Initiative mondiale sur la sécurité des vaccins

Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale, 1er-2 décembre 2005

Publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire le 13 janvier 2006

Le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale (GACVS), organe scientifique et clinique chargé de donner de donner des avis consultatifs à l’OMS, a été créé pour traiter en toute indépendance et avec la rigueur scientifique voulue les problèmes de sécurité vaccinale pouvant avoir une importance mondiale.1 Le Comité a tenu sa treizième réunion à Genève (Suisse) les 1er et 2 décembre 2005. Il a examiné entre autres les questions suivantes.

Réseau pour la sécurité des vaccins

Le Comité a fait le point de l’état actuel du projet de réseau pour la sécurité des vaccins,2 qui vise à améliorer la diffusion mondiale, par le biais d’Internet, des informations sur la sécurité des vaccins et ce, en respectant les bonnes pratiques en matière d’information. Depuis le lancement du projet en août 2004, plus de 20 organisations fournissant des informations sur la sécurité des vaccins sont venues s’ajouter au réseau. Parmi les membres du réseau, figurent des sites dans les langues suivantes: allemand, anglais, espagnol, français, italien et néerlandais. Des organisations médicales internationales, des autorités gouvernementales nationales et régionales, des associations médicales professionnelles et des organismes associés à l’OMS y sont représentés.

Les principales activités en 2005 ont consisté à renforcer le processus d’évaluation des sites et d’élargissement du réseau en Europe. En 2006, le réseau s’étendra à des sites dans des régions et des pays autres que le Canada, les Etats-Unis et l’Europe occidentale. On s’emploiera notamment à promouvoir le projet.

Questions liées à la sécurité des vaccins contre la grippe pandémique

En cas de pandémie de grippe, des vaccins antigrippaux protecteurs devront être disponibles d’urgence. L’OMS préconise les stratégies de vaccination économes en antigènes, afin de remédier à la pénurie mondiale de vaccins antigrippaux anticipée en cas d’épidémies et de pandémies. Cela supposera la mise au point et l’homologation de nouvelles préparations vaccinales économes en antigènes. L’évaluation de l’innocuité et de l’efficacité des nouveaux vaccins sera sans doute particulièrement difficile puisque ces vaccins ne seront peut-être pas disponibles avant le début de la pandémie. En raison d’impératifs de santé publique, il faudra qu’un vaccin soit mis à disposition le plus rapidement possible. Une planification préalable de l’évaluation de l’innocuité et de l’efficacité sera donc indispensable et passera par la collecte et l’évaluation collectives des données et par la communication rapide des conclusions.

Le Comité a accepté que l’OMS puisse faire appel à lui si une telle situation se présentait. Il a formulé les recommandations suivantes: élaborer des principes directeurs en matière de pharmacovigilance pour permettre l’évaluation rapide des vaccins contre la grippe pandémique; encourager l’extension de ces principes directeurs à l’évaluation des vaccins contre la grippe saisonnière; procéder à une étude faisant autorité de l’innocuité et de l’efficacité des vaccins antigrippaux inactivés contenant des adjuvants. L’OMS fera en sorte que des responsables de la réglementation de pays en développement participent à ces réunions afin de favoriser la collaboration en matière de réglementation sur les questions liées au vaccin contre la grippe pandémique, et que les enseignements tirés du passé, notamment en ce qui concerne le vaccin contre la grippe porcine, soient pris en compte.

Innocuité des adjuvants

L’innocuité des adjuvants et l’utilisation de modèles précliniques pour évaluer celle-ci devaient être débattues à la conférence de l’OMS sur les adjuvants du 4 au 8 décembre 2005. Un site Web de l’OMS sur les adjuvants ainsi qu’une base de données des essais cliniques seront mis à disposition sous peu. Ce site inclura notamment des données sur l’inocuité des préparations.

Etant donné qu’un adjuvant contenant du squalène est déjà utilisé dans un vaccin antigrippal homologué, et que son utilisation est également envisagée dans la composition des vaccins contre la grippe pandémique, il serait important d’assurer l’innocuité du squalène dans ce contexte. Une source d’information sur les adjuvants, faisant référence en la matière, comportant un examen des données scientifiques relatives à l’innocuité des adjuvants entrant dans la composition des vaccins qui pourraient être utilisés contre la grippe pandémique devrait être mise en place.

