Sommaire du savoir: La santé des femmes et des enfants n° 22 - Atteindre les enfants mariées

Editeur: Partenariat pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l'enfant
Date de publication: 2012
Langue: anglais, français


Le mariage d’enfants touche chaque année10 millions de filles âgées de moins de 18 ans. Ses répercussions négatives sur le plan sanitaire et social sont notamment les suivantes : taux plus élevés de mortalité maternelle et infantile, d’infections sexuellement transmissibles, d’isolement social et de violence domestique par rapport à ceux enregistrés pour les femmes mariées plus âgées. Les Nations Unies définissent le mariage d’enfants comme une violation des droits fondamentaux et œuvrent pour mettre fin à cette pratique, dont beaucoup de filles sont néanmoins encore victimes chaque année dans le monde. Sans perdre de vue l’importance de faire cesser la pratique du mariage d’enfants, il faut également mettre en œuvre des interventions ciblées pour en limiter les conséquences négatives pour la santé et le développement. Les services de santé peuvent servir de point d’accès à des interventions sanitaires et sociales afin de diminuer les risques associés à la grossesse et d’améliorer la santé génésique et la santé de l’enfant. Ils peuvent également favoriser l’établissement de liens avec d’autres secteurs tels que l’enseignement de type scolaire ou non et la production de revenus afin de limiter les incidences négatives du mariage d’enfants.

Problématique

Chaque année, 10 millions de filles se marient avant leur 18e anniversaire ; dans le monde en développement, une fille sur sept est mariée avant l’âge de 15 ans. En Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, plus de 40 % des filles sont mariées à l’âge de 18 ans. Les Nations Unies considèrent le mariage d’enfants comme une grave violation des droits fondamentaux qui menace la réalisation de presque tous les objectifs du Millénaire pour le développement. De nombreuses pressions économiques, sociales et culturelles contribuent à pérenniser la pratique du mariage d’enfants, d’où la difficulté de s’attaquer à cette question.

Le mariage d’enfants a des conséquences nombreuses et graves pour la santé et la protection des filles. Les adolescentes mariées sont plus susceptibles d’avoir une grossesse à l’issue défavorable, d’être infectées par le VIH, d’avoir recours à l’avortement dans de mauvaises conditions de sécurité, d’être victimes de violence domestique et sexuelle, que les filles non mariées ou les femmes mariées plus âgées. Les enfants mariées connaissent également l’isolement social et ont peu de contacts avec leur famille biologique et leurs cercles sociaux. De plus, le mariage est lié de façon dramatique à l’arrêt prématuré des études ; les enfants mariées ont moins de chances de bénéficier de programmes de développement économique ou d’accéder à des sources de revenus.

Conséquences sanitaires négatives associées au mariage d’enfants

Le mariage d’enfants a des répercussions négatives sur la santé génésique. Un tiers des femmes dans les pays en développement et 55 % des femmes en Afrique occidentale sont mères à l’âge de 20 ans; 90 % de ces naissances surviennent dans le cadre du mariage. Le jeune âge, combiné avec un accès restreint aux services de santé, un manque d’informations sur la santé génésique, des pressions culturelles, et un contrôle ou une autonomie limités pour la prise de décisions, est à l’origine de grossesses à haut risque. Ces grossesses, en particulier les premières grossesses, se conjuguent avec des taux élevés de mortalité maternelle, de dystocie, d’hypertension induite par la grossesse et de fistule. Les filles âgées de 10 à 14 ans ont cinq fois plus de risques de mourir pendant la grossesse ou l’accouchement que les femmes âgées de 20 à 24 ans. La grossesse précoce est également associée à des incidences négatives sur la santé maternelle dues à des naissances fréquentes, à des grossesses non planifiées et à la pratique de l’avortement. Les adolescentes primigestes cumulent les risques liés à l’âge et à la condition féminine, ce qui les rend particulièrement vulnérables.

Le jeune âge des mères compromet aussi la santé de leurs bébés, qui sont exposés à un risque de mortalité néonatale et infantile considérablement plus élevé. Les mères adolescentes sont également susceptibles d’adopter des pratiques inappropriées pour nourrir leur enfant, des pratiques moins cohérentes en matière de soins, par exemple pour la vaccination, et risquent davantage d’avoir des enfants émaciés ou souffrant d’un retard de croissance, que les mères plus âgées.

Ce qui fonctionne

Si l’objectif ultime est de mettre un terme au mariage d’enfants, il est souvent difficile d’obtenir l’adhésion des politiques et l’acceptation de la société dans les pays où cette pratique est culturellement enracinée ; ce qui accroît d’autant plus l’importance des programmes visant à améliorer la santé et le bien-être des adolescentes mariées.

