Déterminants sociaux de la santé

La Commission des déterminants sociaux de la santé - 2005-2008

De quoi s’agit-il, à quoi sert-elle et comment a-t-elle fonctionné?

Qu’est-ce que la Commission des déterminants sociaux de la santé?

La Commission des déterminants sociaux de la santé a été créée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour réunir des décideurs, des chercheurs et des organisations de la société civile [1] du monde entier afin de combattre les causes sociales des problèmes de santé et des inégalités sanitaires (évitables).

Quand et pourquoi a-t-elle été créée?

La Commission a été créée en mars 2005 par le Dr LEE Jong-wook, ancien Directeur général de l’OMS, afin de réunir des éléments probants sur ce qu’il est possible de faire pour améliorer plus équitablement la santé des populations dans le monde et donner l’élan nécessaire pour y parvenir.

Qu’attendait-on de cette Commission?

La Commission a reçu pour mandat de réunir et d’examiner pendant trois ans des éléments probants sur les mesures à prendre pour réduire les inégalités sanitaires au sein des pays et entre les pays et de faire rapport de ses recommandations au Directeur général de l’OMS. Pour cela, elle a dû forger des partenariats avec les pays désireux de prendre des mesures globales et impliquant l’ensemble des pouvoirs publics. Des experts se sont réunis pour rassembler des données avec la participation d’organisations de la société civile.

Quels étaient les membres de la Commission?

La Commission des Déterminants sociaux de la Santé était composée de membres éminents du monde de la politique, du secteur universitaire et de la stratégie en matière de santé:

Michael Marmot, président de la Commission, directeur de l’International Institute for Society and Health et chef du Département d’épidémiologie et de santé publique de l’University College de Londres. En 2000, il a été anobli pour sa contribution à l’épidémiologie et l’étude des inégalités en santé.

Frances Baum, professeur et chef du Département de santé publique à l’université Flinders en Australie. Elle est également directeur de la South Australian Community Health Research Unit. Elle copréside le Conseil mondial de coordination du People’s Health Movement.

Monique Bégin, professeur à l’École de gestion de l’Université d’Ottawa au Canada, a été nommée deux fois ministre de la santé nationale et du bien-être social. Elle a été la première Québécoise élue à la Chambre des Communes.

Giovanni Berlinguer, député européen. De 2001 à 2007, il a siégé au Comité international de bioéthique de l’UNESCO et assumé la fonction de rapporteur du projet de Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme.

Mirai Chatterjee, coordonnateur de la sécurité sociale pour la Self-Employed Women’s Association, une organisation syndicale indienne qui regroupe plus de 900 000 femmes. Elle a été récemment nommée membre du Conseil consultatif national et de la Commission nationale pour le secteur non structuré.

William H. Foege, professeur émérite de Santé internationale à l’université Emory aux États-Unis d’Amérique. Il a été Directeur des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), chef du programme des CDC pour l’éradication de la variole et Directeur exécutif du Centre Carter. Il a également été conseiller médical principal pour la Fondation Bill et Melinda Gates.

Yan Guo, professeur de santé publique, vice-présidente du Centre des sciences de la santé de l’Université de Beijing en Chine, vice-présidente de l’Association de santé en milieu rural et vice-directrice de l’Académie de politique sanitaire.

Kiyoshi Kurokawa, professeur à l’Institut universitaire national d’études politiques de Tokyo au Japon et membre du Comité des politiques scientifiques et technologiques du Cabinet Office. Il a également été président du Science Council du Japon et de la Pacific Science Association.

Ricardo Lagos Escobar, ancien Président du Chili, ancien ministre de l’Éducation et ancien ministre des Travaux publics. Économiste et avocat de formation, il a également travaillé comme économiste pour les Nations Unies.

Alireza Marandi, professeur de pédiatrie à l'Université Shaheed Beheshti, en République islamique d'Iran. Il a été ministre de la Santé (et de l'enseignement médical) pour deux mandats consécutifs et a également occupé les postes de vice-ministre et de conseiller ministériel. Il a récemment été élu député au parlement iranien.

Pascoal Mocumbi, haut représentant du Partenariat pour les essais cliniques en Europe et dans les pays en développement et ancien Premier ministre de la République du Mozambique. Avant d’assumer ces fonctions, il avait également été ministre des Affaires étrangères et ministre de la Santé.

Ndioro Ndiaye, Directeur général adjoint de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), après avoir été ministre du Développement social et ministre de la Femme, de l’enfance et de la famille du Sénégal.

Charity Kaluki Ngilu, ministre de la Santé du Kenya. Avant d'entrer en fonction, elle était membre de l'Assemblée nationale kényane, représentante du Parti démocrate. Depuis 1989, elle est une des responsables de l'organisation Maenbeleo ya Wanawake, mouvement national des femmes.

Hoda Rashad, professeur et Directeur du Centre de recherche sociale de l'Université américaine au Caire. Elle est membre du Sénat, l'un des deux organes parlementaires égyptiens, et fait partie du Conseil national pour la femme, qui est placé sous l'autorité du Président égyptien.

Amartya Sen, professeur à l'Université Lamont et professeur d'économie et de philosophie à l'Université de Harvard aux États-Unis d’Amérique. Il a reçu le Prix Nobel d’économie en 1998.

