Sécurité mondiale des vaccins

Comité consultatif mondial de la Sécurité vaccinale
11-12 juin 2014

Le Comité consultatif mondial de la Sécurité vaccinale (GACVS), composé d’experts cliniques et scientifiques, a été créé par l’OMS pour la conseiller, en toute indépendance et avec la rigueur scientifique voulue, sur des problèmes de sécurité vaccinale pouvant avoir une importance mondiale.1 Le GACVS a tenu sa trentième réunion à Genève (Suisse), les 11 et 12 juin 2014.2 Le Comité a examiné 4 questions spécifiques:

  • les profils d’innocuité de 2 nouveaux vaccins:
    – un vaccin antirotavirus vivant atténué et,
    – un vaccin recombinant contre l’hépatite E;
  • une étude sur l’innocuité du vaccin antiméningococcique A conjugué chez les femmes enceintes au Ghana;
  • et les questions relatives au suivi de l’innocuité des futurs vaccins contre le paludisme.

Au cours de la réunion, le Comité a également réfléchi aux réalisations et aux opportunités en 15 ans de fonctionnement depuis sa création.

Profil d’innocuité d’un nouveau vaccin antirotavirus vivant atténué

La gastro-entérite à rotavirus demeure une cause majeure de morbidité et de mortalité chez le jeune enfant. Deux vaccins sont actuellement d’utilisation courante dans les programmes nationaux de vaccination. Un nouveau vaccin, le Rotavac, a été homologué en Inde en janvier 2014. Il dérive d’une souche néonatale naturellement atténuée chez l’homme et renfermant 1 segment d’origine bovine (G9P[11]), isolée à l’origine chez un nourrisson asymptomatique au All India Institute of Medical Sciences en 1988. Cette souche a ensuite été étudiée par des chercheurs indiens et américains, avec des essais d’innocuité menés chez des adultes et des enfants à Cincinnati, États-Unis d’Amérique. En 2000, une licence d’exploitation de la souche a été délivrée au Bharat Biotech International (Hyderabad, Inde), qui a mis au point le vaccin avec des essais cliniques en phases 1, 2 et 3 en Inde. La présentation actuelle du vaccin nécessite une conservation à -20 °C, bien que le produit puisse être stocké entre +2 °C et +8 °C dans les 6 derniers mois précédant la date de péremption. Plusieurs présentations ont été homologuées, mais le fabricant s’attend à ce que la principale d’entre elles soit un flacon de 5 doses, pouvant être utilisé pendant 8 heures après ouverture. Un tampon antiacide oral est actuellement administré avant de donner le vaccin.

L’essai randomisé, en double aveugle, contre placebo en phase 3 a été mené avec une surveillance active de l’innocuité chez 4532 nourrissons ayant reçu le vaccin antirotavirus et 2267 le placebo. L’étude a eu lieu pendant les séries de la vaccination systématiques des enfants et les sujets ont été suivis jusqu’à l’âge de 2 ans. Aucune disparité n’a été notée entre le groupe ayant eu le Rotavac et le groupe du placebo pour ce qui est des effets indésirables, des décès ou de l’invagination intestinale (intussusception).

Il y a eu 11 cas confirmés d’invagination intestinale; point important, aucun ne s’est produit à un moment proche de la vaccination. Le cas le plus précoce après administration du placebo est survenu 36 jours après la 3e dose. Après administration du Rotavac, le cas le plus précoce s’est produit 112 jours après la 3e dose. L’absence de lien temporel plaide fortement contre toute relation de cause à effet entre le Rotavac et l’invagination intestinale, la plupart des cas attribuables aux vaccins antirotavirus survenant normalement au cours de la première semaine après la vaccination. L’incidence observée de l’invagination intestinale confirmée a été de 94 pour 100 000 années-enfants (intervalle de confiance [IC] à 95%: 41-185) chez les nourrissons vaccinés et 71 pour 100 000 années-enfants (IC à 95%: 15-206) chez les sujets sous placebo. Cette incidence est similaire à celle mesurée en l’absence de vaccins dans les pays dotés de systèmes de surveillance active de l’invagination intestinale.

