Stratégie mondiale pour la santé de la femme et de l'enfant


Davantage de santé pour l’argent investi

Nous devons optimiser l’impact de l’investissement en intégrant les efforts consacrés à diverses maladies et à divers secteurs, en utilisant des approches et des outils novateurs qui présentent un bon rapport coût/ efficacité et reposent sur des données factuelles, et en améliorant l’efficacité des voies de financement.

Accroître l’efficacité par le biais de l’intégration

Les conditions dans lesquelles les femmes et les enfants naissent, grandissent, vivent et travaillent ont une incidence majeure sur leur santé. Les actions menées en faveur de la santé doivent être étroitement liées à celles qui visent à combattre la pauvreté et la malnutrition, à améliorer l’accès à l’éducation, à assurer l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, à lutter contre les principales maladies, et à améliorer l’accès à une eau de boisson salubre, à des installations sanitaires appropriées et à un environnement non pollué et sûr. Intégrer la fourniture de soins aux femmes et aux enfants à d’autres services est un moyen efficace et rentable d’obtenir de bons résultats. Ainsi, investir à la fois dans la planification familiale et dans les services destinés à la mère et au nouveau-né permet d’économiser US $1,5 milliard pour des résultats identiques.12

L’Égypte est l’un des rares pays à être sur la bonne voie pour réaliser les OMD 4 et 5. Elle le doit au fait d’avoir intégré les programmes relatifs à la santé de l’enfant et à la planification familiale ; d’avoir amélioré les installations pour renforcer les programmes de maternité sans risque ; d’avoir associé des programmes de réhydratation orale à l’extension des réseaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement ; et d’avoir formé des agents de santé parallèlement à l’exécution de programmes de sensibilisation communautaires.13

Par ailleurs, la mortalité maternelle a chuté de 75 % dans deux communautés autochtones de La Paz (Bolivie) grâce à l’action des femmes, qui ont mis en oeuvre des programmes d’éducation et d’autonomisation, mené un travail de sensibilisation auprès des hommes au sujet de l’égalité des sexes et de la santé génésique, et formé des agents de santé communautaires.14

Utiliser l’innovation pour accroître l’efficience et l’impact

Certains des pays les plus pauvres ont obtenu d’excellents résultats en ce qui concerne la réduction de la mortalité maternelle et néonatale et l’amélioration de la santé des femmes et des enfants. Il est possible de faire mieux encore en adoptant des approches novatrices qui permettent notamment d’éliminer les obstacles à la santé. De telles approches doivent être mises en place pour toutes les activités : direction des opérations, financement (mesures d’incitation pour l’obtention d’une meilleure performance et de meilleurs résultats, notamment), outils et interventions, prestation des services, contrôle et évaluation.15

L’innovation et la téléphonie mobile – un potentiel sans précédent

Il existe près de 5 milliards de téléphones mobiles dans le monde. Selon des estimations de l’ONU, d’ici à 2012, la moitié des habitants des zones reculées en posséderont un.18 Plus de 100 pays étudient actuellement la possibilité d’utiliser ces appareils pour améliorer la santé. Au Ghana, par exemple, les infirmières sages-femmes s’en servent pour consulter leurs collègues et leurs supérieurs lorsqu’elles se trouvent devant des cas complexes. En Inde, mDhil utilise les textos pour fournir des informations sur diverses questions de santé rarement abordées et favoriser la prévention et l’autoprise en charge par les patients. Au Rwanda, un système d’alerte rapide par SMS permet aux agents de santé communautaires de signaler les cas obstétricaux ou néonatals urgents aux centres de santé, qui peuvent ainsi leur donner des conseils ou, au besoin, appeler une ambulance.

Il est primordial d’innover aussi dans la conduite des opérations. Dans plusieurs pays, une direction nationale dynamique exercée au niveau du cabinet des ministres, avec l’appui du Parlement, responsabilise les collectivités locales pour les résultats qu’elles obtiennent. Au Rwanda, par exemple, les ministères doivent prévoir dans leurs plans des actions en faveur des femmes et adopter une budgétisation sexospécifique. Au niveau local, des délégations de dirigeants communautaires enquêtent sur les cas de décès liés à la grossesse, et l’administration effectue ensuite un contrôle. Ce mode de conduite des opérations d’un type nouveau, axé sur les résultats, a permis le développement rapide des systèmes de santé, souvent grâce à des programmes novateurs visant à former de nouveaux agents de santé et à les fidéliser.

Des mécanismes de financement novateurs peuvent permettre d’exploiter l’énorme potentiel de la communauté mondiale dans son ensemble et d’accroître les flux d’argent au profit de la santé de la femme et de l’enfant. Par exemple, UNITAID a négocié la perception d’une taxe sur tous les vols au départ des pays partenaires et rassemblé ainsi près de US $1 milliard, et l’initiative de l’UNICEF « Check Out For Children » a permis de recueillir au total US $22 millions auprès des clients d’hôtel, qui ont fait don d’un dollar en réglant leur note.

