Santé sexuelle et génésique des adolescents
Interroger les jeunes sur leur sexualité et leur attitude vis-à-vis de la procréation
Sujets des entretiens individuels et des groupes de discussion : choix du partenaire, sexualité et prise de risque
Roger Ingham, Nicole Stone
INTRODUCTION
Les entretiens individuels semi-dirigés et les groupes de discussion sont un moyen idéal d’obtenir des données pertinentes sur le sens de la sexualité des jeunes ainsi que le processus identitaire et le contexte dans lesquels elle s’inscrit. Ce module de base propose des sujets à aborder lors des entretiens et des groupes de discussion avec les jeunes, dans les domaines suivants : la sexualité, les rencontres amoureuses et la perception des risques.
Les sujets proposés se rapportent aux domaines ou aux thèmes qui pourraient être abordés au cours des entretiens et des groupes de discussion et sont accompagnés d'éléments clés et d'exemples de questions et de suggestions pour approfondir les entretiens. Ces listes de sujets ne sauraient toutefois être exhaustives. Il est à noter que les instruments présentés sont axés sur les sujets plutôt que sur les questions en tant que telles et que les questions proposées, sont essentiellement des exemples et ne doivent pas être considérées comme la seule façon, moins encore la meilleure façon, d'étudier le sujet. Il faut absolument que les chercheurs qui utilisent ce module s’efforcent d’administrer les questionnaires dans le respect du contexte culturel. Chaque équipe de chercheurs doit consacrer du temps à affiner et à arrêter la liste des sujets en fonction de ses domaines de recherche. En outre, l’équipe devrait se réunir à intervalles réguliers pour faire le point des améliorations apportées au questionnaire, à la rédaction des questions, etc…
Entretiens approfondis
Les sujets sont classés en sections. Il est conseillé de prévoir également une entrevue préalable pour recueillir des données démographiques afin d’évaluer l’échantillon des personnes interrogées dans sa globalité et de constituer une base pour effectuer des comparaisons préliminaires entre les personnes interrogées. Par exemple :
- Age, sexe, relation actuelle, enfants, frères et soeurs, groupe ethnique/linguistique, religion
- Lieu de résidence précédent et lieu de résidence actuel, type de logement, milieu urbain/rural
- Personnes ayant partagé et partageant le logement
- Scolarisation passée et actuelle
- Profession et revenu actuels
- Profession des parents
Les sections ne doivent pas être envisagées comme une simple suite de questions mais plutôt comme un point de départ permettant aux chercheurs d’élaborer des listes plus détaillées, adaptées à la culture dans laquelle s’inscrivent leurs recherches et permettant d’aborder les sujets qui présentent le plus d’intérêt. La détermination des affects, des comportements, de la cognition et du contexte est cruciale et il faut obtenir, pour chaque section, y compris le questionnaire final, des informations sur ces quatre aspects ; par exemple : « Qu’en avez-vous pensé ? », « Comment cela s’est-il passé ? », « Qu’avez-vous ressenti ? », « Quel était le contexte ? », « Que se passait-il d’autre ? ». Il faut aussi vérifier constamment que l’interlocuteur comprend pourquoi certains événements et certaines situations se sont produits et pourquoi il a éprouvé certains sentiments. Certains chercheurs peuvent estimer utile de privilégier certains domaines, d’en étudier les différentes dimensions et d’effectuer des comparaisons entre domaines ; ainsi, les pratiques sexuelles à risque, les abus sexuels ou les sentiments en matière de sexualité comportent de nombreuses dimensions. De même, il peut être utile de comparer les réponses contrastées données par un jeune au sujet de sa propre vie sur l’expérience des connaissances de son âge. On peut ainsi demander à quelqu’un si ses parents étaient plus ouverts que les parents de ses amis.
Section 1 : sources d’information
La section 1 vise à déterminer si la personne interrogée connaît des sources d’information sur les relations, la sexualité et la contraception. Elle met l’accent sur le rôle des parents, des aînés, du système éducatif et des médias dans l’information donnée aux jeunes sur la santé sexuelle. La qualité et la pertinence des informations recueillies sont vérifiées en même temps que sont étudiés les obstacles à une meilleure information. On cherchera aussi à savoir si les personnes connaissent d'autres moyens d'obtenir des conseils et un appui et quel usage elles en font.
Sections 2 et 3 : Evolution de la sexualité et premier rapport
Les sections 2 et 3 ont pour thème les relations et l’évolution de la sexualité jusqu'au premier rapport, y compris les circonstances détaillées de son déroulement. . Les affects, le comportement et le contexte revêtent ici une importance cruciale. La section 2 vise principalement à mieux connaître l’évolution de la sexualité de la personne interrogée et les facteurs qui déterminent cette évolution, notamment l’attitude des parents, les pressions exercées par les personnes du même âge et les normes culturelles. La section 3 s’intéresse au premier rapport sexuel, à son contexte et à la prise de risque. Sur ce point précis, la maîtrise du déroulement du premier rapport sexuel et, plus généralement, l’évolution de la sexualité jusqu’à ce premier rapport sont des aspects importants.
Les chercheurs doivent s’assurer de saisir le type de relations qu’a la personne interrogée. Il s’agit principalement de déterminer dans quelle mesure la personne a l’impression de maîtriser ou non ses relations sexuelles.