Les données disponibles sur l’innocuité étant favorables à la poursuite de l’utilisation du vaccin, une étude après homologation sur au moins 45 000 nourrissons vaccinés est prévue. Toutefois, sur la base de l’expérience acquise avec des vaccins similaires, il sera important de collecter continuellement des données supplémentaires pour évaluer le risque d’invagination intestinale, ainsi que pour identifier tout autre événement indésirable rare susceptible de se produire. En se fondant sur l’expérience accumulée avec d’autres vaccins antirotavirus, l’infrastructure des sites sentinelles existant en Inde devrait être utilisée pour la surveillance continuelle des invaginations intestinales afin de caractériser complètement le profil d’innocuité de ce nouveau vaccin antirotavirus.

Profil d’innocuité d’un vaccin recombinant contre l'hépatite E

Le vaccin recombinant contre l’hépatite E (Hecolin), aussi appelé HEV 239, comprend les acides aminés 368-606 de la protéine de capside du génotype 1 du VHE en cadre de lecture ouvert 2 (ORF2) et il est exprimé sous forme de protéine non fusionnée chez Escherichia coli. Le HEV 239 purifié s’assemble sous forme d’homodimères aboutissant à des pseudo-particules virales. Le vaccin contient 30 μg de l’antigène purifié et 0,8 mg d’hydroxyde d’aluminium en suspension dans 0,5 mL de tampon salin. Il est fabriqué par Xiamen Innovax Biotech, Xiamen (Chine). Il a été approuvé par l’Administration chinoise des aliments et des médicaments en 2011 et il est disponible depuis octobre 2012.

Des données avant l’homologation sur l’innocuité et l’immunogénicité ont été présentées. Le vaccin a été évalué dans le cadre d’essais en phases 1 et 2 avant homologation conçus pour examiner la dose et la posologie optimales du vaccin Hecolin. L’efficacité et l’innocuité du vaccin ont été évaluées dans un essai contrôlé randomisé en double aveugle en phase 3 sur >112 000 sujets sains âgés de 16 à 65 ans, sans tenir compte du statut des anticorps anti-VHE. Cette étude a été menée entre août 2007 et juin 2009 dans la province du Jiangsu en Chine, une région où le génotype 4 du VHE prédomine, avec aussi le génotype 1 en circulation. Les participants ont été répartis aléatoirement à égalité 1:1 pour recevoir soit l’Hecolin (n = 56 302), soit un vaccin homologué contre l’hépatite B (n = 56 302) administré en 3 doses par injection intramusculaire (à 0, 1 et 6 mois). Les participants ont été suivis pendant 19 mois.

Les résultats ont montré que le vaccin était immunogène et efficace. Pour évaluer les événements indésirables locaux ou généraux signalés spontanément ou sur demande, un sous-groupe de 1316 participants dans le groupe de l’Hecolin et de 1329 participants dans le groupe témoin (participants d’une municipalité) ont été gardés en observation pendant 30 minutes puis évalués dans le cadre de visites à domicile à 6, 24, 48 et 72 heures, puis à 7, 14 et 28 jours après chaque dose. On a demandé à d’autres participants à l’étude de signaler tout effet indésirable dans des dispensaires proches dans le mois suivant l’administration de chaque dose, sans qu’il y ait de visites actives de suivi. De plus, les chercheurs ont fait appel aux informations obtenues auprès du système local d’assurance maladie couvrant l’ensemble de la zone de l’étude (11 municipalités) pour repérer les hospitalisations et les décès chez les participants à l’essai au cours des 19 mois de suivi. Après examen des dossiers hospitaliers liés à des effets indésirables graves, les chercheurs les ont classés en suivant le Medical Dictionary for Regulatory Activities (MedDRA). Globalement, les données sur l’innocuité tirées des essais cliniques en phases 1, 2 et 3 donnent à penser que le vaccin a été bien toléré. Les données sur les effets indésirables locaux ou généraux signalés sur demande à court terme (72 heures), obtenues à partir du « sous-groupe de la réactogénicité » participant à l’essai clinique en phase 3, ont mis en évidence une plus grande fréquence des effets indésirables locaux dans le groupe de l’Hecolin par rapport au groupe témoin actif. Les effets indésirables généraux signalés spontanément ou sur demande se sont produits à des taux similaires dans les 2 groupes de l’étude. Il semble qu’il n’y ait pas eu de différence au niveau des effets indésirables graves ou des décès repérés dans le groupe de l’Hecolin par rapport au groupe témoin actif. Comme il n’y a pas eu de suivi actif, il a été impossible de déterminer avec certitude le nombre des effets indésirables graves et des décès chez les participants de l’essai.