Sécurité des vaccins antirotavirus

Le Comité a été invité à examiner si le risque d’invagination intestinale lié à l’utilisation du vaccin antirotavirus tétravalent réassorti humain-simien (Rhésus) (connu sous le nom de spécialité RotaShield®) pourrait être sensiblement diminué lorsque la vaccination complète est administrée avant l’âge de 2 mois. C’est ce que suggère un récent article du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, National Institutes of Health (Etats-Unis) publié dans le Journal of Infectious Diseases.

Le Comité a étudié une nouvelle analyse des données originales de l’étude cas-témoin des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis, qui faisait apparaître un risque relatif d’invagination moins élevé chez les nourrissons vaccinés avant l’âge de 60 jours. Les auteurs ont conclu que le risque relatif d’invagination pouvait être substantiellement réduit si un schéma de vaccination néonatale était utilisé de préférence à une stratégie de vaccination chez les nourrissons plus âgés, telle que celle utilisée lors de l’introduction du vaccin aux Etats-Unis. Il a été suggéré au Comité qu’un risque d’invagination dépendant de l’âge pourrait également exister pour les 2 nouveaux vaccins antirotavirus actuellement à un stade de développement avancé. Le Comité a noté que si les estimations ponctuelles du risque relatif différaient entre les nourrissons très jeunes et les plus âgés, les intervalles de confiance de ces estimations se chevauchaient en grande partie et que les différences n’étaient pas statistiquement significatives.

Les représentants des CDC qui avaient participé à la première analyse et à l’étude de l’association entre le RotaShield® et l’invagination ont présenté au Comité une nouvelle analyse de l’ensemble des données initiales. Les CDC ont confirmé un risque relatif élevé chez les nourrissons vaccinés après l’âge de 60 jours. Trop peu d’enfants avaient été vaccinés avant le 60e jour dans l’étude des CDC pour que l’hypothèse d’un risque relatif inférieur chez les nourrissons plus jeunes puisse être convenablement évaluée. Aucune donnée d’efficacité n’est disponible pour aucun vaccin antirotavirus administré pendant la période néonatale.

Le Comité a conclu ce qui suit:

  • Les études apportent une clarification et la confirmation d’un risque élevé d’invagination associé au RotaShield® chez les nourrissons vaccinés après le 60e jour.
  • Les données disponibles ne sont pas suffisantes pour conclure que l’utilisation du RotaShield® à moins de 60 jours est associée à un plus faible risque relatif d’invagination.
  • Des recommandations, aussi strictes soient-elles quant au ¬respect d’un calendrier vaccinal précoce, seraient extrêmement difficiles à appliquer sur le terrain dans de nombreux pays.

Le Comité continuera à examiner les données relatives à l’innocuité des nouveaux vaccins antirotavirus issues des essais cliniques et de la surveillance post-commercialisation. Il a noté que la possibilité d’un risque d’invagination lié à l’âge devrait être pris en compte lors de l’évaluation des vaccins antirotavirus.

Panencéphalite sclérosante sugaiguë et vaccination antirougeoleuse

Le Comité a passé en revue l’épidémiologie de la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS) et la prétendue relation entre vaccination antirougeoleuse et survenue d’une PESS. Les délibérations ont été considérablement facilitées par un rapport effectué sur commande par des experts de l’Agence de protection sanitaire du Royaume-Uni. Des experts de la Division of Viral and Rickettsial Diseases du National Center for Infectious Diseases (NCID) des CDC se sont joints à la réunion, lesquels se sont rangés aux conclusions et recommandations générales des experts de la HPA. Il a été montré que l’incidence véritable de la PESS était d’environ 4-11 cas pour 100 000 cas de rougeole, alors que si l’infection rougeoleuse est contractée très tôt dans la vie, le risque peut être supérieur (18 pour 100 000 cas). Un taux aussi élevé que 27,9 cas de SSPE pour 100 000 cas de ¬rougeole a été cité. Dans de nombreux pays où la lutte antirougeoleuse est satisfaisante, on a observé une élévation de l’âge d’apparition de la PESS attribuable au fait que les sujets avaient contracté la rougeole au moment où la prévalence de la maladie était la plus forte.

