Fukushima, cinq ans après – questions-réponses


29 mars 2016

1. Que s’est-il passé le 11 mars 2011 à Fukushima?

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 a frappé la côte est du Japon, provoquant un tsunami qui a gravement endommagé les zones côtières et a entrainé 15 891 décès et 2579 personnes disparues. À la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, située le long de la côte, le tsunami a entraîné une perte de la fonction de refroidissement qui a endommagé le cœur des réacteurs et a entraîné un accident nucléaire de niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (échelle INES). Une quantité non négligeable de matières radioactives (radionucléides) a été relâchée dans l’environnement suite aux explosions à la centrale nucléaire les 12, 14 et 15 mars.

2. Quels étaient les principaux radionucléides auxquels la population a été exposée?

Les personnes vivant à proximité de la centrale ont subi une exposition externe au rayonnement à partir du nuage radioactif et du dépôt terrestre ainsi qu’une exposition interne due à l’inhalation et à l’ingestion de radionucléides. Les principaux radionucléides auxquels les personnes ont été exposées sont l’iode 131 (131I) et le césium 137 (137Cs). L’iode 131, dont la demi-vie est de 8 jours peut être inhalé par l’air ou ingéré par les denrées alimentaires ou l’eau, principalement par la consommation de lait et de légumes feuillus contaminés. Dans l’organisme, l’iode se concentre dans la glande thyroïde. L’exposition à l’iode radioactif est généralement plus élevée chez les enfants que chez les adultes en raison de la taille de leur glande thyroïde et de la nature de leur métabolisme. Le césium 137 a une demi-vie de 30 ans et cela implique un risque d’exposition à long terme par l’ingestion et par l’exposition due au dépôt terrestre.

3. À quels niveaux de rayonnements les personnes ont elles été exposées?

L’estimation des doses de rayonnements a été basée sur des modèles et des mesures pour différents groupes d’individus représentatifs de la population japonaise. L’évaluation de ces doses comprenait les voies d’exposition externe et interne (à travers l’inhalation du panache de matières radioactives et l’ingestion de radionucléides présents dans les denrées alimentaires). Une grande enquête sur la santé des résidents de la préfecture de Fukushima, l’enquête sur la gestion de la situation sanitaire à Fukushima, a estimé les doses individuelles sur la base de scénarios types d’évacuation et de temps passé à l’intérieur des habitations et à l’extérieur. Sur la base de cette enquête et des évaluations des doses réalisées par l’OMS et le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), les doses efficaces moyennes sur la vie entière reçues pour les adultes de la préfecture de Fukushima étaient estimées à environ 10 mSv ou moins, contre approximativement le double pour les nourrissons d’un an.

La compagnie d’électricité de Tokyo (TEPCO) a fourni des informations concernant les doses reçues par son personnel et certains sous-traitants. Selon les documents de la TEPCO, la dose efficace moyenne reçue par ses travailleurs au cours des 19 premiers mois suivant l’accident était d’environ 12 mSv. Environ 35% du personnel avaient reçu des doses totales de plus de 10 mSv durant cette période, tandis que 0,7 % des membres du personnel avaient reçu plus de 100 mSv. Sur la base de l’évaluation de l’UNSCEAR, parmi les membres du personnel qui avaient été le plus exposés, 12 ont reçu des doses à la thyroïde situées entre 2 et 12 Gy, principalement par l’inhalation d’iode 131.

4. Quelles ont été les principales conséquences de la catastrophe pour la santé publique?

Il y a eu des conséquences pour la santé publique ayant trait aux mesures d’intervention face à la catastrophe, telles que l’évacuation et le relogement des personnes. Ces mesures ont été prises sur la base des aspects relatifs à la sûreté radiologique et aux dégâts importants au niveau des infrastructures et des établissements, suite au séisme et au tsunami. Ces mesures ont eu de multiples conséquences sur le plan social, économique et de la santé publique. On a signalé une nette augmentation de la mortalité chez les personnes âgées qui avaient été placées dans des logements provisoires, ainsi qu’un risque accru de maladies non transmissibles telles que le diabète et des problèmes de santé mentale. Le manque d’accès aux soins de santé a contribué à la détérioration de la santé.

De la même manière qu’il avait été observé et signalé pour la population de Tchernobyl, la population déplacée de Fukushima souffre de l’impact psychosocial et sur la santé mentale du relogement, de liens sociaux rompus, car ces personnes ont perdu leur maison et leur emploi, de liens familiaux rompus et de stigmatisation. Un nombre plus élevé de cas stress post-traumatique chez les personnes évacuées a été évalué par rapport à la population générale du Japon. Des problèmes psychologiques tels que l’hyperactivité, les symptômes émotionnels, et les troubles du comportement ont également été signalés chez les enfants de Fukushima évacués. Bien qu’aucune issue défavorable significative n’ait été observée dans l’enquête sur les grossesses et les naissances après la catastrophe, on a noté une plus forte prévalence de la dépression du post-partum chez les mères dans la région touchée.