Lors de l’essai clinique en phase 3, le vaccin a été administré par inadvertance pendant la grossesse à 37 femmes dans le groupe de l’Hecolin et à 31 dans le groupe du placebo. Il semble avoir été bien toléré chez les femmes enceintes, avec des taux d’événements indésirables similaires à ceux observés chez les femmes appariées qui n’étaient pas enceintes. Sur l’ensemble des femmes enceintes, 19 du groupe de l’Hecolin et 14 du groupe du placebo actif ont eu une interruption volontaire de grossesse. Il y a eu respectivement 18 et 17 naissances vivantes dans le groupe de l’Hecolin et dans le groupe témoin actif. Le poids, la taille et l’âge gestationnel des nouveau-nés ont été comparables dans les 2 groupes. Toutefois, la taille totale de l’échantillon était trop faible pour tirer une conclusion définitive sur l’innocuité de l’Hecolin pour les femmes enceintes et leurs enfants. L’innocuité du vaccin a également été évaluée chez les sujets porteurs de l’antigène de surface de l’hépatite B (HBsAg) et les données sont rassurantes; en revanche, ce sous-groupe de l’analyse ne comportait pas de personnes ayant une maladie du foie en cours, car c’était un critère d’exclusion pour l’essai.

Le CDC chinois a mis en place un système de notification en ligne pour collecter les informations sur l’innocuité après commercialisation et, jusqu’à présent, n’ont pas repéré de problèmes à ce niveau. Un petit essai en phase 4 chez les personnes âgées (de >65 ans) est en cours, ainsi qu’un essai de suivi étendu de la cohorte de l’étude en phase 3. De plus, le vaccin Hecolin est utilisé pour un groupe témoin actif dans une étude en phase 3 d’un vaccin contre le papillomavirus humain (PVH) chez environ 7300 femmes en bonne santé.

En résumé, les données disponibles sur l’innocuité du vaccin Hecolin provenant des essais cliniques en phases 1, 2 et 3 sur des sujets en bonne santé sont rassurantes. Le GACVS a relevé cependant qu’il n’y a pas de données sur l’innocuité chez les enfants (<16 ans), les personnes âgées (>65 ans), les personnes avec des maladies ou des affections sous-jacentes, comme une immunosuppression ou une maladie du foie, et a donc recommandé de mener des études pour évaluer l’innocuité du vaccin dans ces sous-groupes de la population. Le suivi des femmes vaccinées par inadvertance au cours de la grossesse dans le cadre de l’essai du vaccin contre le PVH serait utile pour évaluer l’innocuité dans ce groupe. Le Comité a noté par ailleurs qu’il n’y avait pas encore d’études pour évaluer l’innocuité et l’immunogénicité de l’Hecolin lorsqu’il est administré en même temps que d’autres vaccins. Le GACVS a recommandé de plus qu’une étude postcommercialisation en phase 4 soit menée une fois que l’usage du vaccin sera plus étendu pour évaluer davantage le profil d’innocuité de l’Hecolin, en particulier pour ce qui est des effets indésirables graves et rares.

Vaccin antiméningococcique A conjugué pendant la grossesse

Le Comité a pris connaissance des résultats d’une étude ouverte d’observation sur l’innocuité du vaccin antiméningococcique A conjugué pendant la grossesse (MenAfriVac, fabriqué par le Serum Institute of India), menée au Ghana. C’est un vaccin conjugué lyophilisé contre le méningocoque du groupe A, mis au point dans le cadre du Projet de vaccins contre la méningite.3 Chaque dose de 0,5 mL contient 10 μg de polysaccharide du méningocoque A (PsA), 10-33 μg d’anatoxine tétanique conjuguée, 0,3 mg de phosphate d’aluminium Al3+ comme adjuvant et 0,01% de thiomersal.

