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Paludisme au Mali – Exemple du CSCOM de Siby, en pays mandingue

Mission de sensibilisation contre le paludisme, Commune rurale de Siby, Cercle de Kati, Mali. Rapport d’une volontaire d’une ONG

TDR news item
20 April 2011

A la fin de l’année 2010, et après 22 ans de service au TDR, passés essentiellement dans l’unité de Communications du département, j’ai eu le désir de partir sur le terrain et de faire porter mon action sur la sensibilisation au paludisme au Mali. J’étais en effet très touchée par les chiffres que je ne voyais pas décroître au fil des ans et souhaitais quitter quelques temps l’atmosphère des bureaux afin de partager la vie des maliens et mieux comprendre ainsi pourquoi l’incidence du paludisme restait aussi élevée, et ce malgré l’impact mis sur la maladie. Un de mes buts était de me rendre disponible auprès de la population locale afin de partager leur quotidien et de voir comment je pouvais, dans la mesure de mes moyens, les aider à se protéger du paludisme.

Je suis donc partie par le biais d’une ONG française nouvellement implantée au Mali Après avoir atterri à Bamako le 1er décembre 2010, j’ai pris mes fonctions au CSCOM (Centre de santé communautaire) de Siby, situé dans le pays mandingue.

Bruyère/TDR/WHO

Siby se trouve à 50 kms au sud ouest de Bamako sur la route principale de la Guinée. C’est le chef-lieu de la commune qui compte 21 villages et 20 733 habitants. Siby fait partie d’une zone à forte endémicité et le paludisme y est présent toute l’année.

Durant les deux mois où j’ai travaillé au CSCOM de Siby, j’ai été témoin d’environ 4 consultations pour le paludisme par jour, alors que nous n’étions pas en période de haute endémicité.

Selon la gravité de la maladie, les traitements étaient les suivants:

  • Pour le paludisme simple:
    • Combinaison artesunate + amodiaquine (AS + AQ)
    • Combinaison arthéméther + luméfantrine AT + LU)
  • Pour le paludisme grave et compliqué:
    • Quinine et arthéméther injectable

Au moins une personne par jour était mise sous perfusion quinine, qui est le produit administré en cas de paludisme grave. La quinine est utilisée en perfusion dans du sérum glucosé 10%. Le glucosé est préféré pour combler l’hypoglycémie qui aggrave le tableau clinique. Pour les femmes enceintes présentant un paludisme grave, la quinine est systématique.

Il est à déplorer que parmi les patients consultant pour le paludisme, plusieurs d’entre eux sont des enfants en bas âge. Très souvent. ils arrivent dans un état grave et présentent les symptômes suivants : une fièvre supérieure à 38,5°, des convulsions, des vomissements, des diarrhées et une altération de l’état général. On leur administre alors immédiatement une perfusion de quinine. Souvent celle-ci n’est pas suffisante vu la sévérité de la maladie et les enfants sont alors référés sur un hôpital de Bamako.

Bruyère/TDR/WHO

Je souhaiterais ici citer le cas d’un petit patient atteint de paludisme que j’ai accompagné pendant plus d’une journée :

Le 11 janvier dernier, le petit F.D., 3 ans, était arrivé au centre de santé dans un état grave. Il était comateux et présentait des convulsions sévères. Il a immédiatement été mis sous perfusion quinine et a passé son après-midi au centre de santé. En fin de journée, les convulsions s’étaient calmées et le médecin a alors proposé aux parents de le ramener chez lui. Trois heures plus tard, les parents se présentaient à nouveau au CSCOM : l’enfant était dans un état très grave et le médecin a alors décidé de le référer au centre pédiatrique de l'hôpital Gabriel Touré de Bamako. Nous sommes partis en ambulance vers les 10 heures du soir.

Arrivé à l’hôpital, l’enfant était immédiatement pris en charge par une équipe compétente de jeunes médecins. Suite à une analyse de sang, les médecins hésitaient entre deux diagnostics :

  • Un paludisme grave de forme mixte (anémique + neurologique)
  • Un paludisme grave de forme anémique + méningite

Face à la gravité et à l’urgence de son état, les médecins ont décidé de le faire transfuser au plus vite. Il était minuit passé et nous avons alors pris un taxi pour nous rendre dans le centre de transfusion. Celui-ci était fermé. Nous avons réveillé la personne de garde, mais celle-ci nous a dit qu’elle ne pouvait donner une poche de sang qu’en échange d’un don du sang et qu’il nous fallait trouver un donneur dès le petit matin afin de procéder à l’échange.

Entre temps, le petit F.D avait été remis sous perfusion. Je suis allée le voir dans une grande salle où se trouvaient une quarantaine d’enfants (de quelques jours à une douzaine d’années). Il n’avait pas repris connaissance, mais ne présentait plus de convulsions. Il était allongé sur un lit qu’il partageait avec un autre enfant d’une dizaine d’années qui présentait des difficultés respiratoires.

Bruyère/TDR/WHO

C’était un spectacle désolant et terrible que de voir tous ces jeunes enfants si gravement malades. Nombre d’entre eux étaient inconscients, d’autres étaient en très grande difficulté. Certains nourrissons étaient intubés et c’était dramatique que de voir de si petits êtres dans un tel état.

Vers trois heures du matin, je repartais à Siby avec l’ambulancier et nous laissions le petit F.D, son père et sa tante à l’hôpital. Le père m’appelait le même soir pour me dire que les médecins avaient été impuissants et que malgré la transfusion qui avait été administrée dans la matinée, le petit F.D était décédé.

