Tuberculose (TB)

Entretien avec le Dr Mphu K. Ramatlapeng, Ministre de la Santé et de la protection sociale du Lesotho

Le Dr Mphu K. Ramatlapeng, Ministre de la Santé et de la protection sociale du Lesotho, en fonction depuis 2007, a pratiqué la médecine générale et dirigé le bureau de la Fondation Clinton au Lesotho. Elle répond aux questions de John Donnelly.

Voyage au coeur de la lutte contre la tuberculose multirésistante et ultrarésistante

Portrait du Dr Mphu K. Ramatlapeng, Ministre de la Santé et de la protection sociale du Lesotho
OMS/Dominic Chavez
Le Dr Mphu K. Ramatlapeng, Ministre de la Santé et de la protection sociale du Lesotho

John Donnelly: Qu’est-ce qui vous a poussée à accélérer la lutte contre la menace que fait peser la tuberculose multirésistante (MR)?

Dr Mphu K. Ramatlapeng: Ce fut le vent de panique venu d’Afrique du Sud à cause des cas de tuberculose ultrarésistante (UR) . Ces cas s’étaient déclarés à proximité de la frontière avec le Lesotho. Nous avons compris que nous pourrions nous aussi avoir le même problème et enregistrer quelques cas de tuberculose UR.

Q: Quel était l'objectif de départ?

R: Savoir qui était atteint de tuberculose MR et de tuberculose UR. L’échec du traitement était patent dans tout le pays. Nous avons adressé une demande au Comité Feu vert pour pouvoir commencer le traitement. Nous avons alors reçu l’aide de nombreux partenaires – l’Organisation mondiale de la Santé, Partners In Health et la Fondation Clinton. Ces partenaires nous ont aidés à mettre au point une stratégie permettant de trouver les personnes atteintes de cette maladie.

Nous savions que ce ne serait pas facile. La taille du Lesotho est trompeuse. Les étrangers pensent en particulier qu’il leur sera facile d’obtenir des résultats ici parce que le Lesotho semble petit sur la carte et parce qu’il compte à peine 1,8 million d’habitants. Ils pensent que ce sera du gâteau, mais ce n’est pas le cas. Le terrain est incroyable. Les problèmes posés par le Lesotho – avec sa population clairsemée, ses montagnes, ses mauvaises routes, son manque d’infrastructures et sa pauvreté – équivalent à ceux que posent un pays de dimension moyenne comptant 10 millions d’habitants.

Q: Et qu’avez-vous fait?

R: Nous sommes passés en mode urgence. Voici ce que nous avons fait en six mois: nous avons installé un nouveau laboratoire (en réalité cela a pris deux mois); nous avons formé du personnel; nous avons rénové un hôpital et l’avons consacré à la tuberculose MR. Il faut affronter ce problème immédiatement. Notre réaction ne fut pas très représentative de la manière dont travaillent la plupart des gouvernements ou des organisations.

Q: Votre laboratoire national spécialisé dans la tuberculose est désormais considéré comme le plus avancé d’Afrique – notamment grâce à la nouvelle technologie qui lui permet de détecter en moins de 48 heures si une personne est atteinte de tuberculose MR. Comment avez-vous fait?

R: Nous avons été très aidés par l’un de nos partenaires, la Fondation pour l’innovation en matière de nouveaux diagnostics (FIND). Ce fut un grand pas en avant. Je n’ai jamais vu une technologie aussi avancée dans le domaine de la tuberculose. Nous disposons désormais de cette plate forme qui nous aide non seulement avec les cas de tuberculose MR et UR, mais aussi pour d’autres choses, comme pour déterminer si les enfants nés de mères séropositives pour le VIH étaient séropositifs eux-mêmes. Je voudrais être plus jeune – si je l’étais, j’irais travailler dans ce domaine.

Q: Le Lesotho et bien d’autres pays, surtout en Afrique, doivent faire face à de nombreux cas de co-infection par le VIH et par la tuberculose. Que faites vous pour cela?

A: C’est un énorme défi pour nous. Les deux épidémies sont traitées presque comme une entité unique. Lorsque les patients ont le VIH, nous les soumettons immédiatement à des tests de dépistage de la tuberculose – nous nous attendons presque à ce qu’ils soient positifs. Même s’ils sont négatifs, nous leur disons qu’ils doivent s’attendre à l’avoir et qu’ils doivent être attentifs au moindre signe avant-coureur.

Q: Un grand nombre de vos cas de tuberculose proviennent de mineurs travaillant en Afrique du Sud et qui rapportent la tuberculose au Lesotho. Comment faites-vous pour enrayer ce flux de tuberculose qui entre au Lesotho ?

R: Nous sommes une enclave dans l’Afrique du Sud. Les gens franchissent la frontière très facilement. L’un des principaux problèmes réside dans le fait que si quelqu’un contracte la tuberculose en Afrique du Sud et rentre au Lesotho, il ne continue pas toujours le traitement, ce qui fait que la tuberculose ordinaire évolue en tuberculose MR. Nous n’avons pas harmonisé notre programme antituberculeux avec l’Afrique du Sud. Nous avons commencé à en parler avec tous les pays de la région, mais nous n’avons pas beaucoup avancé jusqu’à présent. Tant que nous ne l’aurons pas fait, si un seul pays a un problème de tuberculose, tous les autres en auront aussi.

Q: Que conseillez-vous aux autres ministres de la santé quant à la manière d’affronter la tuberculose MR?

R: Ils doivent vraiment réagir très vite. Ils doivent savoir que traiter la tuberculose MR peut coûter très cher – et qu’ils doivent donc demander de l’aide au Comité Feu vert pour obtenir des antituberculeux de seconde intention.

Et aussi, si vous avez un problème de tuberculose MR, reconnaissez-le. Si des gens sont en train d’en mourir au sein de votre population, ne le cachez pas derrière des portes closes. Allez les aider. Cela veut dire sauver non seulement les gens atteints de tuberculose MR, mais aussi la population en général. Vous devez protéger votre population. Vous devez enrayer la tuberculose.

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