Le financement fondé sur les résultats – fourniture d’argent ou de biens subordonnée à l’exécution d’une action mesurable ou à la réalisation d’un objectif de performance précis – peut améliorer l’utilisation des services de santé, de même que leur qualité et leur efficience, et accroître l’équité. En Inde, par exemple, le programme Janani Suraksha prévoit la remise d’une somme d’argent aux agents de santé et aux femmes enceintes vivant dans la pauvreté si les intéressées accouchent dans une structure de santé publique ou un établissement privé homologué.16 Entre 2006 et 2008, le nombre de bénéficiaires de ce programme a été décuplé.17

Les systèmes de prestation de services innovants ont de même permis des gains d’efficience. Les « Journées de la santé de l’enfant » et les « Semaines de la santé de l’enfant » ont facilité la mise en oeuvre de toute une série d’interventions peu coûteuses à fort impact telles que la supplémentation en vitamine A, des vaccinations, et la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide pour prévenir le paludisme. Dans des zones ciblées d’Éthiopie, de Madagascar, du Mali, du Mozambique, de Tanzanie, de Zambie, du Nigéria et du Niger, ces interventions ont touché plus de 80 % des enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, dans de nombreux pays, on utilise les technologies de l’information et de la communication pour assurer une meilleure éducation pour la santé, fournir des informations sanitaires, améliorer les soins et renforcer le contrôle et l’évaluation, et cette pratique est appelée à se développer rapidement au cours des années à venir.

Les partenariats public-privé permettent de mettre à profit la volonté du secteur privé d’innover et de prendre des risques, de fournir des informations et d’améliorer la qualité des services, ainsi que d’accélérer l’élaboration de nouveaux vaccins, médicaments ou technologies. Le secteur public et le secteur privé peuvent unir leurs efforts pour mieux s’attaquer aux problèmes que connaissent des milliards d’habitants des pays émergents. Ainsi, en Chine, Goodbaby, société qui vend des produits pour bébés, emploie un millier de professionnels de la santé, chargés de donner des consultations par téléphone aux parents, et elle gère un site Web qui reçoit plus de trois millions de visites par jour. En Tanzanie, l’administration chargée de la réglementation des aliments et des médicaments a créé un système réglementaire innovant pour les produits pharmaceutiques ; elle a mis en place un réseau de points de distribution de médicaments au détail (ADDO) qui fournit des médicaments et des services de qualité d’un coût abordable dans les zones rurales où les pharmacies sont rares.

Les innovations technologiques peuvent elles aussi jouer un rôle de première importance. Premièrement, elles permettent parfois de simplifier des appareils coûteux et difficiles à manier, comme les respirateurs et les instruments servant à l’administration des traitements, de sorte qu’ils deviennent plus abordables et peuvent être utilisés à domicile ou dans la communauté, soit là où ont lieu la plupart des naissances. Les entreprises du secteur de la santé devraient examiner leurs lignes de produits (analyse du nombre d’unités fabriquées, de la facilité d’emploi, du prix, et de l’intégration du produit dans des réseaux de distribution) et s’assurer que leurs matériels peuvent être utilisés dans un contexte familial ou communautaire. Deuxièmement, de nouvelles interventions et de nouveaux outils peuvent se révéler utiles pour faire face à des problèmes tels que les accouchements prématurés et mettre au point des vaccins contre le sida et d’autres maladies.

L’innovation peut également faciliter le contrôle et l’évaluation.19 Au Pérou et au Nicaragua, de nouvelles méthodes de collecte de données en ligne ont permis de faire des déclarations mensuelles et d’obtenir ainsi des améliorations rapides des résultats sanitaires. Des techniques analogues peuvent être utilisées pour surveiller les décès maternels et repérer les facteurs qui y contribuent.

Accroître l’efficacité des voies de financement

Plusieurs groupes de travail internationaux et régionaux ont souligné combien il importe que les financements soient durables, prévisibles et harmonisés.20 Pourtant, les financements sont souvent imprévisibles, de sorte qu’il est impossible pour les pays d’intensifier leur action et de planifier l’avenir. Souvent, les engagements et les versements ne parviennent pas aux pays et, lorsque le financement arrive, il est fréquemment réservé à des usages très précis. Certains donateurs financent des initiatives analogues dans un même pays au lieu de coordonner leurs activités. Les pays qui ne disposent pas d’un plan national de santé unique n’ont pas toujours des priorités sanitaires explicites qui puissent guider l’utilisation des fonds et ils ne déboursent pas toujours tous les fonds qu’ils ont budgétisés.

Les pays et les donateurs ont adopté un ensemble de principes axés sur l’efficacité de l’aide afin de remédier à ces problèmes.21 Les pays s’attacheront à élaborer des plans de santé nationaux et les donateurs adapteront leur aide en conséquence. Ils harmoniseront également leurs budgets, en prévoyant des rubriques distinctes pour les dépenses de santé, avec mention de toutes les dépenses publiques et de tous les financements en provenance de donateurs. Certains pays et donateurs utilisent déjà le Partenariat international pour la santé et initiatives apparentées (IHP+) pour améliorer et harmoniser leurs activités, réduire la dispersion et faire en sorte que des financements plus importants parviennent rapidement à ceux qui en ont besoin.

Aujourd’hui, les fonds en faveur de la santé de la femme et de l’enfant parviennent aux pays par de multiples voies, notamment par les canaux de financement bilatéraux et multilatéraux traditionnels. Afin d’améliorer l’acheminement des financements actuels et à venir destinés au renforcement des systèmes de santé, la Banque mondiale, l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ont mis en place, avec l’aide de l’OMS, un mécanisme appelé Plate-forme de financement des systèmes de santé, par lequel ils s’engagent à coordonner leurs financements pour le soutien des systèmes de santé en général et à les aligner sur les priorités, plans, calendriers et processus des pays. Ce dispositif, qui est en train d’être mis en place dans plusieurs pays, est ouvert à d’autres bailleurs de fonds. Des financements nouveaux d’un montant supérieur à US $1 milliard22 seront transmis aux pays par son intermédiaire.23 Le Népal est un exemple de pays ayant opté pour la plate-forme pour aligner les programmes et les dons des partenaires sur son plan national de santé.

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