Santé sexuelle et reproductive

Complications sanitaires des mutilations sexuelles féminines

De nombreuses complications

De manière générale, plus l’intervention pratiquée est importante, plus les risques augmentent. Lorsque les données disponibles le permettent, les variations par type sont précisées. Comme l’on dispose de peu de données sur les différentes pratiques que recouvrent les mutilations de type IV, aucune information à leur sujet n’a été incluse.

Risques immédiats de complications sanitaires pour les types I, II et III

Douleurs sévères: Le fait de couper les terminaisons nerveuses et d’enlever du tissu génital entraîne des douleurs sévères. On procède rarement à une véritable anesthésie et, si on y a recours, elle n’est pas toujours efficace. La période de cicatrisation est également douloureuse. Les mutilations de type III représentent une intervention plus importante, qui dure plus longtemps (15 à 20 minutes); de ce fait, les douleurs sont plus intenses et durent plus longtemps. La période de cicatrisation est d’autant plus longue et difficile (1).

Un état de choc peut être causé par la douleur et/ou par une hémorragie (2).

Des saignements excessifs (hémorragie) et des chocs septiques ont été constatés (3).

On peut observer des difficultés à uriner, et à aller à la selle, en raison des tuméfactions, des œdèmes et de la douleur (4).

Des infections peuvent se produire après l’utilisation d’instruments contaminés (par exemple l’utilisation des mêmes instruments pour plusieurs opérations) et également pendant la période de cicatrisation (5).

Virus de l’immunodéficience humaine (VIH): l’utilisation des mêmes instruments chirurgicaux sans stérilisation pourrait accroître le risque de transmission du VIH entre les filles qui subissent des mutilations sexuelles féminines en même temps (6). Dans une des études, une association indirecte a été constatée (7), mais aucune association directe n’a été établie (8), peut-être du fait de la rareté des excisions collectives au moyen du même instrument et de la faible prévalence du VIH parmi des filles de l’âge auquel l’intervention est réalisée.

Le décès peut être causé par une hémorragie ou des infections, y compris le tétanos et le choc (9).

Conséquences psychologiques : la douleur, le choc et le recours à la force physique par les personnes qui pratiquent l’intervention sont cités comme autant de raisons pour lesquelles bon nombre de femmes décrivent les mutilations sexuelles féminines comme un traumatisme (10).

Accolement non intentionnel des lèvres : plusieurs études montrent que, dans certains cas, ce qui devait être une mutilation de type II peut devenir, en raison de l’adhérence des lèvres, une mutilation de type III (11).

Les mutilations sexuelles féminines répétées semblent être assez fréquentes pour le type III, en général du fait de l’échec de la cicatrisation (12).

Références

1. Type I and II: El-Defrawi et al., 2001; Dare et al., 2004; Malmström, 2007. Type III: Boddy, 1989; Dirie and Lindmark, 1992; Chalmers and Hashi, 2000; Gruenbaum, 2001; Johansen, 2002
2. Type I and II: Egwuatu and Agugua, 1981; Agugua and Egwuatu, 1982. Type III: Dirie and Lindmark, 1992; Almroth et al., 2005a
3. Dirie and Lindmark, 1992; Jones et al., 1999; Chalmers and Hashi, 2000; Dare et al., 2004; Yoder et al., 2004
4. Type I and II: El-Defrawi et al., 2001; Dare et al., 2004; Yoder et al., 2004. Type III: Dirie and Lindmark, 1992; Chalmers and Hashi, 2000; Yoder et al., 2004; Almroth et al., 2005a
5. Dirie and Lindmark, 1992; Chalmers and Hashi, 2000; Almroth et al., 2005a,b
6. Klouman et al., 2005; Morison et al., 2001
7. Yount and Abraham, 2007
8. Morison et al., 2001; Okonofua et al., 2002; Klouman et al., 2005
9. Mohamud, 1991
10. Boddy, 1989; Johansen, 2002; Talle, 2007; Behrendt and Moritz, 2005; Malmström, 2007
11. Egwuatu and Agugua, 1981; Agugua and Egwuatu, 1982; Dare et al., 2004; Behrent, 2005
12. Dirie and Lindmark, 1992; Chalmers and Hashi, 2000; Johansen, 2006b

Risques sanitaires à long terme résultant des mutilations de types I, II et III (pouvant survenir à n’importe quel moment de la vie)

Douleur: la douleur chronique peut être due au fait que les terminaisons nerveuses sont coincées ou n’ont plus de protection (13).

Infections: des kystes dermoïdes, des abcès et des ulcères génitaux peuvent apparaître, avec une perte superficielle de tissu (14). Des infections pelviennes chroniques peuvent provoquer des douleurs dorsales ou des douleurs pelviennes chroniques (15). Des infections des voies urinaires peuvent remonter jusqu’aux reins et éventuellement entraîner une insuffisance rénale, une septicémie ou la mort. L’augmentation du risque d’infections récurrentes des voies urinaires est bien établie, aussi bien chez les filles que chez les femmes adultes (16).

Chéloïde: un excès de tissus cicatriciels peut se former à l’endroit de l’excision (17).

Infections de l’appareil reproducteur et infections sexuellement transmissibles : une fréquence accrue de certaines infections génitales, y compris des vaginoses bactériennes, a été mise en évidence (18). Certaines études font état d’un risque accru d’herpès génital, mais aucune association n’a été constatée avec d’autres infections sexuellement transmissibles (19).