Le GACVS a suivi ce vaccin depuis les essais cliniques initiaux en phases 1 et 2/3 sur un peu plus de 1100 sujets, jusqu’à l’homologation et aux premières campagnes de vaccination de masse organisées dans les premiers pays ayant adopté le vaccin.4Au moment de la dernière mise à jour, en juin 2011, plus de 50 millions de doses avaient été administrées. À chaque mise à jour, le GACVS a été rassuré sur son innocuité tout en recommandant de prendre des mesures spécifiques pour maintenir la vigilance et l’attention portées à des aspects essentiels de la sécurité. Comme c’est souvent le cas, les essais cliniques au cours de la mise au point du vaccin et de son homologation n’ont pas porté sur les femmes enceintes, mais la vaccination par inadvertance de celles-ci au cours des premières phases n’a pas révélé de problèmes particuliers.

Le GACVS a appuyé les orientations techniques données par l’OMS5 selon lesquelles le MenAfriVac doit être proposé aux femmes enceintes et allaitantes dans la ceinture africaine de la méningite quel que soit le stade de la grossesse ou de l’allaitement, tout en recommandant d’élaborer un plan pour le suivi des femmes dans les services de soins prénatals et obstétriques afin de contrôler l’issue des grossesses en faisant les comparaisons appropriées avec les femmes enceintes non vaccinées.6

Cette étude a été mise sur pied pour répondre à ces recommandations. Le Navrongo Health Research Centre au Ghana fait partie du réseau INDEPTH, qui recueille en continu des données démographiques et sanitaires longitudinales ainsi que les issues dans les populations qu’il couvre. Dans la zone surveillée (couvrant 2 districts: Kassena-Nankana East et Kassena-Nankana West), >156 000 personnes font partie de cette surveillance démographique et reçoivent 3 à 4 fois par an la visite d’équipes de l’étude pour mettre à jour leur situation démographique et sanitaire. Une campagne de vaccination de masse a été organisée au Ghana du 9 au 19 octobre 2012, en ciblant les personnes âgées de 1 à 29 ans, y compris les femmes enceintes. Bien que la grossesse n’ait pas été considérée comme une contre-indication pendant cette campagne compte tenu des avantages de la vaccination, certaines femmes enceintes ont choisi de ne pas se faire vacciner. Du fait de la participation des districts au réseau INDEPTH, cela a donné la possibilité d’évaluer l’innocuité du vaccin antiméningococcique A en comparant les taux pour les issues de la grossesse entre les femmes vaccinées et celles qui ne l’ont pas été. De plus, un second groupe témoin historique, apparié selon l’âge et la saison, a été réuni pour documenter les issues des grossesses à une époque antérieure à la campagne de vaccination. On a inclus dans les issues les taux généraux de mortalité maternelle, foetale et néonatale, les taux généraux d’avortements spontanés, de naissances d’enfants mort-nés, de décès périnatals, de prématurité, de faible poids de naissance, de petite taille par rapport à l’âge gestationnel et de césariennes.

Au total, 1730 femmes enceintes ont été vaccinées pendant la campagne et 919 ont choisi de ne pas se faire vacciner. Il y avait dans le groupe témoin historique non vacciné 3551 femmes enceintes. En comparant les issues des grossesses, il n’y a pas eu de différence significative pour aucune de ces issues déterminées au préalable entre les femmes ayant été vaccinées avec le vaccin antiméningococcique A conjugué et les 2 groupes de comparaison, concomitant ou historique. Le poids moyen de naissance s’est établi au-dessus ou près de 2900 g dans chaque groupe, avec un âge gestationnel de plus de 37 semaines. Les taux de fausses couches et d’enfants mort-nés ont été de 1,8% chez les femmes vaccinées et de 2,2% dans les 2 groupes témoins, avec un taux de prématurité de 3,1% chez les témoins concomitants, 3,6% chez les femmes vaccinées et 5,6% chez le groupe témoin de comparaison.