David Satcher, Directeur du Center of Excellence on Health Disparities et de la Satcher Health Leadership Institute Initiative aux États-Unis d’Amérique. Il a aussi été Surgeon General et Assistant Secretary for Health, ainsi que Directeur des Centers for Disease Control and Prevention.

Anna Tibaijuka, Directeur exécutif d’ONU-HABITAT et président fondateur du Conseil indépendant des femmes de Tanzanie.

Denny Vågerö, professeur de sociologie médicale et Directeur du Centre for Health Equities Studies (CHESS) en Suède. Il est membre de l'Académie royale suédoise des sciences et de son comité permanent pour la santé.

Gail Wilensky, senior fellow pour une fondation internationale d’éducation sanitaire, Project HOPE, après avoir dirigé les programmes Medicare et Medicaid aux États-Unis et avoir présidé deux commissions chargées de conseiller le Congrès des États-Unis sur le programme Medicare.

Comment la Commission a-t-elle fonctionné?

La Commission, qui avait réellement un caractère mondial, a réuni des centaines de chercheurs et de praticiens venant d’universités, de centres de recherche, de ministères, d’organisations internationales et de la société civile.

Des «réseaux du savoir», composés d’universitaires et de praticiens du monde entier, ont recueilli des données sur les politiques et les interventions susceptibles d’améliorer la santé et de réduire les inégalités sanitaires dans de nombreux domaines: le développement du jeune enfant, les conditions d’emploi, la mondialisation, la condition féminine et l'égalité des sexes, les milieux urbains, l'exclusion sociale, les systèmes de santé, la métrologie et les maladies prioritaires pour la santé publique.

La Commission a conclu d’autres partenariats pour recueillir des données, par l’intermédiaire de deux réseaux régionaux (nordique et asiatique) et avec des chercheurs spécialistes de questions cruciales telles que le vieillissement, les peuples autochtones, l’alimentation et la nutrition, la violence et les conflits ou encore l’environnement.

Des partenariats ont également été conclus avec plusieurs pays déterminés à combattre les inégalités sanitaires: le Brésil, le Canada, le Chili, le Kenya, le Mozambique, la République islamique d’Iran, le Royaume-Uni, Sri Lanka et la Suède sont devenus des partenaires de la Commission et se sont engagés à progresser sur les déterminants sociaux afin d’améliorer l’équité en santé.

À mesure que les travaux de la Commission ont pris de l’ampleur, d’autres pays ont pris part aux activités techniques destinées à combattre les déterminants sociaux compromettant l’équité, comme la Norvège, et à faire part d’expériences et de conseils concernant la cohérence des politiques dans ce domaine, comme la Thaïlande.

Des représentants de groupes de la société civile d’Afrique, d’Asie, des Amériques et d’Europe ont également contribué à ses travaux rassemblant des connaissances. Ils ont contribué à sa réflexion et seront des partenaires actifs du changement à l’avenir.

Les rapports établis par les réseaux du savoir ainsi que l’ensemble des autres documents de référence et des rapports, y compris ceux des pays et de la société civile, sont disponibles à l’adresse suivante:

Quelle est sa philosophie?

La Commission a démontré que les inégalités sanitaires résultent de l’interaction complexe de divers facteurs aux niveaux mondial, national et local.

Le sort des sociétés s’inscrit dans le contexte mondial, qui a une incidence sur les relations internationales, sur les normes et les politiques nationales, qui déterminent l’organisation des sociétés aux niveaux local et national, à l’origine de statuts et de hiérarchie sociaux. La position sociale d’un individu influe sur les conditions dans lesquelles il grandit, apprend, vit, travaille et vieillit mais aussi sur sa vulnérabilité face à la maladie et ses conséquences.

Pour atténuer les inégalités en santé dans les pays et entre les pays, il ne suffit pas de s’attaquer aux causes immédiates de la maladie. La Commission s’intéresse aux «causes des causes» – les facteurs sociaux qui déterminent la façon dont les gens grandissent, vivent, travaillent et vieillissent. Les déterminants des inégalités sanitaires étant liés les uns aux autres, ils appellent des politiques globales et intégrées, adaptées au contexte spécifique de chaque pays et de chaque région.

Comment la Commission a-t-elle appréhendé les données réunies?

La Commission a établi son propre réseau du savoir chargé d’examiner les données et d'établir ses conclusions. Elle a adopté une approche large. Les hiérarchies traditionnelles (aux premiers rangs desquelles figurent les essais contrôlés randomisés et les expériences de laboratoire) ne sont généralement pas applicables à la recherche sur les déterminants sociaux de la santé. Les données doivent être évaluées selon leur pertinence par rapport au but recherché: on doit déterminer si elles permettent de répondre de manière convaincante à la question posée. Les données recueillies par la Commission sont tirées d’études d’observations (y compris d’expériences naturelles et d’études interpays), d’études de cas, de visites sur le terrain, d’avis d’experts ou de profanes et, parfois, d’essais d’interventions communautaires.


[1] Les organisations de la société civile sont des mouvements, des réseaux et d’autres entités autonomes par rapport à l’État, qui ne sont pas de nature intergouvernementale, ne représentent pas le secteur privé et qui, en principe, sont sans but lucratif, comme par exemplem les organisations non gouvernementales (ONG), associations locales et communautés religieuses.

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