Virus de l’immunodéficience humaine (VIH) : l’augmentation du risque de saignements au cours des rapports sexuels, qui est fréquente lorsque la désinfibulation est nécessaire (type III), peut accroître le risque de transmission du VIH. La prévalence accrue de l’herpès chez les femmes qui ont subi des mutilations sexuelles féminines peut également accroître le risque d’infection par le VIH, étant donné que l’herpès génital est un facteur de risque dans la transmission du VIH.

Qualité de la vie sexuelle : l’ablation de tissus génitaux extrêmement sensibles ou les lésions de ces tissus, en particulier le clitoris, peuvent avoir une incidence sur la sensibilité sexuelle et aboutir à des problèmes sexuels tels qu’une diminution du plaisir et des douleurs au cours des rapports. La formation de cicatrices, la douleur et les souvenirs traumatisants associés à l’intervention peuvent également entraîner ce type de problèmes (20).

Complications à la naissance : l’incidence des accouchements par césarienne et des hémorragies du post-partum est nettement plus élevée, ainsi que la fréquence des déchirures périnéales et du recours aux épisiotomies. Le risque augmente avec l’ampleur de la mutilation (21). Les fistules obstétricales sont une complication du travail prolongé et de la dystocie et peuvent donc être une conséquence secondaire des complications obstétricales dues aux mutilations sexuelles féminines (22). Des études analysant un rapport éventuel entre ces mutilations et les fistules obstétricales sont en cours.

Risque pour le nouveau-né : des taux de décès plus élevés, ainsi que des résultats de l’indice d’Apgar inférieurs ont été constatés, le risque augmentant avec la gravité de la mutilation sexuelle féminine (23).

Conséquences psychologiques : certaines études ont démontré une plus grande probabilité de crainte des rapports sexuels, d’état de stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression et de pertes de mémoire. Il est possible que la signification culturelle que revêt la pratique n’offre aucune protection contre les complications psychologiques.

Références

13. Akotionga et al., 2001; Okonofua et al., 2002; Fernandez-Aguilaret and Noel, 2003
14. Egwautu and Agugua 1981; Dirie and Lindmark, 1992; Chalmers and Hashi, 2000; Rouzi et al., 2001; Okonofua et al., 2002; Thabet and Thabet, 2003
15. Rushwan, 1980; Klouman et al., 2005
16. Ismail, 1999; Knight et al., 1999; Almroth et al., 2005a
17. Jones et al., 1999; Okonofua et al., 2002
18. Morison et al., 2001; Okonofua et al., 2002; Klouman et al., 2005; Elmusharaf et al., 2006b
19. Morison et al., 2001; Okonofua et al., 2002; Klouman et al., 2005; Elmusharaf et al., 2006b
20. Knight et al., 1999; Thabet and Thabet, 2003; El-Defrawi et al., 2001; Elnashar and Abdelhady, 2007; Johansen, 2007
21. Vangen et al., 2002; WHO Study Group on Female Genital Mutilation and Obstetric Outcome, 2006
22. Tahzib, 1983; Rushwan, 2000
23. Vangen et al., 2002; WHO Study Group on Female Genital Mutilation and Obstetric Outcome, 2006
24. Whitehorn, 2002; Behrendt and Moritz, 2005; Lockhat, 2006
25. Behrendt and Moritz, 2005; Lockhat, 2006; Nour et al., 2006; Elnashar and Abdelhady, 2007

Risques supplémentaires de complications résultant des mutilations de type III

Chirurgie ultérieure : les infibulations doivent être ouvertes (désinfibulation) plus tard au cours de la vie de la jeune fille pour permettre la pénétration pendant les rapports sexuels et pour l’accouchement. Dans certains pays, il est fréquent que la désinfibulation soit suivie d’une réinfibulation, qui nécessitera par conséquent une nouvelle désinfibulation ultérieurement. Il est attesté que la réinfibulation est également pratiquée à d’autres occasions (26).

Problèmes urinaires et problèmes menstruels : la fermeture quasi complète du vagin et de l’urètre peut entraîner un ralentissement de la menstruation et de la miction ainsi que des douleurs lors de celles-ci (27). Un hématocolpos peut nécessiter une intervention chirurgicale (28). L’incontinence urinaire est fréquente chez les femmes ayant subi une infibulation et est probablement due à la fois aux difficultés éprouvées pour vider la vessie et à la stagnation de l’urine sous le capuchon formé par les tissus cicatriciels (29).

Rapports sexuels douloureux : étant donné que l’infibulation doit être ouverte soit par voie chirurgicale, soit lors de la pénétration pendant les rapports sexuels, ceux-ci sont fréquemment douloureux au cours des premières semaines après le premier rapport sexuel (30). Le partenaire masculin peut également ressentir des douleurs et subir des complications (31).

Infertilité : le rapport entre les mutilations sexuelles féminines et l’infertilité est essentiellement dû à l’ablation des grandes lèvres, les données disponibles montrant que, plus la quantité de tissu retirée est importante, plus le risque d’infection est élevé (32).

Références

26. Berggren, 2004, 2006; Nour et al., 2006 27. Akotionga et al., 2001; Knight et al., 1999; Almroth et al., 2005a; Nour et al., 2006 28. Dirie and Lindmark ,1992 29. Egwautu and Agugua, 1981; Agugua and Egwautu, 1982; Dirie and Lindmark, 1992 ; Ismail, 1999; Chalmers and Hashi, 2000; Njue and Askew, 2004 30. Talle, 1993; Akotionga et al., 2001; Gruenbaum, 2006; Nour et al., 2006 31. Dirie and Lindmark, 1992; Almroth et al., 2001 32. Almroth et al., 2005b