5. Quelles sont les incidences pour la santé de l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi?

En 2013, l’OMS a publié une évaluation des risques pour la santé de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Celle-ci comprenait une évaluation des risques de cancer, de maladies non cancéreuses et des considérations de santé publique. L’année suivante, l’UNSCEAR a publié un rapport sur les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements attribuable à l’accident. En 2015, l’UNSCEAR a publié un livre blanc qui évalue les nouvelles informations dans la littérature revue par un comité de lecture.

Aucun décès ou syndrome d’irradiation aiguë lié à une exposition aux rayonnements ionisants n’a été enregistré parmi les travailleurs et les personnes du public exposés du fait de l’accident à la centrale nucléaire.

Compte tenu des niveaux de doses estimés, le risque vie entière de cancers induits par les rayonnements, autres que le cancer de la thyroïde est faible, et beaucoup plus faible que le risque de référence vie entière de cancer. Concernant le risque de cancer de la thyroïde chez les enfants et les nourrissons qui ont été exposés, le niveau de risque est incertain, car il est difficile de vérifier les estimations de doses à la thyroïde par des mesures directes de la radioexposition.

Pour les 12 travailleurs qui selon les estimations avaient reçu les doses absorbées à la thyroïde les plus élevées, un risque accru de développer un cancer de la thyroïde et d’autres troubles de la thyroïde a été estimé. Pour environ 160 autres travailleurs ayant reçu des doses efficaces estimées à plus de 100 mSv, une augmentation du risque de cancer à l’avenir est probable. Cependant, les études épidémiologiques ne permettront pas de détecter ce risque, car il est difficile de confirmer une augmentation aussi faible de l’incidence par rapport aux fluctuations statistiques normales de l’incidence du cancer.

Du point de vue de la santé mondiale, les risques sanitaires directement liés à la radioexposition sont faibles au Japon et extrêmement faibles dans les pays voisins et le reste du monde.

6. Existe-t-il un risque de cancer de la thyroïde induit par les rayonnements chez les enfants de la préfecture de Fukushima?

Compte tenu de l’exposition à l’iode radioactif dans les premiers temps de la situation d’urgence, l’OMS a plus particulièrement évalué le risque de cancer de la thyroïde. Le plus grand risque a été observé chez les filles exposées aux rayonnements au stade de nourrisson.

On a récemment signalé des cas de cancer de la thyroïde diagnostiqués chez des enfants exposés à de faibles doses d’iode radioactif suite à l’accident de Fukushima. Il convient d’interpréter ces informations avec prudence. Un surplus de cas de cancer de la thyroïde dus à une exposition à des rayonnements, comme cela s’est produit après l’accident de Tchernobyl, peut être écarté, car les doses à la thyroïde estimées attribuables à l’accident de Fukushima étaient nettement plus faibles qu’à Tchernobyl.

Néanmoins, des techniques très sensibles d’examens de la thyroïde chez les personnes âgées de moins de 18 ans au moment de l’accident devraient permettre de détecter un grand nombre de kystes thyroïdiens et de nodules solides, y compris un certain nombre de cancers de la thyroïde qui n’auraient pas été détectés sans ce type de dépistage intensif. Des taux de kystes et de nodules similaires ou légèrement plus élevés ont été observés dans les préfectures n’ayant pas été touchées par l’accident nucléaire. Le nombre considérable de cas déjà observés dans le cadre de l’enquête sur la gestion de la situation sanitaire à Fukushima a été considéré comme probablement dû à la sensibilité du dépistage plutôt qu’à l’exposition aux rayonnements. Il sera nécessaire de procéder à une analyse plus poussée des données épidémiologiques qui sont actuellement rassemblées au Japon afin d’évaluer l’attribution potentielle du cancer de la thyroïde à la radioexposition.

7. Existe-t-il aujourd’hui au Japon un risque lié à la contamination radioactive des denrées alimentaires?

Des niveaux de concentrations en radiocésium et en iode radioactif supérieurs aux limites réglementaires du Japon ont été détectés dans certains produits alimentaires suite au contrôle radiologique des aliments immédiatement après l’accident. Depuis le début de la phase d’urgence, les autorités japonaises ont suivi de près la contamination des denrées alimentaires et ont mis en place des mesures de protection pour prévenir la vente et la distribution de denrées alimentaires contaminées au Japon et à l’extérieur du pays.

L’OMS collabore étroitement avec la FAO à travers le Réseau international des autorités de sécurité sanitaire des aliments (INFOSAN) pour veiller à ce que la communauté internationale reçoive les meilleurs conseils sur les questions relatives à la contamination radioactive des denrées alimentaires. Les denrées alimentaires sont toujours contrôlées par le Ministère de la santé, du travail et des affaires sociales du Japon, qui informe le réseau INFOSAN de tous niveaux de radioactivité résiduelle dans les denrées alimentaires.

