Santé mentale

La santé mentale au travail

Note d’information

Octobre 2017

Principaux faits

  • Le travail est bon pour la santé mentale, mais des conditions négatives peuvent entraîner des problèmes de santé au niveau physique ou mental.
  • La dépression et l’anxiété ont un impact économique important: on estime à 1000 milliards de dollars (US $) par an le coût de la perte de productivité qu’elles entraînent pour l’économie mondiale.
  • Le harcèlement et les brimades au travail sont des problèmes couramment signalés qui peuvent avoir un effet négatif important sur la santé mentale.
  • Il existe de nombreuses mesures efficaces que les organisations peuvent prendre pour améliorer la santé mentale dans le milieu du travail; ces actions seront également bénéfiques pour la productivité.

La problématique

Dans le monde, plus de 300 millions de personnes souffrent de dépression, la principale cause d’incapacité et beaucoup d’entre elles présentent également des symptômes d’anxiété. Selon une étude récente menée par l’OMS, on estime que la dépression et les troubles de l’anxiété coûtent à l’économie mondiale 1000 milliards de dollars (US $) par an en perte de productivité. Le chômage est un facteur de risque bien connu pour les problèmes de santé mentale alors que le retour au travail ou l’obtention d’un emploi sont des facteurs de protection.

En revanche, un cadre de travail négatif peut entraîner des problèmes de santé physique et mentale, l’usage nocif de substances ou d’alcool, l’absentéisme et une perte de productivité. Dans les environnements de travail favorisant la santé mentale et soutenant les personnes atteintes de troubles mentaux, la probabilité est plus grande d’observer une baisse l’absentéisme, une hausse de la productivité et les progrès économiques associés.

Cette note d’information porte sur la santé et les troubles mentaux dans le milieu du travail. Elle couvre aussi les difficultés créées ou exacerbées par le travail, comme le stress et le burnout.

Facteurs de risque pour la santé liés au travail

Il peut y avoir de nombreux facteurs de risque pour la santé mentale au travail. La plupart des risques sont liés aux interactions entre le type de travail, le cadre organisationnel et managérial, les aptitudes et compétences des employés et le soutien à leur disposition pour s’acquitter de leur travail. Par exemple, une personne peut avoir les aptitudes pour accomplir certaines tâches, mais trop peu de ressources pour faire ce qui lui est demandé ou aucun soutien dans les pratiques de management ou de l’organisation.

Risques pour la santé mentale:

  • insuffisance des politiques en matière de santé et de sécurité;
  • mauvaises pratiques de communication et de management;
  • participation limitée à la prise de décisions ou peu de contrôle des personnes sur leur domaine de travail;
  • peu de soutien aux employés;
  • rigidité des horaires de travail;
  • tâches ou objectifs de l’organisation manquant de clarté.

Les risques peuvent également être liés au contenu du poste, par exemple des tâches ne convenant pas aux compétences de la personne ou une charge de travail élevée et incessante. Certains emplois peuvent s’accompagner d’un risque personnel plus élevé que d’autres (par exemple les premiers intervenants ou ceux qui travaillent dans l’humanitaire); ils peuvent avoir un impact sur la santé mentale, provoquer des troubles mentaux ou amener la personne à un usage nocif de l’alcool ou de drogues psychoactives. Le risque peut augmenter dans les situations où il n’y a pas de cohésion d’équipe ou d’appui social.

Les employés signalent souvent les brimades ou le harcèlement psychologique (appelé aussi «mobbing») comme des causes du stress lié au travail qui entraînent des risques pour leur santé. On les associe à des problèmes psychologiques et physiques. Les conséquences sur la santé peuvent avoir un coût pour les employeurs en termes de baisse de la productivité et d’un roulement plus rapide du personnel. Ils peuvent avoir aussi un impact négatif sur les interactions familiales ou sociales.

Créer un environnement de travail sain

Un élément important pour y parvenir est l’élaboration d’une législation, de stratégies et de politiques gouvernementales, comme l’a souligné le travail de l’ EU Compass (European Union Compass) dans ce domaine. On peut décrire un environnement de travail sain comme un environnement où les travailleurs et les cadres contribuent activement à l’environnement de travail en favorisant et protégeant la santé, la sécurité et le bien-être de tous les employés. Un guide récent du Forum économique mondial propose des interventions sur 3 fronts:

  • protéger la santé mentale en réduisant les facteurs de risque liés au travail;
  • promouvoir la santé mentale en développant les aspects positifs du travail et les atouts des employés;
  • combattre les problèmes de santé mentale, quelle qu’en soit la cause.