Le sens et l’importance de la sexualité sont essentiels dans l’opposition entre compulsivité sexuelle et recherche du contact. La sexualité solitaire permet de mesurer si la sexualité est importante en soi, en plus de ou par opposition à une pratique sexuelle essentiellement relationnelle.
Les chercheurs ne doivent pas perdre de vue que toutes les expériences ne sont pas forcément hétérosexuelles et que certaines personnes interrogées ont pu être victimes d'abus sexuels dans leur enfance. Si tel semble être le cas, l'enquêteur devra faire preuve de tact pour obtenir autant d'informations que possible et il devra distinguer, au cours de l’entrevue, ces expériences sexuelles et celles considérées comme consenties.
Section 4 : inexpérience sexuelle
Les questionnaires doivent être conçus pour tenir compte de l'inexpérience sexuelle éventuelle de certaines personnes. La section 4 est destinée à déterminer les raisons pour lesquelles la personne interrogée n’a pas encore eu de rapports sexuels et pour recueillir ses sentiments et ceux de son entourage à ce sujet.
Section 5 : sexualité après le premier rapport
La section 5 suit un ordre chronologique. On demande à la personne interrogée de se rappeler et de décrire son parcours, ses sentiments et ses relations depuis le premier rapport sexuel, en s’arrêtant notamment sur la période récente. Pour pouvoir effectuer des comparaisons, il faut, lorsque cela est possible, examiner avec attention la description des rapports récents notamment sous l’angle de la prise de risque. Le recours à la contraception, la perception du risque, la vulnérabilité les questions qui y sont liées sont étudiés en détail.
Les chercheurs qui incorporent cette section dans l’entrevue doivent s’intéresser au choix des partenaires, au comportement à l’intérieur de la relation et à l’apparition et à l’évolution de comportements visant à se protéger. Il est ainsi possible d'établir comment les compétences relationnelles évoluent en étudiant, par exemple, comment la personne interrogée a fait face aux pressions sexuelles.
Section 6 : prise de risque
La section 6, étroitement liée à la section 5, élargit l’étude de la prise de risque, de la perception du risque, de la vulnérabilité et des mécanismes utilisés pour éviter les risques.
Section 7 : recours aux services de santé sexuelle
La section 7 traite du recours aux services de santé sexuelle proposés aux jeunes dans leur localité, y compris par les centres de santé et les organisations pour la jeunesse, ainsi que des connaissances et attitudes concernant ces services. On recueille les opinions de la personne interrogée sur la pertinence des services et des moyens matériels proposés, ainsi que sur la manière de les améliorer éventuellement.
Comme pour d’autres sections, les chercheurs doivent être conscients que certains jeunes ne se sont encore jamais adressés et ne s’adresseront peut-être jamais à des sources reconnues pour obtenir des informations et des conseils en matière de santé sexuelle, auquel cas il faudra prévoir de poser d’autres questions.
Groupes de discussion
Les groupes de discussion sont particulièrement utiles lorsqu’on souhaite obtenir des données sur les normes sociales et les attentes culturelles dans différents domaines. Le recours aux groupes de discussion repose sur l’hypothèse que la sexualité des jeunes est, pour une large part, déterminée par les conversations et les relations qu’ils ont entre eux. Malgré la diversité des réactions individuelles aux pressions exercées par les camarades (conformité, rejet, non prise en compte, etc.…), une identification des discours permettra de disposer d’informations pertinentes qui viendront s’ajouter aux données recueillies.
Le but précis du groupe de discussion n'est pas, comme dans les entretiens approfondis, de rassembler des informations sur les réactions des personnes. Les groupes de discussions ne sont destinés à établir un compte rendu des réactions et comportements individuels que de manière très générale. Le groupe sert plutôt à avoir un aperçu du langage utilisé, des valeurs qu’il véhicule et de la palette des significations et à repérer les domaines dans lesquels il y a accord ou désaccord entre les membres des communautés.
Les groupes de discussion servent également à sensibiliser les chercheurs qui effectuent l’analyse qualitative des données aux dimensions sociales ou de groupe qui influent sur le comportement de l’individu - langage, discours dominant, pressions sociales, etc.… Il ne faut pas s’attendre à ce que les personnes interrogées, surtout des plus jeunes, soient capables d’exprimer verbalement ces dimensions sociales ou d’entamer une réflexion sur ce point. L’analyse du contenu des groupes de discussion peut permettre de dégager un cadre pour interpréter les réponses données lors des entretiens individuels dans les domaines suivants : éducation sexuelle, différences entre hommes et femmes et sexualité, risques et responsabilités, circonstances, respect et violation des règles, opinions sur l’utilisation du préservatif et les autres pratiques sexuelles à moindre risque, y compris l’abstinence.
Les sujets abordés dans les groupes de discussion sont pratiquement identiques à ceux qui peuvent être traités dans le cadre d'entretiens individuels, à l'exception, évidemment, des aspects plus intimes du comportement actuel et passé.
Pour de plus amples renseignements et pour obtenir des conseils sur le déroulement des entrevues et des groupes de discussion, se reporter aux articles suivants :
Hennink M & Diamond I (1999) Using focus groups in social research. In Handbook of the Psychology of Interviewing. pp113-144. Edited by Memon A & Bull R. John Wiley & Sons Ltd. Ingham R, Vanwesenbeeck I & Kirkland D (1999) Interviewing on sensitive topics. In Handbook of the Psychology of Interviewing. pp145-164. Edited by Memon A & Bull R. John Wiley & Sons Ltd.