8. Quels sont les enseignements tirés sur le plan de la santé publique de l’intervention après l’accident de Fukushima?

L’accident nucléaire de Fukushima, en tant qu’élément d’une triple catastrophe, est sans précédent par sa nature et son ampleur. On a tiré un certain nombre d’enseignements permettant d’aider le Japon et l’ensemble des pays à améliorer le dispositif de planification, de préparation, d’intervention et de relèvement face à des accidents nucléaires potentiels, notamment les suivants :

  • L’évacuation vise à minimiser ou prévenir les risques pour la santé de la radioexposition. Cependant, le processus même d’évacuation, surtout dans un contexte de catastrophe naturelle grave, pourrait poser des risques graves pour la santé, en particulier pour les populations vulnérables (telles que les personnes handicapées, les personnes âgées et les jeunes enfants).
  • Le relogement de milliers de personnes a provoqué un large éventail de conséquences pour la santé, notamment une augmentation des décès liés à la catastrophe et des problèmes psychosociaux et relatifs à l’accès aux soins de santé. Du fait des perturbations de l’infrastructure, de la déconnexion des évacués par rapport à leur municipalité, du nombre réduit d’agents de santé et de systèmes médicaux et de santé publique au niveau local défaillants en raison du relogement, il a été plus difficile de faire face à ces problèmes.
  • Le renforcement des services de santé publique et l’amélioration de l’accès aux soins de santé sont des questions essentielles pour le bien-être des évacués, en plus du soutien en matière de santé mentale, du soutien psychologique et comportemental et d’un appui de la société.
  • La communication sur les risques s’est avérée essentielle et devrait être menée par des spécialistes formés dans le domaine. Il faut également éduquer et former les agents de santé sur les effets sanitaires des rayonnements.

9. Quelle est l’action de l’OMS actuellement?

  • L’OMS continue d’aider les États Membres à renforcer les capacités nationales en matière de préparation et de riposte aux urgences radiologiques et à appliquer le Règlement sanitaire international (RSI 2005).
  • L’OMS élabore des outils techniques ; met au point des formations et des exercices ; encourage la coopération et fournit une plateforme de partage d’informations grâce au Réseau de préparation et d’aide médicale en cas d’urgence radiologique et au Réseau de biodosimétrie (BioDoseNet). À travers ces partenariats, l’Organisation contribue à l’élaboration, à la promotion et à l’harmonisation des normes internationales de sûreté radiologique.
  • L’OMS aide les pays à renforcer leurs capacités de gestion des risques liés aux catastrophes, conformément au Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015-2030).
  • L’OMS collabore avec des organisations internationales utilisant le cadre interinstitutions existant ainsi que les dispositions du Plan de gestion des situations d’urgence radiologique commun aux organisations internationales en vue de la préparation et de la riposte en cas d’incident ou d’urgence radiologique.
  • L’OMS poursuit ses efforts pour l’application des Normes fondamentales internationales de protection contre les rayonnements ionisants et de sûreté des sources de rayonnements en encourageant la coopération internationale, en tirant parti de la recherche, et en fournissant des conseils sur l’évaluation des risques et l’élaboration de politiques fondées sur des données factuelles.

10. Quelles sont les prochaines étapes pour atténuer l’impact sur la santé publique de l’accident de Fukushima?

L’enquête sur la gestion de la situation sanitaire à Fukushima devrait contribuer aux prochaines évaluations des effets sanitaires. La surveillance de l’état de santé de la population permettra d’identifier les besoins additionnels en vue de la prestation de soins de santé. Par ailleurs, dans le cadre des programmes de santé au travail, un protocole spécial de suivi médical des équipes d’intervention est en cours de mise en œuvre.

À ce jour, la plus grande difficulté en matière d’atténuation des conséquences sur la santé publique de la triple catastrophe est de rétablir le tissu social et la confiance sociale. Le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015-2030) souligne que la réponse aux catastrophes majeures devrait comprendre la mobilisation sociale et l’autonomisation des communautés locales. Les représentants de la communauté devraient participer à la prise de décisions concernant les mesures de protection et de réhabilitation qui prendraient en compte les besoins et les priorités des communautés locales.

Il faudrait envisager des mesures visant à améliorer les conséquences psychosociales et socio économiques de la catastrophe. Les systèmes de santé doivent fournir des services de conseils efficaces et apporter un soutien social dans le cadre d’une approche d’équipe et de soins centrés sur la personne. Des efforts sont nécessaires, au Japon et à l’extérieur du pays, afin de partager avec le monde entier les enseignements tirés de Fukushima.