Le guide décrit les mesures que les organisations peuvent prendre pour créer un milieu du travail qui soit sain:

  • sensibilisation à l’environnement du travail et à la manière de l’adapter pour favoriser une meilleure santé mentale pour les différents employés;
  • tirer les enseignements des motivations des dirigeants de l’organisation et des employés qui ont pris des mesures;
  • ne pas réinventer la roue en sachant ce qu’ont fait d’autres sociétés qui ont agi;
  • comprendre les opportunités et les besoins individuels des employés en contribuant à l’élaboration de meilleures politiques pour la santé mentale au travail;
  • faire connaître les sources de soutien et là où on peut trouver de l’aide.

Les interventions et les bonnes pratiques protégeant et favorisant la santé mentale dans le milieu du travail sont les suivantes:

  • mise en œuvre et surveillance de l’application des politiques et pratiques de santé et de sécurité en identifiant la souffrance psychologique, l’usage nocif des substances psychoactives la maladie et en y consacrant les ressources nécessaires pour les prendre en charge;
  • information du personnel sur le soutien disponible;
  • participation des employés à la prise de décisions, communication d’un sentiment de contrôle et de participation, pratiques organisationnelles appuyant un équilibre sain entre travail et vie personnelle;
  • programmes pour le développement de carrière des employés; et
  • reconnaissance et récompense pour les contributions des employés.

Les interventions pour la santé mentale doivent s’inscrire dans une stratégie intégrée pour la santé et le bien être couvrant la prévention, l’identification précoce, le soutien et la réadaptation. Les services ou les professionnels de la médecine du travail peuvent soutenir les organisations pour appliquer ces interventions là où elles sont disponibles mais, même quand elles ne le sont pas, on peut procéder à un certain nombre de changements susceptibles de protéger et de favoriser la santé mentale. La clé du succès consiste à impliquer les parties prenantes et le personnel à tous les niveaux pour délivrer les interventions de protection, promotion et soutien, et pour contrôler leur efficacité.

Les études disponibles sur les coûts et les bénéfices des stratégies portant sur la santé mentale penchent vers un bénéfice net. Par exemple, une étude récente menée par l’OMS a estimé que chaque dollar US investi dans le développement du traitement des troubles mentaux courants rapporte (US $)4 en termes d’amélioration de la santé et de la productivité.

Soutenir au travail les personnes atteintes de troubles mentaux

Il incombe aux organisations de soutenir les personnes atteintes de troubles mentaux à poursuivre leur activité professionnelle ou à la reprendre. La recherche montre que le chômage, notamment de longue durée, a un effet préjudiciable sur la santé mentale. Nombre des initiatives décrites ci-dessus peuvent aider les personnes atteintes de troubles mentaux. En particulier, la flexibilité des horaires, l’aménagement des postes, la lutte contre une dynamique négative au travail et une communication confidentielle et axée sur l’encouragement avec la direction peuvent aider ces personnes à poursuivre ou reprendre leur activité professionnelle.

On a montré que l’accès à des traitements scientifiquement fondés a un effet bénéfique sur la dépression et d’autres troubles mentaux. À cause de la stigmatisation associée à ces troubles, les employeurs doivent veiller à ce que les personnes se sentent soutenues et capables de demander de l’aide pour poursuivre ou reprendre leur activité et qu’elles aient les ressources nécessaires pour faire leur travail.

L’article 27 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées donne un cadre mondial juridiquement contraignant pour la promotion des droits des personnes handicapées (y compris le handicap psychosocial). Il reconnaît que chaque personne handicapée a le droit au travail, doit être traitée sur la base de l’égalité et sans discrimination et bénéficier d’un appui sur au travail.

Action de l’OMS

Au niveau de la politique mondiale, le Plan d’action mondial pour la santé des travailleurs 2008 2017 et le Plan d’action globale pour la santé mentale 2013 2020 de l’OMS décrivent les principes, objectifs et stratégies d’application appropriés pour favoriser la santé mentale au travail. Il s’agit de s’occuper des déterminants sociaux de la santé mentale, comme le niveau de vie et les conditions de travail; les activités de prévention et de promotion de la santé et de la santé mentale, y compris celles pour réduire la stigmatisation et les discriminations; et l’extension de l’accès, par le développement des services de santé, à des soins scientifiquement fondés, notamment l’accès aux services de médecine du travail.

Pour aider les organisations et les travailleurs, l’OMS a produit une série sur la protection de la santé des travailleurs qui donne des conseils sur les problèmes courants comme le harcèlement et le stress pouvant affecter la santé des travailleurs. Dans le cadre du programme d’action de l’OMS Combler les lacunes en santé mentale (mhGAP), qui fournit des outils pour des soins scientifiquement fondés, les instruments techniques de l’OMS pour l’identification précoce et la prise en charge des troubles liés à la consommation d’alcool ou de drogues et pour la prévention du suicide peuvent aussi être utiles pour améliorer la santé mentale au travail.

L’OMS prépare et teste des outils d’auto assistance sur les troubles mentaux courants, l’usage nocif de l’alcool et la détresse psychologique dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Voir aussi