Soutenir les jeunes filles mariées les plus difficiles à atteindre par le biais des services de soins prénatals

En raison de l’isolement social, de la pauvreté et d’autres pressions, beaucoup de jeunes filles mariées ont des contacts limités avec des services de santé structurés avant ou après la grossesse. Un premier contact avant la grossesse est idéal pour reporter celle-ci, encourager la planification familiale et l’espacement des naissances, et influer sur le bien-être général. Cela posé, la plupart des femmes dans le monde bénéficient d’une forme de soins prénatals au moins une fois au cours de la grossesse. Même une brève rencontre avec un service de santé peut être utilisée pour repérer les premières grossesses des adolescentes et fournir à ces dernières un soutien et des services.

En repérant les adolescentes primigestes par le biais des services de soins prénatals et en fournissant des services souvent en dehors des établissements de santé, il est possible de satisfaire les besoins en matière de santé génésique, d’avortement médicalisé et de planification familiale ; d’agir sur l’espacement des naissances ; de réaliser des progrès dans le domaine de la santé de la mère et de l’enfant ; et d’avoir une incidence positive sur la croissance de la population et la démographie. En Éthiopie, le programme Berhane Hewan a permis de repérer ces filles grâce aux services de soins prénatals et de les inscrire à des programmes communautaires, y compris pour qu’elles se joignent à un groupe de filles ou reçoivent des visites à domicile. Par rapport aux filles qui n’étaient pas inscrites au programme, les filles qui y participaient étaient trois fois plus susceptibles d’utiliser des moyens de contraception, d’être informées de l’existence des services de conseil et de dépistage, et d’avoir des réseaux sociaux plus solides. Les interventions ciblées sur les adolescentes concernées par la grossesse se sont aussi avérées cruciales pour dispenser des soins pour l’accouchement sans risque et des soins postnatals, améliorer les pratiques d’alimentation et la couverture vaccinale, et limiter le nombre d’issues défavorables liées à l’âge pour la mère comme pour l’enfant.

Utiliser les services de santé pour accéder à d’autres services

Le contact initial avec les soins prénatals peut permettre aux adolescentes mariées d’accéder à des services multisectoriels10. Les services de santé peuvent servir de point d’accès à des programmes de développement plus vastes et à d’autres sources de soins dans la communauté qui offrent une protection plus grande. La fourniture de services multisectoriels aux adolescentes mariées peut les responsabiliser et les aider à développer une plus grande autonomie. Par ailleurs, grâce à un premier contact avec les services de santé, les filles peuvent s’engager dans des programmes communautaires pour améliorer la communication avec leur partenaire et obtenir son appui, et participer à la prise de décision dans le ménage. Ces programmes sont essentiels pour aider les filles à agir selon leurs propres intérêts, à devenir actives au sein de leur foyer, à développer des compétences de communication plus grandes, à intégrer des groupes de filles, à établir des liens avec leur communauté. Les groupes de filles et les programmes communautaires peuvent également servir à ramener les filles vers les services de santé si nécessaire, afin de promouvoir des progrès suivis dans le domaine de la santé.

Les mères adolescentes peuvent aussi entreprendre des études de type scolaire ou non, participer à des activités de renforcement des capacités, et trouver des sources de revenus. Si elles sont beaucoup moins susceptibles de gagner un salaire ou de prendre part à des activités économiques, elles peuvent grâce à des interventions ciblées accéder à une certaine indépendance financière, apporter une contribution pécuniaire au ménage, ou faire des économies pour les besoins médicaux d’urgence, par le développement des capacités, la production de revenus et l’acquisition de stratégies de planification financière.

Rôle critique des évaluations et de la couverture étendue

La plupart des programmes visant à agir à l’égard du mariage d’enfants nécessitent une évaluation plus rigoureuse. Pour les programmes n’ayant pas encore été évalués, le suivi et la production de données sont nécessaires pour repérer les programmes qui donnent de bons résultats et soutenir la poursuite de leur mise en œuvre sur une grande échelle. Les initiatives prometteuses pourraient également servir de référence pour l’évaluation.

Les programmes devraient être étendus là où il apparaît qu’ils sont couronnés de succès. Dans beaucoup de pays où la prévalence est forte, les programmes déployés peuvent être axés sur les régions sensibles où l’on enregistre des taux particulièrement élevés de mariages d’enfants. Il faut privilégier les interventions ciblées spécifiques aux cultures et les associer à l’évaluation et à la production de données. Des partenariats en vue avec les gouvernements et les responsables politiques, et l’appui de ces partenaires, sont d’intérêt vital pour le déploiement, la pérennité et l’acceptation culturelle de ces programmes.

Conclusion

Les adolescentes mariées ont été une population mal desservie dans la lutte visant à mettre un terme au mariage d’enfants et à protéger les enfants. Sans perdre de vue l’importance de mettre fin à cette pratique, il faut aussi prévoir des interventions ciblées pour en limiter les conséquences négatives sur le plan sanitaire et social. Ces interventions peuvent être conçues et assurées par les services de santé pour améliorer le développement et le bien-être des adolescentes mariées. Les partenariats avec les gouvernements, la mise en œuvre de la législation existante et l’adoption d’une approche reposant sur les droits de l’homme peuvent constituer des fondements essentiels pour des programmes durables et susceptibles d’être appliqués sur une plus grande échelle.

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