Le Comité a pris note de la qualité de l’étude et de ses résultats rassurants. Il a attiré l’attention sur le potentiel de la méthodologie de cette étude pour examiner l’innocuité des vaccins dans le cadre des vaccinations de masse, notamment pour des résultats aussi complexes que les issues de la grossesse. Les tentatives antérieures pour étudier les issues de la grossesse ont été moins fiables. Certains détails ont été plus difficiles à déterminer pour cette étude, dont les raisons des avortements spontanés, l’impact de la vaccination pendant l’allaitement et d’autres facteurs pour lesquels les questions de l’enquête démographique ne donnaient pas de réponses. Toutefois, on pourrait planifier à l’avenir des études qui incluront ces variables supplémentaires, ajoutées aux visites dans le cadre de l’enquête pour répondre à ces questions.

Du fait que les campagnes de vaccination de masse ont été étalées dans le temps et que 100 millions de personnes supplémentaires sont prévues pour la vaccination au cours des 2 prochaines années, il y aura de nouvelles occasions de faire des évaluations supplémentaires du vaccin antiméningococcique A conjugué administré pendant la grossesse. Cela pourrait inclure la possibilité d’évaluer l’innocuité de ce vaccin pendant l’allaitement. L’étude dont nous parlons a été menée en utilisant les infrastructures existantes du Navrongo Health Research Centre et pourrait donc fournir un outil puissant pour ces évaluations.

Globalement, depuis près de 4 ans que le MenAfriVac est déployé dans les premières campagnes de vaccination de masse, et même plus si l’on inclut les essais cliniques, aucun problème n’a été repéré quant à son utilisation pendant la grossesse. Comme pour les autres vaccins inactivés, ni la grossesse, ni l’allaitement ne sont des contre-indications à la vaccination dans des situations de risque accru de la maladie. Les données émergentes sur l’efficacité de ce vaccin antiméningococcique A conjugué pour lutter contre la maladie dans les pays de la ceinture africaine de la méningite justifieraient de délivrer des messages moins restrictifs dans les notices d’emballage.

Préparation à l’introduction du vaccin antipaludique

L’estimation la plus récente de l’OMS concernant la mortalité par paludisme est de 627 000 décès pour l’année 2012. Alors que cela représente une baisse estimée à 42% des taux mondiaux de mortalité due à cette maladie depuis 2000, liée à une forte intensification des mesures recommandées par l’OMS pour la prévention, le diagnostic et le traitement, des mesures supplémentaires de prévention, dont les vaccins, demeurent nécessaires. Avec l’arrivée d’un vaccin candidat au stade de l’évaluation réglementaire, le GACVS a étudié le besoin d’évaluation posthomologation de l’innocuité pour les vaccins antipaludiques devenant disponibles pour un usage public.

Le Comité considère que l’élaboration de recommandations pour l’évaluation posthomologation de l’innocuité des vaccins antipaludiques est une étape préparatoire importante pour donner aux premiers sites mettant en oeuvre la vaccination suffisamment de temps pour la planification, la formation, ainsi que pour l’amélioration ou la création de systèmes de surveillance. La désignation précoce des sites aurait également l’avantage de permettre la mise en place d’une surveillance active des événements présentant un intérêt particulier, donnant ainsi des taux de référence pour ces événements avant l’introduction du vaccin. Le GACVS a relevé que des orientations sur l’innocuité seront élaborées en même temps que celles sur l’efficacité et l’impact et que ce point était important pour assurer leur harmonisation, car il est probable que l’on puisse concevoir des études pour examiner à la fois l’impact de l’innocuité et de l’efficacité. Il a également noté que les orientations étaient destinées au secteur public dans les pays mettant en oeuvre la vaccination pour les aider à faire des études indépendantes et à se préparer à évaluer les données fournies par le fabricant.