Les données épidémiologiques disponibles mettent en évidence un effet protecteur direct du vaccin contre la PESS dû à la prévention de la rougeole. Dans les pays où la lutte contre la rougeole par la vaccination est efficace, on observe une diminution des nouveaux cas de PESS quelques années après la chute de l’incidence de la maladie. Toutefois, compte tenu de la période de latence de la PESS suite à une infection rougeoleuse naturelle, il faudra compter au moins 5 ans avant d’enregistrer un effet sur l’incidence de la PESS, et plus de 10 ans avant d’observer une diminution impor¬tante. Même avec l’élimination de la rougeole, des cas de PESS peuvent encore se produire 20 à 30 ans après les derniers cas de rougeole en raison de la dissymétrie de la distribution du temps de latence de cette maladie. Une réémergence des cas de PESS a été observée à la suite de flambées de rougeole à l’issue d’une période de lutte antirougeoleuse satisfaisante. Les données épidémiologiques disponibles, de même que les données relatives au génotypage du virus ne suggèrent pas que le virus vaccinal puisse être à l’origine d’une PESS. Elles ne suggèrent pas non plus que l’administration du vaccin antirougeoleux puisse accélérer l’évolution de la PESS ou déclencher une PESS chez une personne qui sans la vaccination, aurait développé la maladie à un stade ultérieur. Le vaccin ne peut pas non plus entraîner l’apparition d’une PESS là où elle ne serait pas survenue en l’absence de vaccination chez une personne présentant déjà une infection persistante bénigne par le virus rougeoleux sauvage au moment de la vaccination.

Pour les situations où des cas de PESS surviennent chez des personnes vaccinées qui n’avaient aucun antécédent connu d’infection rougeoleuse naturelle, les données disponibles indiquent que c’est cette infection qui est la cause de la PESS et non le vaccin.

Syndrome de fatigue chronique et vaccination anti-hépatite B

Le Comité a examiné l’association possible entre la vaccination anti-hépatite B et le syndrome de fatigue chronique signalée au Canada. Un examen approfondi de la littérature sur le sujet a été demandé. Il a révélé que seules 3 études cas-témoins avaient étudié la question et que toutes trois présentaient des faiblesses. Le Comité a conclu que sur la base des données disponibles, il n’y avait aucune évidence pour soutenir l’hypothèse d’une association.

Vaccin antiméningococcique conjugué et syndrome de Guillain-Barré

Plusieurs cas de syndrome de Guillain-Barré ont été signalés récemment aux Etats-Unis d’Amérique suite à l’introduction du vaccin antiméningococcique conjugué tétravalent. Plus de 2,5 millions de doses de ce vaccin avaient été distribuées aux Etats-Unis au moment de ces notifications. Bien qu’une relation dans le temps ait pu alerter les CDC et la Food and Drug Administration, le nombre de cas signalés était semblable à celui qui aurait été normalement attendu dans cette population. Aussi aucun changement aux recommandations en matière de vaccination n’a-t-il été proposé. On a fait figurer cette information sur les fiches d’information sur les vaccins et sur les notices d’emballage des vaccins. De façon similaire, le Comité n’a recommandé aucun changement aux politiques de vaccination sur la base de ces notifications.

Mode de fonctionnement du Comité

Le champ d’application des travaux du Comité et ses décisions, recommandations et mesures récentes ainsi que son mode de fonctionnement ont été publiés dans l’American Journal of Public Health.3


1. Voir No 41, 1999, pp. 337-338.

2. Voir (http://www.who.int/immunization_safety/safety_quality/vaccine_safety_websites/en/)

3. A global perspective on vaccine safety and public health: the Global Advisory Committee on Vaccine Safety. American Journal of Public Health, 2004, 94: 1926-1931.

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