Le lendemain, c’était un autre enfant de 7 ans qui arrivait au CSCOM atteint lui aussi de paludisme grave et qui décédait deux heures plus tard. Cet événement était terrible lui aussi car l’enfant venant d’un village, c’est en mobylette, tenu dans les bras de son père, assis à l’arrière de l’engin, qu’il est reparti chez lui.

Heureusement d’autres enfants arrivaient au centre de santé dans un état grave mais non pernicieux, et les soins rapides qui leur étaient administrés permettaient alors de les sauver.

Bruyère/TDR/WHO

La photo ci-dessous revêt une importance tout à fait particulière car les circonstances d’arrivée de cet enfant au dispensaire m’ont permis de mener une action déterminante de sensibilisation auprès des femmes.

Le petit M. est arrivé au CSCOM dans un état grave le lundi 17 janvier au matin, jour de vaccinations des nourrissons. De nombreuses mères, assises dans le couloir en attente de faire vacciner leur enfant, l’ont vu arriver. J’étais quant à moi occupée à tenir le registre des vaccinations.

Après avoir placé l’enfant sous perfusion quinine, le médecin m’a interrompu dans mon travail pour me montrer l’état comateux de ce petit garçon. C’était moins d’une semaine après que le petit F.D et l’autre garçonnet soient décédés et le Dr D., savait combien j’avais été affectée par ce décès et combien j’avais décidée de m’engager encore plus dans des actions de sensibilisation auprès des familles.

Lorsque j’ai vu cet enfant qui présentait une forte fièvre et des convulsions, je l’ai dévêtu et ai expliqué aux parents que, face à de tels symptômes, la première chose à faire était de déshabiller l’enfant et de l’envelopper dans un pagne mouillé afin de faire cesser les convulsions.

Une fois cela fait, j’ai demandé aux parents l’autorisation de prendre l’enfant en photo afin de le montrer en exemple et d’expliquer à la quarantaine de femmes présentes, la conduite à suivre dans un tel cas. Les parents ont immédiatement accepté et j’ai alors pris la photo et l’ai présenté à chaque femme présente. Je m’apercevais que celles-ci étaient particulièrement touchées par l’état de l’enfant et percevaient parfaitement la gravité de la situation.

Comme le Dr D. était à ce moment là disponible, je l’ai sollicité afin de traduire en bambara, puisque peu de personnes en brousse parlent ou comprennent le français, les messages de sensibilisation que je souhaitais faire passer auprès des femmes. Il a volontiers accepté.

J’ai alors insisté sur le fait qu’il ne fallait jamais attendre que l’enfant soit gravement malade pour se rendre au dispensaire le plus proche. J’ai ajouté qu’il ne fallait pas avoir recours à la tradithérapie ou à l’automédication car celles-ci n’étaient pas suffisantes et mettaient l’enfant en danger en faisant perdre un temps considérable dans le processus de guérison. Que la première chose à faire chez soi, en cas de convulsions et de forte fièvre, était de déshabiller l’enfant et de l’envelopper d’un pagne mouillé, ou encore, si cela était possible, de le baigner dans un récipient d’eau fraîche.

J’ai aussi mis l’accent sur l’importance de l’utilisation quotidienne des moustiquaires imprégnées pour se prémunir du paludisme et j'ai insisté auprès de ces femmes pour que les enfants soient habillés d’un pantalon et d’un tee-shirt ou d’une chemise à manches longues en fin d’après-midi, lorsque les moustiques commencent à piquer, afin de se prémunir au maximum de leurs méfaits.

Les femmes étaient extrêmement attentives et graves. J’ai alors senti très fort à ce moment là que le message passait parfaitement et qu’elles réagiraient dorénavant plus vite et différemment face à ces symptômes. Cet évènement a constitué pour moi une mini victoire car je suis persuadée que toutes les femmes présentes ont entendu le message et l’auront gardé à l’esprit.

Pour conclure cet épisode, je souhaite ajouter que le petit M. a finalement été référé sur l’hôpital de Bamako et a été sauvé.

Ces deux mois passés à Siby ont été très enrichissant pour moi et m’ont permis de toucher de près aux difficultés rencontrées par la population locale du Mali en matière de santé, non seulement concernant le paludisme, mais aussi le sida, la malnutrition, les grossesses à risque, etc. Ma contribution, quoique que minime, a néanmoins été déterminante dans certains cas.

Je tenais donc à remercier tout particulièrement le TDR qui m’a laissé m’absenter de mon travail sur une période de deux mois et demi afin de mener à bien des actions qui me tenaient à cœur et d‘avoir ainsi été partie prenante, dans la mesure de mes moyens, dans l’amélioration de la santé des habitants de Siby.

J’ai écrit ce rapport en mémoire du petit F.D et de sa famille auxquels je m’étais fortement attachée. Je rends aussi hommage aux jeunes et si compétents médecins que j’ai croisés dans le service pédiatrique de l’hôpital Gabriel Touré de Bamako. Ils font un travail extraordinaire !

Je pense aussi à tous ces petits malades que j’ai rencontrés dans la salle de soins ou d’hospitalisation du centre de santé. Enfin je remercie vivement le Docteur S. D. et toute l’équipe soignante du CSCOM de leur disponibilité, de leur patience et de m’avoir si bien accompagnée dans l’exécution de ma mission.

Je remercie aussi le Dr Fatoumata Diarra, du cercle de Kati, avec qui j’ai participé à la vaccination contre la méningite et qui m’a prodigué de si bons conseils en matière de santé et ce, à tous les niveaux. Je garde un souvenir émerveillé de nos discussions passées, de son implication et de ses actions au niveau de la population et je lui rends hommage.

Jocelyne Bruyère : Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR)

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