Le GACVS a discuté des principaux éléments de ces recommandations et proposé qu’ils couvrent le renforcement en cours des systèmes ordinaires de notification des manifestations postvaccinales indésirables (MAPI), la stimulation de la notification passive dans certaines conditions, comme les sites de surveillance démographique et sanitaire et le suivi actif de certains événements spécifiques intéressants à l’aide de modèle épidémiologiques adaptés – comme la méthode cas-témoins, les séries de cas autocontrôlées et le suivi des événements par cohorte – pour permettre de tester les hypothèses et de quantifier les risques. Ces éléments permettraient de détecter et d’évaluer les signaux concernant des événements rares et inattendus, ainsi que d’évaluer les événements intéressants survenant dans le cadre des essais cliniques, notamment les convulsions fébriles et la méningite. Il a été noté qu’il était important de tirer les enseignements de l’expérience en Afrique des études d’innocuité pour l’introduction du vaccin antiméningococcique contre le sérogroupe A, à la différence essentielle toutefois que le vaccin allait probablement être introduit dans le cadre d’un calendrier de vaccination systématique plutôt que dans celui de grandes vaccinations de masse. Les participants ont également relevé qu’il était important que les orientations maintiennent l’équilibre entre le besoin de faire des études de grande qualité et ce qui est faisable dans l’environnement où ces études auront probablement lieu. Cela comporte, par exemple, l’utilisation de définitions de cas adaptées à la pratique clinique locale. D’autres discussions ont porté sur l’importance de tenir compte des événements rares mais graves et des dispositifs possibles pour le suivi des sujets vaccinés, comme des fiches journalières, la distribution de téléphones portables ou l’identification des patients au moyen des admissions hospitalières. Un document d’orientation devrait être disponible d’ici la mi-2015.

Les quinze ans du GACVS: défis et opportunités

À l’occasion de son quinzième anniversaire, le Comité a passé en revue ses réalisations et réfléchi aux nouveaux défis devant l’évolution de l’environnement de la santé publique. La première réunion du Comité s’est tenue les 14-15 septembre 1999 et le premier rapport a traité de la myofasciite à macrophages.7 Depuis lors, le Comité s’est réuni régulièrement 2 fois par an et a également été convoqué en téléconférence plus fréquemment si nécessaire. Ses rapports réguliers sont publiés peu après chaque réunion dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire de l’OMS, tandis que les rapports urgents paraissent séparément en ligne; un compendium est disponible sur le site du GACVS géré par l’OMS.8 Depuis sa création, le Comité a publié >100 rapports sur des questions liées à la sécurité des vaccins. Son rôle consiste principalement à évaluer les risques liés à l’utilisation des vaccins afin d’aider les responsables politiques à déterminer les avantages et les risques dans le cadre de politiques vaccinales fondées sur des données probantes. Les évaluations du risque par le GACVS sont régulièrement utilisées par des organes consultatifs de l’OMS, comme le Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE), le Comité d’experts de la standardisation biologique (ECBS) ainsi que des groupes techniques consultatifs régionaux concernés par la vaccination.

En plus de ses rapports réguliers, le GACVS publie aussi des déclarations en réponse à des problèmes urgents de sécurité vaccinale. Si nécessaire, le Comité peut être convoqué en urgence par téléconférence afin de réagir aux alertes d’importance internationale. Plus récemment, il s’est aussi penché sur les aspects liés au renforcement des capacités en matière de pharmacovigilance mondiale pour les vaccins. Le Comité a, en particulier, donné des conseils pour l’élaboration du plan «Global Vaccine Safety Blueprint»9 – une stratégie de l’OMS visant à optimiser l’innocuité des vaccins par une application efficace des principes et méthodes de la pharmacovigilance dans tous les pays –, et il émet des avis sur la mise au point d’outils spécifiques pour la surveillance de la sécurité vaccinale, dont la classification des MAPI, des données de base et des indicateurs pour les systèmes de surveillance.

Au total, 39 experts ont servi le GACVS jusqu’à présent, le Comité actuel se composant de 15 membres. Les membres actuels et du passé représentent toutes les Régions de l’OMS, bien qu’une majorité (26) viennent des pays industrialisés d’Europe, d’Amérique du Nord et de l’Australie. Ils apportent leur expertise dans de nombreux domaines liés à la sécurité vaccinale, comme l’épidémiologie, les statistiques, la médecine clinique, la pharmacologie, la toxicologie, les maladies infectieuses, la santé publique, l’immunologie, la vaccinologie, la pathologie, l’éthique et la réglementation des produits sanitaires. En plus de participer en personne aux réunions semestrielles, les membres du GACVS contribuent aux travaux du Comité en faisant partie de divers sous-groupes qui élaborent des déclarations sur certains sujets entre les réunions régulières.

