aujourd’hui la plus grave crise humanitaire au monde. Ces fournitures, qui incluent des médicaments, des vaccins et des vivres, sont essentielles pour enrayer la maladie et la faim. Il en va de la survie de milliers d’innocents, dont de nombreux enfants.

Plus de 20 millions de personnes, dont plus de 11 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire urgente. Au moins 14,8 millions d’entre elles sont privées de soins de santé de base et plus de 900 000 cas suspects de choléra ont été enregistrés.

Quelque 17 millions de personnes ne savent pas où trouver leur prochain repas et 7 millions de personnes sont totalement tributaires de l’aide alimentaire. La malnutrition aiguë sévère menace la vie de 400 000 enfants. Les prix alimentaires montent en flèche à mesure que les stocks s’amenuisent, et des milliers d’autres personnes sont menacées.

Le Programme alimentaire mondial estime que, même avec une levée partielle du blocus, 3,2 millions de personnes supplémentaires sombreront dans la famine. En l’absence de traitement, 150 000 enfants malnutris pourraient mourir dans les prochains mois. Priver tant de personnes de leurs moyens de survie essentiels est un acte inadmissible et une violation des principes et du droit humanitaires.

Pour rester en vie, la population a désespérément besoin de carburant, de médicaments et de vivres, autant de catégories de produits qui ne peuvent plus entrer dans le pays. Sans carburant, la chaîne du froid des vaccins, les systèmes d’approvisionnement en eau et les usines de traitement des eaux usées cesseront de fonctionner. Et sans vivres et sans eau potable, la menace de la famine grandit chaque jour.

Nous voyons déjà les conséquences humanitaires du blocus. La diphtérie se propage rapidement, avec 120 cas diagnostiqués cliniquement et 14 décès – principalement des enfants – enregistrés au cours des dernières semaines. Des vaccins et des médicaments ont été envoyés vers le Yémen, mais ils sont bloqués à l’entrée. Au moins un million d’enfants risquent aujourd’hui de contracter la maladie.

La plus grande épidémie de choléra cède du terrain et le nombre de nouveaux cas est en diminution pour la huitième semaine consécutive, après avoir atteint un pic de plus de 900 000 cas suspects. Or, si l’embargo n’est pas levé, le choléra connaîtra une nouvelle recrudescence.

Tous les ports du pays, notamment ceux situés dans les zones contrôlées par l’opposition, devraient être rouverts immédiatement. C’est la seule manière pour que les navires affrétés par les Nations Unies puissent livrer le fret humanitaire dont la population a besoin pour survivre. Il faut autoriser immédiatement la reprise des vols des Services aériens d’aide humanitaire des Nations Unies vers et depuis le Yémen. Les membres du personnel des Nations Unies en poste au Yémen, y compris ceux ayant besoin de soins d’urgence, se sont retrouvés bloqués dans le pays.

Le temps presse et les stocks de fournitures médicales et alimentaires et d’autres fournitures humanitaires s’épuisent. Le coût de ce blocus se mesure en nombre de vies perdues.

Si l’un d’entre nous, dans notre vie quotidienne, voyait un enfant dont la vie est en danger immédiat, n’essaierons-nous pas de le sauver? Au Yémen, nous parlons de centaines de milliers d’enfants, sinon plus. Nous disposons des aliments, des médicaments et des fournitures nécessaires pour les sauver, mais il nous faut aussi un accès qui nous est actuellement refusé.

Au nom de tous ceux dont la vie est directement menacée, nous réitérons notre appel à autoriser immédiatement l’accès humanitaire au Yémen.