Des points de vue ont été présentés sur la pertinence des travaux du GACVS, notamment de la part d’un programme de vaccination, d’une autorité de réglementation, d’un clinicien spécialiste des vaccins, d’un expert de la communication sur les vaccins, d’un centre collaborateur pour la pharmacovigilance et d’un comité consultatif de l’OMS. La discussion a souligné plusieurs exemples spécifiques d’orientations utiles données rapidement par le GACVS. Elles ont porté sur des problèmes limités dans le temps, comme le risque de paralysie de Bell à la suite de la vaccination intranasale en 2002,10 la question des encéphalopathies spongiformes transmissibles soulevée en 200411 et celle concernant le vaccin antiméningococcique conjugué et le syndrome de Guillain-Barré en 2005.12 D’autres vaccins ont été réexaminés avec un oeil neuf à mesure que de nouvelles données se sont accumulées ou en réponse à de nouvelles inquiétudes. Un exemple en a été le thiomersal, agent de conservation des vaccins dont on a discuté pour la première fois en 2002; de nouvelles données probantes rassurantes sont parvenues avec le temps et un examen plus complet a été fourni en préparation de l’élaboration par le Programme des Nations Unies pour le Développement d’un instrument juridique mondial contraignant sur le mercure, désormais appelé Convention de Minamata sur le mercure (2013).13 De même, l’évolution des faits connus relatifs au risque d’invagination intestinale lié aux vaccins antirotavirus a fait l’objet d’un examen continuel depuis 2005.14

La discussion a souligné le besoin de faire évoluer l’approche dans plusieurs domaines. Une attention particulière a été consacrée: i) à l’évolution des aspects techniques de la pharmacovigilance pour les vaccins; ii) au fonctionnement du GACVS; et iii) à la communication des conclusions du GACVS. Concernant les aspects techniques, les principaux besoins sont liés au nombre croissant de nouveaux produits vaccinaux mis à la disposition des programmes de vaccination et à leur disponibilité rapide dans des populations qui ne sont pas couvertes par des systèmes robustes de surveillance de la sécurité. Il arrive que certains vaccins soient spécifiquement conçus pour être lancés dans des régions du monde qui notifient très peu de MAPI et n’ont pas développé une expertise puissante leur permettant d’enquêter sur des inquiétudes particulières ou de les surveiller. Ce point nécessite des orientations supplémentaires de la part du GACVS, pas seulement pour évaluer les données factuelles disponibles, mais aussi pour déterminer les lacunes dans les connaissances et proposer des approches qui devraient raisonnablement permettre de répondre aux questions les plus pressantes dans ces circonstances particulières (par exemple l’innocuité du vaccin antiméningococcique A conjugué utilisé pendant la grossesse, un point examiné pendant la réunion). De plus, on assiste à une évolution des méthodes de mise au point et de production des vaccins, s’appuyant sur de nouvelles technologies et procédés. De même, la sensibilité individuelle aux réactions vaccinales varie et de nouvelles méthodes, dont la génomique, pourraient apporter potentiellement des perspectives utiles pour ce qui est des facteurs de prédisposition et des moyens de réduire au maximum les risques.

Pour ce qui est du fonctionnement du GACVS, l’indépendance du Comité, y compris par rapport au Secrétariat de l’OMS, et le haut niveau d’expertise individuelle sont les principales caractéristiques pouvant maintenir la crédibilité et l’impact de ses avis. Les participants ont également souligné la nécessité de maintenir les normes les plus élevées possible lorsqu’il s’agit d’examiner les preuves scientifiques et de s’ajuster à l’évolution des méthodologies. Cela implique d’avoir davantage recours aux examens systématiques et avec gradation lorsqu’un lien entre un vaccin et un événement sanitaire particulier a été étudié dans de nombreuses régions du monde. Toutefois, cette exigence n’aura pas d’incidence sur la majorité des travaux du GACVS, puisqu’il s’est de plus en plus axé sur l’accompagnement de l’utilisation de nouveaux produits vaccinaux peu après leur homologation et, dans ce cadre, les données scientifiques ne sont en général disponibles qu’auprès d’un nombre limité de sources. Tout au long de son existence, le GACVS a fonctionné à huis clos. Cette méthode de travail confidentielle a été jugée nécessaire pour s’assurer que toutes les données disponibles, y compris les informations protégées, puissent être étudiées. La garantie que les délibérations du Comité puissent être protégées d’influences indues a été une autre considération prise en compte. Au vu de l’évolution des normes liées aux comités d’importance publique, il a été recommandé d’élaborer une politique de la transparence, l’objectif étant de donner des informations plus spécifiques sur le cheminement suivi pour parvenir aux conclusions.

Les communications du GACVS sont actuellement adressées au public technique de l’OMS par l’intermédiaire du Relevé épidémiologique hebdomadaire et du site Web. Font partie de ce public les administrateurs de la vaccination et les responsables politiques dans les ministères de la santé, les autorités de réglementation, les organisations professionnelles et les groupes consultatifs des ministères de la santé sur la vaccination. En 2003, le GACVS a pris une initiative pour toucher un public plus large et contrecarrer les groupes anti-vaccination en créant le «Vaccine Safety Net». Afin d’évaluer les informations sur les vaccins disponibles pour le grand public sur Internet, le GACVS a mis au point 4 catégories de critères pour de bonnes pratiques en matière d’information, concernant la crédibilité, le contenu, l’accessibilité et la conception, que les sites donnant des informations sur la sécurité vaccinale doivent respecter. L’OMS évalue les sites en fonction de leur respect de ces critères et fournit une liste de ressources dans de multiples langues. Il faut cependant développer davantage la communication sur la sécurité des vaccins et il a été proposé que l’OMS examine les approches suivies dans d’autres domaines scientifiques où le risque pour le public est un élément important, afin de mettre au point et de promouvoir des pratiques plus efficaces.

Le Comité a conclu que, bien que ses travaux soient bien établis et reconnus, il était essentiel de garder à l’esprit ses vulnérabilités actuelles. L’évolution du paysage mondial de la vaccination impose un ajustement permanent des méthodes et des processus. Un rapport détaillé en préparation rendra compte de manière plus complète de cette analyse et proposera une voie à suivre pour s’assurer que les conseils indépendants sur les questions de sécurité vaccinale pour l’OMS restent pertinents et soient donnés en temps utile.


1 Voir N° 41, 1999, pp. 337–338.

2 Le GACVS a invité d’autres experts pour présenter et discuter les données relatives à des sujets particuliers. Il s’agissait notamment de personnes affiliées aux organismes suivants: Bahrat Biotech, Hyderabad (Inde); Cincinnati Children’s Hospital Medical Centre, Cincinnati OH (États-Unis d’Amérique); Dalhousie University, Halifax (Canada); Food and Drugs Administration, Manille (Philippines); Innovax Biotech, Xiamen (Chine); London School of Hygiene and Tropical Medicine, Londres (Royaume Uni); Navrongo Health Research centre, Navrongo, Ghana; Postgraduate Institute of Medical Sciences, Lucknow (Inde); Université du Colorado, Aurora CO (États-Unis d’Amérique); Université du Ghana, Accra (Ghana).

3 Voir http://www.meningvax.org/.

4 Voir N° 30, 2011, pp. 321–324.

5 Voir http://www.who.int/immunization/sage/4_WHO_Note_Vaccination__Pregnant_ Women__during_MenA__conj_Campaigns_22Nov10_april_2011.pdf.

6 Voir N° 30, 2010, pp. 285–291.

7 Voir N° 41, 1999, pp. 338–340.

8 Voir http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/en/.

9 OMS 2012. Global Vaccine Safety Blueprint. WHO/IVB/12.07.

10 See N° 47, 2002, p. 393.

11 Voir N° 1, 2005, pp. 4–5.

12 Voir N° 2, 2006, p. 18.

13 Voir http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/thiomersal/en/.

14 Voir http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/rotavirus/en/.

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